Il n’y a pas que les québécois qui se souviennent. Nos oiseaux aussi, et de façon qui ne cesse de surprendre.
On en est le témoin continuellement, sans réellement en être conscient.
Lorsqu’on se promène par une belle matinée de mai, en pleine migration printanière, il suffit de tendre l’oreille pour constater que la mémoire des oiseaux est à l’œuvre. Les nouveaux arrivants se rappellent un territoire, un rival, un chant hérité de leurs parents. Les oiseaux comptent sur leur mémoire pour survivre, autant que sur leurs ailes.
Ainsi, les oiseaux ne se présentent pas dans Charlevoix par pur hasard, au gré des caprices des vents qui les portent depuis leurs quartiers d’hiver situés dans le Sud. Chaque printemps ils reviennent chanter dans la même cour arrière que l’année précédente. Cela s’appelle la PHILOPATRIE. Il s’agit d’un attachement au lieu de naissance ou de nidification.
Ainsi le merle d’Amérique qui apparait dans votre cour est probablement le même qui vous a observé tout au cours de l’été précédent. Il est familier avec vous, votre cour, les arbres et clôtures du quartier, même avec certains voisins. Son chant, qui débute au lever du soleil, est pour lui un rituel ancré dans sa mémoire, un appel aux autres merles pour affirmer sa présence et définir son territoire.

Les hirondelles bicolores, abondantes partout dans Charlevoix, retrouvent immédiatement les nichoirs qu’elles ont occupé lors des années précédentes. Les jeunes aussi. C’est la raison pour laquelle les 57 nichoirs du parcours des Berges de Clermont sont occupés, et qu’il commence a y avoir encore une crise du logement. Les adultes et les jeunes de l’année précédente se souviennent avec précision de l’emplacement de leur nichoir, même s’ils ont passé l’hiver à plus de 3000 kilomètres d’ici. Les études démontrent que ces oiseaux ont une mémoire spatiale exceptionnelle, se souvenant de chaque montagne, rivière, champ, forêt, colline, nichoir.

Un autre exemple : à chaque printemps, le 20 mai, un colibri se présente à la fenêtre de notre cuisine. Pas le 19, pas le 21… le 20. Il nous regarde et attend qu’on installe les abreuvoirs. Le message est clair. Si par malheur je n’installe pas les quatre abreuvoirs comme par les années précédentes, le colibri se pointe à l’endroit ou l’abreuvoir est manquant et montre son mécontentement. Il n’a pas seulement une excellente mémoire mon colibri, il possède aussi un mauvais tempérament… Son cousin se présente chez mon voisin d’en bas, Jean Louis, le 18. C’est ainsi, à chaque année. De toute évidence, ils ne voyagent pas ensemble.

Un autre exemple de mémoire spatiale surprend encore plus. Vous avez sûrement remarqué que nos geais bleus s’emparent des arachides que nous leur offrons l’été et l’automne, et partent avec sans les manger. Direction le boisé tout près. Ils cachent des centaines d’arachides un peu partout dans les cavités des arbres. Plusieurs centaines de ‘caches’, en prévision de l’hiver. Lors des grands froids de janvier, quand la nourriture vient un peu à manquer à nos mangeoires, les geais se souviennent avec précision de chaque ‘cache’, souvent situées même à des distances importantes. Toute cette information est emmagasinée dans leur hippocampe, section du cerveau dédiée à la mémoire spatiale. Cette section de leur cerveau est d’ailleurs proportionnellement plus importante que chez les autres oiseaux.

Notre charmante mésange à tête noire fait de même avec les graines de tournesol pendant l’hiver. On a noté environ 1000 cachettes pour une seule mésange, et elle se souvient de l’emplacement de chacune. La mésange possède aussi un autre type de mémoire : la mémoire émotionnelle, souvent appelée mémoire sociale. Les mésanges reconnaissent les autres mésanges individuelles à leur cri. Des expériences passées avec d’autres individus, positives ou négatives, sont bien ancrées dans leur mémoire. Cette mémoire déterminera le degré de collaboration ou de méfiance que la mésange démontrera avec d’autres individus. « Je partage ma nourriture avec elle, je me méfie et je m’éloigne de l’autre…».

Pour terminer cette chronique « mémorable », parlons du corbeau, le plus intelligent de nos oiseaux. Le sage de nos forêts. Il connaît par cœur tout son territoire, chaque arbre, chaque son, chaque falaise, chaque rocher, chaque ruisseau, chaque visage humain, chaque expérience passée. Il n’oublie rien, et peut vivre 20 ans dans la nature, 40 en captivité. Il se souvient de tout, et mérite toute notre admiration.
Bonnes observations.
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Corbeaux ou corneilles? Lesquels sont de Charlevoix?
Les deux espèces sont des résidents permanents.