Développement durable : un nouveau réflexe d’affaires ?

Par Félix Côté 5:00 AM - 21 février 2026
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Dans Charlevoix-Est, la transition écologique ne passe pas d’abord par des règlements ni par de grandes annonces publiques. Elle se joue plutôt dans les bureaux de PME, autour de décisions très concrètes : remplacer un équipement, revoir l’approvisionnement ou repenser l’organisation du travail. Pour la MRC, le développement durable devient moins un idéal qu’une façon de mieux gérer son entreprise.

Depuis un an, les agents de développement économique accompagnent les entreprises avec un outil numérique baptisé l’Activateur, conçu avec le Centre québécois de développement durable et la Région de biosphère de Charlevoix. « Les entreprises s’inscrivent, remplissent leurs pratiques dans l’application, puis ça génère un diagnostic et des pistes d’actions concrètes », explique Michèle Jean.

Mais l’application ne constitue qu’un point de départ. Les rencontres servent surtout à traduire un concept souvent perçu comme abstrait en décisions applicables au quotidien. « On les accompagne pour bâtir un vrai plan d’action adapté à leur réalité », ajoute-t-elle. L’objectif n’est pas de transformer brutalement une entreprise, mais de lui permettre d’évoluer progressivement.

Une pression de plus… ou une avance stratégique?

Dans les discussions avec les entrepreneurs, la même inquiétude revient : est-ce une tâche supplémentaire? « C’est volontaire. Mais de plus en plus, si l’entrepreneur ne prend pas les devants, les normes finiront par l’obliger », souligne Isabelle Blanchard, directrice du service de développement économique à la MRC Charlevoix-Est.

Selon lui, la démarche relève surtout de l’anticipation. « On n’avantage pas ceux qui ne le font pas… mais on favorise clairement ceux qui le font. »

Au fil du temps, la logique économique s’impose : accès facilité à certains financements, clientèle plus attentive et réduction de certains coûts d’exploitation.

Plus que l’environnement

Pour Alexandra Pageau, le principal défi demeure la compréhension du concept. « Les gens pensent immédiatement à l’environnement, mais il y a aussi les volets économique et social. Être plus attractif pour la clientèle, c’est aussi plus de revenus. »

Chez les entreprises en démarrage, la réaction est souvent pragmatique. « Plusieurs disent : “je peux-tu faire de l’argent avant de penser à l’environnement?” Et c’est logique. Mais comprendre les impacts tôt évite des ajustements coûteux plus tard. »

La maturité de l’entreprise influence donc la vitesse de la démarche, pas sa pertinence.

Des gestes discrets, mais structurants

Sur le terrain, la transition s’installe par petites touches : remplacement de thermopompes, réduction des déchets à la source, optimisation des achats. « Ce n’est pas toujours spectaculaire. Parfois c’est juste choisir un meilleur éclairage ou mieux planifier ses approvisionnements », observe Michèle Jean. Ces décisions modifient graduellement la structure même de l’entreprise, souvent avant même que l’entrepreneur ne parle de développement durable.

Pour les agents, la plus grande évolution n’est pas technique, mais mentale.v« C’est un processus, pas une finalité », résume Alexandra Pageau. Le développement durable cesse progressivement d’être un projet parallèle pour devenir une méthode de gestion. Il s’installe moins par obligation réglementaire que par évolution des marchés et des attentes.

Dans Charlevoix-Est, la stratégie repose donc sur l’anticipation : amener les entreprises à adapter leur modèle avant d’y être contraintes. Et peu à peu, dans les ateliers comme dans les bureaux, la notion cesse d’être perçue comme un coût pour devenir une forme de prévoyance économique.

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