La lenteur des ombres, par François Kearney : un imposteur et son syndrome
Le bédéiste Francis Desharnais illustre pour la seconde fois la page couverture d'un roman de François Kearney.
Pour puiser l’inspiration nécessaire à l’écriture de son 3e roman, François Kearney a hésité quelque temps entre la thématique du baseball ou celle, combinée, de la littérature et de la musique. Au final, cette dernière l’a emporté, s’incarnant dans La lenteur des ombres, une histoire d’ambition, d’imposture et d’amitiés, bercée par une trame sonore étonnamment audible malgré son support de papier…
François Kearney est devenu auteur un peu malgré lui et n’assume pas complètement cette étiquette, bien qu’il en soit à son 3e roman et à sa 5e publication. Ce livre, il l’a créé dans des conditions idéales, soit un congé sabbatique où il a eu tout le loisir de s’y consacrer.
« Un an d’écriture, c’est un rêve ! J’ai vraiment aimé ça parce que j’aime profondément écrire », confie l’auteur. Oui, oui, l’auteur. N’ayons pas peur des mots, car force est de constater que François Kearney a tous les attributs de l’écrivain comme les Sébastien Dulude, Akim Gagnon, Joël Martel, François Blais et autres héros de son univers littéraire.
L’écriture de La lenteur des ombres a débuté avant la sortie de son précédent roman, Pénélope trouvera un titre (mais on pourrait appeler ça Bill).
« Entre le moment où tu finis un livre et celui où il est publié, c’est long ! J’ai commencé à écrire La lenteur des ombres en 2024. »
Il a d’abord soumis un certain nombre de chapitres, dans le désordre, à son éditrice Pénélope Jolicoeur, de Hurlantes éditrices, qui joue d’ailleurs son propre rôle dans le roman. Il faut dire que l’auteur s’est inspiré largement du milieu de l’édition et de sa relation amour-haine avec celui-ci pour tricoter sa trame narrative.
Le travail pour organiser ces chapitres disparates en un tout cohérent a été ardu, mais il est satisfait du résultat.
« Ce que je voulais faire, c’est parler de mes passions, la littérature et la musique et j’ai distillé beaucoup de ça dans l’histoire. J’ai toujours le désir de présenter des personnages imparfaits, marginaux, mais dans lesquels on peut se reconnaître. L’angle que j’ai choisi pour que tout ça existe ensemble, c’est écrire sur un auteur qui essaie de publier, mais pour qui c’est difficile parce qu’il n’y parvient pas », résume-t-il.
Certains aspects du roman se rapprochent de l’autofiction. « Il y a beaucoup de moi, oui. Les gens qui me connaissent vont voir ce qui vient de moi, mais ce n’est pas compromettant. Certains penseront sûrement que je suis plus proche de lui que je ne le suis vraiment, mais je l’assume ! Le personnage ne s’appelle pas François, mais c’est écrit au je. Je lui ai fait vivre des étapes comme un Salon du livre, des émissions de radio, des affaires qui me tétanisent encore ! »
Contrairement à Victor Lungmouth, François Kearney n’a pas découvert, par hasard, le manuscrit de La lenteur des ombres dans une boîte de vieux vinyles. Il n’a donc jamais été soumis à la tentation de le faire sien, avec toutes les implications éthiques, légales et philosophiques liées à ce choix…
Toutefois, à l’instar de son personnage, François Kearney a parfois vu ses manuscrits recevoir un accueil tiède, voire un refus poli, de la part de certaines maisons d’édition.
« J’aurais pu baisser les bras, démissionner, alors je peux comprendre ce que veut le personnage… Je voulais que les gens aient accès aux coulisses de tout ça, ce qui peut se passer dans la vie de quelqu’un qui veut créer ! »

Victor travaille dans une librairie, entouré de livres qui lui renvoient sans cesse son propre récit d’auteur inachevé !
« La première question que je pose, c’est pourquoi on écrit ? Je pourrais garder ça dans mes tiroirs et tout le monde serait heureux. Pourquoi on veut être lu ? Est-ce de l’orgueil, c’est quoi le moteur ? », questionne-t-il.
Son personnage, encore plus anxieux que lui, jongle avec ces questions fondamentales, notamment devant sa psychothérapeute Virginie.
L’histoire commence d’ailleurs dans le cabinet… « Il a de la difficulté à s’exprimer, son psy lui recommande d’écrire un journal thérapeutique et c’est entre autres ça, le livre ! »
Lourd ? Non ! Car François Kearney manie les codes de l’humour.
Léger ? Pas que, puisque la quête du personnage est réellement profonde.
« Je me rends compte que parmi les outils que j’aime utiliser, il y a l’humour, mais cette fois, il y a un peu plus de drame, de psychologie, et même une intrigue ! », lance-t-il, comme une invitation.
Un lancement est prévu à L’Allegro (990, rue Richelieu, La Malbaie) le 12 mars dès 17 h.
Le « vrai » livre La lenteur des ombres est disponible à la Librairie Baie-Saint-Paul (où il vous encourage à l’acheter) et en ligne sur leslibraires.com.
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