Le gouvernement Legault demande la démission du président d’Air Canada

Par Patrice Bergeron, La Presse Canadienne 11:10 AM - 25 mars 2026
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Le premier ministre du Québec, François Legault, s'exprime lors de la période des questions à l'Assemblée nationale, le 24 mars 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

Le gouvernement caquiste demande la démission du président d’Air Canada, Michael Rousseau, en raison de son «mépris» à l’encontre des francophones du pays, après sa vidéo de condoléances uniquement en anglais pour les victimes de l’accident d’un vol Montréal-New York.

Pour sa part, le premier ministre Mark Carney a fait savoir qu’il était «déçu» par le message vidéo du pdg du transporteur.

François Legault a rappelé mercredi que M. Rousseau s’était pourtant engagé à apprendre le français en 2021. 

«S’il ne parle toujours pas français aujourd’hui, c’est un manque de respect envers ses employés et envers ses clients francophones, donc oui, je pense que s’il ne parle pas français, il devrait démissionner», a-t-il déclaré lors d’une courte mêlée de presse avant de se rendre à la période de questions. 

Québec solidaire (QS) a également demandé la tête de M. Rousseau, mais pas le Parti libéral (PLQ), pas plus que le Parti québécois (PQ), qui a fait remarquer qu’on s’est indigné souvent de l’attitude de M. Rousseau sans que cela ne change quoi que ce soit.    

En début de semaine, le pdg d’Air Canada a diffusé un message uniquement en anglais à la suite de la mort de deux pilotes, dont un Québécois, dans la collision de leur avion avec un camion de pompiers sur la piste de l’aéroport LaGuardia à New York.

«Je suis tellement déçu par le message vidéo du PDG d’Air Canada, il manque de jugement et de compassion», a affirmé M. Carney en arrivant au parlement fédéral mercredi matin. 

«Nous vivons fièrement dans un pays bilingue, il y a deux langues officielles, et Air Canada a une responsabilité particulière de communiquer tout le temps, dans n’importe quelle situation, dans les deux langues officielles», a-t-il ajouté.

«C’est un mépris», a pour sa part déclaré le leader parlementaire du gouvernement québécois et ministre de la Justice, Simon-Jolin Barrette, en mêlée de presse mercredi.

«Michael Rousseau n’a même pas cette sensibilité-là envers tous les francophones du pays, Air Canada aussi, Air Canada devrait le forcer à démissionner», a-t-il poursuivi, en le qualifiant de «récidiviste» en raison de ses antécédents en matière de non-respect du français langue officielle.

Le chef libéral Charles Milliard a refusé d’aller aussi loin, arguant que le transporteur est une entreprise privée, mais la co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Ruba Ghazal, a demandé la tête du patron d’Air Canada. 

«Ça fait cinq ans qu’il nous rit en pleine face, ça fait cinq ans qu’on lui a demandé d’apprendre le français, puis clairement, il n’y a aucun intérêt. Je ne comprends pas qu’est-ce qu’il fait encore là. L’affaire a assez duré, qu’il quitte.»

Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a exprimé son malaise de s’exprimer sur cet enjeu linguistique alors que des familles doivent vivre leur «deuil» à la suite d’une « vraie tragédie».

Mais il a rappelé que cela fait cinq fois qu’on se scandalise des écarts de M. Rousseau sans que rien ne change.  

«Je veux qu’on quitte un peu ce réflexe-là», a-t-il plaidé. 

«Que ceux qui sont tannés que les institutions fédérales bafouent le français, que ce soit les compagnies qui incarnent le Canada, le français au hockey dans l’équipe Canada, dans Air Canada, dans le gouvernement du Canada, se joignent à l’indépendance du Québec, parce que le Canada réserve ce sort au français depuis des décennies, ça ne changera pas.»

Curieusement, l’aspirante à la succession de François Legault, Christine Fréchette, est allée moins loin que son gouvernement. 

Elle a déploré l’attitude de M. Rousseau, «complètement irrespectueuse à l’égard du français et des francophones», mais plutôt que de réclamer qu’il quitte son poste, elle a appelé le conseil d’administration à se «poser de sérieuses questions».

Mardi, les Communes ont convoqué M. Rousseau à venir s’expliquer devant le comité des langues officielles, puisque même si elle a été privatisée en 1988, Air Canada reste assujettie à la Loi sur les langues officielles.  

Dans la vidéo qui a été mise en ligne sur de multiples plateformes de réseaux sociaux, M. Rousseau évoque une «journée très sombre» pour le transporteur et indique être «profondément attristé» par le décès des deux pilotes.

En près de quatre minutes, M. Rousseau, celui-là même qui se réjouissait en 2021 d’avoir vécu 14 ans à Montréal sans parler un mot de français, prononce cependant deux mots en français: un «bonjour» au tout début et un «merci» à la fin.

Le porte-parole du transporteur aérien avait justifié que M. Rousseau tenait à s’exprimer de vive voix et à le faire avant de se rendre sur les lieux de l’accident.

«Malgré ses efforts, ses capacités à s’exprimer en français ne lui permettent pas de communiquer comme il le souhaiterait un message aussi délicat dans cette langue. Nous avons donc utilisé les sous-titres pour permettre à chacun de recevoir son message directement», avait écrit Christophe Hennebelle.

M. Rousseau traîne un lourd passif en matière de controverses linguistiques, tout comme son entreprise d’ailleurs qui fait l’objet année après année d’un nombre de plaintes peu enviable au Commissaire aux langues officielles pour le manque de services en français. 

En 2021, le grand patron avait provoqué une vague d’indignation après un discours qu’il avait livré essentiellement en anglais à Montréal.

Il avait ensuite présenté des excuses en précisant qu’il ne voulait pas manquer de respect envers les Québécois et des francophones du pays. Il s’était également engagé à améliorer son français, mais, trois ans après la controverse, il demeurait incapable de répondre à des questions dans cette langue.

— Avec des informations de Michel Saba à Ottawa

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