Trouver sa place : le parcours inspirant de Yennyfer Herrera dans Charlevoix

Par Félix Côté 5:00 AM - 20 mars 2026
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Arriver dans un nouveau pays, c’est souvent recommencer à zéro. Une nouvelle langue, de nouveaux repères, une culture à apprivoiser. Pour Yennyfer Herrera, originaire de la Colombie, ce saut dans l’inconnu s’est d’abord accompagné de doutes, de nervosité et d’incertitudes. Mais aujourd’hui, son parcours témoigne d’une intégration réussie portée autant par sa détermination que par l’accueil de sa communauté.

À son arrivée, Yennyfer enchaîne les emplois dans l’hôtellerie, principalement en entretien. Un travail honnête, mais qui ne correspond pas à ses aspirations profondes. « Au fond de moi, je savais que je voulais autre chose », confie-t-elle. Un jour, une offre du Centre des femmes attire son attention. Malgré la barrière de la langue, elle ose. Elle envoie son CV accompagné d’une lettre où elle exprime sa motivation, ses compétences et son désir sincère de s’intégrer.

Les mois passent sans réponse. Puis, un appel. On lui offre un poste. D’abord à l’accueil. Ce moment marque un tournant. « C’était inoubliable pour moi », raconte-t-elle. Peu à peu, quelque chose change. Dans le regard des autres, dans les échanges, dans le sentiment d’appartenance qui s’installe.

Ce n’est pas seulement un emploi qu’elle trouve, mais un espace où elle peut être elle-même, sans jugement. « Il y a eu un moment très clair où je me suis dit : je suis à la bonne place », dit-elle. Entourée de femmes, elle comprend qu’elle n’est pas seule. Ces espaces lui permettent de reconstruire une part d’elle-même qui doutait encore. « Ici, j’ai appris que tout arrive en son temps », ajoute-t-elle, évoquant les moments où elle se répétait : je suis capable, je vais y arriver.

Aujourd’hui, Yennyfer est chargée de projet à l’intégration des femmes migrantes. Une trajectoire qui dépasse le simple parcours professionnel. « C’est plus qu’un témoignage, c’est une histoire de transformation et de dépassement de soi », dit-elle avec reconnaissance.

Derrière cette réussite, il y a aussi un milieu de travail qui a fait le choix de l’ouverture. Au Centre des femmes de Charlevoix, l’intégration ne se limite pas à une embauche. « On engage des personnes pour leurs compétences, mais aussi pour leur histoire, leurs valeurs, leur personnalité », explique l’intervenante Floor Bruno. Ici, la maîtrise du français n’est pas une barrière, mais un élément parmi d’autres.

L’équipe met en place des mesures concrètes : un cartable d’accueil détaillé, un accompagnement personnalisé avec une collègue référente, des rencontres individuelles pour s’assurer de la compréhension des tâches et des responsabilités. « C’est un travail d’équipe », souligne-t-elle. « L’important, c’est que la personne se sente incluse, soutenue et en sécurité. »

Cette vision renverse aussi certains préjugés. Contrairement à l’idée répandue selon laquelle les personnes immigrantes doivent « s’intégrer » seules, Floor Bruno rappelle une réalité souvent oubliée : « Ces personnes ont déjà franchi énormément d’obstacles. Elles sont déjà intégrées. Elles ont un logement, un emploi, elles font leur épicerie, elles apprennent la langue. Maintenant, c’est à nous de faire un pas vers elles. »

Une réalité qui a beaucoup évolué au fil des années. Amélie Métayer, ancienne gestionnaire à la Pépinière Charlevoix, se souvient d’une époque où l’accueil était plus difficile, marqué par des incompréhensions culturelles et un manque de ressources. « Ne prenez jamais pour acquis qu’ils le savent », insiste-t-elle aujourd’hui, évoquant l’importance d’expliquer, d’accompagner, de comprendre.

Quinze ans plus tard, le regard a changé. Les initiatives se multiplient, les rencontres interculturelles sont plus fréquentes, et la diversité s’inscrit progressivement dans le quotidien de la région. « Le pas est moins grand à faire », observe-t-elle.

Au-delà des structures et des politiques, ce sont souvent les gestes simples qui font la différence. Annie Simard, consultante en communication, en a été émue. « Ce que ça me fait sentir, c’est qu’il y a de l’humain d’abord et avant tout. Peu importe d’où tu viens, si tu es bien accueilli et écouté, on finit toujours par se comprendre. Les humains sont capables de se parler avec le cœur. »

L’histoire de Yennyfer Herrera en est la preuve. Une preuve que l’intégration ne repose pas uniquement sur ceux qui arrivent, mais aussi sur ceux qui accueillent. Une rencontre entre deux mondes, où chacun fait un pas vers l’autre.

Dans Charlevoix, cette rencontre prend de plus en plus la forme d’un dialogue. Et parfois, comme dans le cas de Yennyfer, elle devient une véritable réussite.

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