Guerre en Iran : les producteurs agricoles ressentent la pression à la pompe
Le conflit survenu au Moyen-Orient fait déjà grimper le prix du carburant et l’inquiétude gagne sur le secteur agricole. Pour les producteurs, le diesel n’est pas seulement une dépense parmi d’autres : il traverse littéralement toute la chaîne de production.
« Le diesel, le propane pour chauffer les bâtiments, le transport agricole… l’essence, c’est un gros intrant », explique Yves Laurencelle, président de l’UPA Capitale-Nationale–Côte-Nord. Dans une région comme Charlevoix, la topographie accentue l’impact : « C’est beau le territoire, mais c’est des côtes, ça fait qu’on consomme un peu plus d’essence du côté production. »
Un effet domino sur toute l’agriculture
La hausse récente du carburant survient alors que les marges sont déjà serrées. Pour les producteurs, le pétrole influence presque tout : cultures, alimentation animale, transport et même les matériaux.
« Le pétrole, ça rentre partout : dans nos plastiques, dans le transport des aliments, dans le transport des animaux, quand on fait le foin ou les cultures », souligne M. Laurencelle. « C’est un des plus gros coûts qu’on a en agriculture. »
Une flambée durable du diesel pourrait donc rapidement modifier les coûts de production reconnus par les programmes gouvernementaux, notamment les assurances stabilisant les revenus (ASRA). « Si on a une hausse extraordinaire, il va falloir que le gouvernement revoie les coûts de production rapidement », dit-il.
La taxe carbone dans la mire
Face à cette pression, l’Union des Producteurs agricoles régional (UPA) réclame d’abord un allègement fiscal. « La première chose : il faudrait que la taxe carbone soit enlevée par le gouvernement du Québec », affirme le président, qui estime que son impact peut représenter « 15 à 20 cents » le litre. « Au moins, qu’on nous laisse travailler et qu’on nous donne une chance de respirer. »
Au-delà de la fiscalité, il anticipe aussi un soutien direct si la hausse se prolonge. « Si on a une flambée des prix du diesel, le gouvernement devra intervenir dans nos coûts de production. »
La course à la chefferie de la CAQ en toile de fond
Dans ce contexte, Yves Laurencelle surveille également de près la course à la chefferie de la Coalition avenir Québec, qui terminera le ou la prochain(e) Premier(e) Minstre.
Sans donner d’appui officiel, il reconnaît voir d’un bon œil certaines positions de Bernard Drainville. « Le discours de M. Drainville est beaucoup plus rafraîchissant aujourd’hui », dit-il, rappelant que celui-ci s’est déjà montré ouvert à abolir la taxe carbone et à discuter des réalités agricoles.
À l’inverse, Christine Fréchette n’a pas encore clairement présenté ses orientations pour le secteur. « Ça semble être dans la continuité », note-t-il, ajoutant que les producteurs attendent des engagements concrets pour traverser la période d’incertitude.
Le président n’exclut pas des moyens de pression si rien ne bouge : « Il n’y a rien d’impossible… s’il y a une flambée et que ça ne s’arrête pas, il pourrait y avoir des manifestations. »
Un secteur déjà sous pression
La hausse du carburant arrive dans un climat déjà difficile. Les agriculteurs ont écopé l’an dernier des tarifs imposés sur leurs industries par le président américain, ce qui a affecté leur compétitivité et leurs revenus. Et pour l’année à venir, la renégociation de l’accord de libre-échange plane « comme un nuage noir » au-dessus de leur tête.
« Depuis quelques années, on n’a pas bien bien de break », résume M. Laurencelle.
Les producteurs suivent maintenant la situation internationale de près. « On souhaite que ça se règle rapidement. On ne voulait vraiment pas ce conflit-là. Mais selon ce qui se passera, on devra faire les interventions nécessaires pour aider nos productrices et producteurs. »
Pour l’UPA régionale, le message est clair : si l’énergie flambe, c’est toute l’agriculture — et ultimement le panier d’épicerie — qui risque d’en ressentir les effets.
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