Grève du communautaire : « on est en mode survie », lancent les organismes de Charlevoix
Les organismes étaient réunis ce lundi à la salle municipale des Éboulements, dans le cadre d’un point de presse.
Plusieurs organismes communautaires de Charlevoix ont pris la parole lundi, à l’occasion d’un point de presse marquant le lancement d’un mouvement de grève à l’échelle du Québec. Tous dressent le même constat : les besoins explosent, mais les ressources ne suivent plus.
« Les besoins sont de plus en plus nombreux, urgents et complexes. Et pourtant, les ressources ne suivent pas. Le communautaire n’est pas un système à rabais », a résumé d’entrée de jeu Lucie Carré, l’une des porte-parole du mouvement dans la région.
Au total, 15 organismes de Charlevoix ont adopté un mandat de grève, dans un contexte où plus de 1 600 mandats ont été votés à travers la province.
Pour les porte-parole, la mise sur pied d’une cellule locale était essentielle.
« C’était important d’avoir une cellule charlevoisienne pour refléter les besoins et les réalités propres à la région », explique Lucie Carré, également directrice générale de L’Éveil Charlevoisien.
Selon les intervenantes, le caractère du mouvement est inédit.
« Ce qui est unique, c’est que ça part de la base. Ce sont les organismes eux-mêmes qui se sont levés pour dire que c’est assez », souligne-t-elle.
Un ras-le-bol accentué entre autres par le contexte économique.
« On doit offrir plus avec moins. L’inflation augmente, les besoins aussi, et ça retombe sur nous », ajoute Sophie Fortier-Mallette, directrice générale du CALACS de Charlevoix et co-porte-parole.

Des besoins majeurs
Les organismes dénoncent un écart important entre les sommes nécessaires et celles accordées.
« En moyenne, les organismes vont recevoir environ 6 000 $ de plus. Quand on parle de besoins de 200 000 $ ou 300 000 $, vous voyez l’écart », illustre Lucie Carré.
À L’Éveil Charlevoisien, la direction estime avoir besoin de 320 000 $ supplémentaires pour atteindre le seuil minimal de financement. Au CALACS de Charlevoix, les besoins se situent autour de 200 000 $.
« On représente environ 1 % du budget du Québec. On fait beaucoup avec très peu », rappelle-t-on.
Parmi les principales revendications : un financement stable à la mission et la fin du financement par projet. Les organismes réclament également la mise en place d’une table de négociation avec le gouvernement.
« On est tannés de toujours recommencer les demandes, de faire de la reddition de comptes. Ça crée de la précarité et on perd du personnel », explique Lucie Carré.
Un enjeu majeur dans un contexte de roulement élevé.
« Former une intervenante peut prendre un an. Si elle part, on recommence tout. Ça coûte des milliers de dollars », ajoute Sophie Fortier-Mallette.
Des services sous pression
Sur le terrain, les impacts sont déjà visibles. Plusieurs directions d’organismes ont témoigné de leur réalité lors du point de presse.
Dans plusieurs cas, on évoque un manque de personnel et des ruptures de services. Par exemple, à Ressource Genesis, une liste d’attente a dû être instaurée faute de moyens. À La Marée, plusieurs services reposent sur du financement temporaire, ce qui crée de l’incertitude pour les employés.
Les conditions de travail sont également pointées du doigt.
« Pour une formation équivalente, quelqu’un peut gagner jusqu’à 9 $ de plus de l’heure dans le réseau public », souligne Lucie Carré.
Certaines directions affirment même devoir accomplir des tâches de base, faute de moyens.
« On fait de tout : gestion, terrain, entretien… avec très peu de ressources », explique Sophie Fortier-Mallette.
Un calendrier de mobilisation en cours
Les organismes ont dévoilé un calendrier d’actions dans Charlevoix :
- 23 mars : lancement de la grève
- 24 mars : mobilisation sur les réseaux sociaux
- 30 mars : rassemblement au bureau de la députée Kariane Bourassa
- 31 mars : mobilisation régionale
- 1er avril : action symbolique
- 2 avril : mobilisation nationale
Des perturbations partielles de services sont à prévoir, variables selon les organismes engagés. Certains, bien qu’ils appuient le mouvement, choisissent toutefois de maintenir leurs activités afin de protéger leur clientèle vulnérable.
« C’est sûr que nos usagers vont être impactés. On les a préparés, on leur a expliqué pourquoi on fait ce mouvement-là. Ils comprennent que c’est aussi pour eux, pour améliorer les services qu’on peut leur offrir. Mais concrètement, ça veut dire qu’ils vont se tourner vers le réseau, appeler au 811 ou au 8-1-1, puis ça va contribuer à le surcharger. C’est aussi une façon de démontrer à quel point on est essentiels », a répondu Mme Carré à ce sujet.
Un message commun
Les organismes préviennent que le mouvement pourrait se prolonger en l’absence de réponse gouvernementale.
« On ne sait pas ce qui va se passer après la grève. S’il n’y a rien de concret, la porte est ouverte à poursuivre », indique Lucie Carré.
Tous convergent vers le même constat : le milieu communautaire fonctionne actuellement en mode survie, et toute fragilisation de ce réseau se répercutera sur la population.

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