Stratégie industrielle en matière de défense: des investissements de 500 milliards $

Par Pierre Saint-Arnaud 2:30 PM - 17 février 2026 La Presse Canadienne
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LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi

Le premier ministre Mark Carney, flanqué de la ministre de l'Industrie Mélanie Joly et du ministre de la Défense, David McGuinty, présente la stratégie de défense du Canada dans les installations de CAE à Montréal, le mardi 17 février 2026.

Le désordre géopolitique provoqué par l’administration Trump était sans contredit l’éléphant dans la pièce, mardi, lorsquele premier ministre Mark Carney a lancé la «première Stratégie industrielle de défense du Canada», dans les installations de CAE à Montréal, un «investissement de plus de 500 milliards de dollars».

Le premier ministre n’a pas eu à nommer les États-Unis pour expliquer ce virage vers des investissements massifs en défense, mais l’ombre du voisin du Sud planait sur plusieurs de ses déclarations. «La vérité, c’est qu’au cours des dernières décennies, le Canada n’a ni dépensé suffisamment en matière de défense, ni assez investi dans nos industries de défense. Nous sommes devenus trop dépendants de notre géographie et des autres pour nous défendre. Ceci a créé des vulnérabilités que nous ne pouvons plus nous permettre et des dépendances que nous ne pouvons plus soutenir.»

Des présomptions «chamboulées»

«Les présomptions qui ont défini des décennies de politique canadienne en matière de défense et d’affaires étrangères ont été chamboulées. Les menaces auxquelles nous faisons face sont nombreuses et se multiplient, des incursions dans notre Arctique aux attaques visant notre cyberespace. La nature de la guerre, elle-même, est en rapide changement, poussée par la prolifération des drones, des systèmes autonomes et d’armes en orbite. Les théâtres de potentiels conflits se sont rapprochés de nos frontières», a-t-il déclaré devant un parterre d’employés qui l’ont acclamé à plusieurs reprises. 

Mark Carney a expliqué que cette stratégie vise à transformer les industries de la défense en accordant la priorité aux fournisseurs et aux matériaux canadiens. Ainsi, il entend inverser complètement les proportions actuelles, où les États-Unis encaissent 70 % de nos achats militaires contre 30 % des industries de défense canadiennes. D’ici 10 ans, promet-il, ce 70 % ira aux entreprises canadiennes.

«Il est impératif de maximiser le rendement de ces investissements de plus de 500 milliards de dollars pour renforcer notre sécurité, accroître nos emplois et notre prospérité et protéger notre souveraineté», a-t-il insisté.

Mark Carney a invoqué à quelques reprises le besoin d’établir une «autonomie stratégique», tout en précisant que celle-ci «ne veut pas dire s’isoler. Cela veut dire être assez fort pour être un partenaire de choix plutôt qu’un dépendant. Cela veut dire bâtir une base industrielle en défense afin de ne jamais être otage des décisions des autres lorsqu’il est question de notre sécurité.»

Il a du même souffle promis d’alléger le processus d’obtention de contrats de défense du gouvernement fédéral, soulignant que «pour de nombreuses entreprises canadiennes, il est plus facile de vendre à des gouvernements étrangers qu’au nôtre». 

Dôme d’or: toujours en discussion

Mark Carney a quand même nommément fait référence aux États-Unis, mais seulement lorsqu’il a été question de ce qui fonctionne toujours quasi normalement en matière de coopération militaire. «Il y a plusieurs secteurs où nous maintenons une étroite collaboration avec les États-Unis pour notre défense. Un des plus fondamentaux est NORAD pour la défense nordique. L’évolution de NORAD et de la défense du Nord dans un monde de missiles hypersoniques, un monde où vous n’avez littéralement que des secondes pour réagir, un monde où des attaques venant de l’espace ne sont pas de la science-fiction, mais bien une réalité potentielle à court terme, certainement un monde où nous devons développer des moyens de défense appropriés.»

Comme il le fait depuis le début, il a laissé la porte ouverte à une participation conditionnelle du Canada au «Dôme d’or», ce projet de bouclier antimissiles du président américain. «Nous avons notre propre démarche pour renforcer notre défense, mais nous explorons aussi la prochaine phase de cette défense avec les États-Unis et ça pourrait inclure le Dôme d’or. (…) Ces pourparlers se déroulent bien et si c’est dans le meilleur intérêt du Canada – et je crois qu’il y a certainement plusieurs scénarios où ce sera dans l’intérêt du Canada – nous participerons volontiers.»

Des objectifs ambitieux 

Le gouvernement canadien souhaite que la Stratégie industrielle de défense du Canada permette de créer 125 000 emplois, qu’elle augmente de 50 % les exportations dans le domaine de la défense. 

«Au cours de la prochaine décennie, nous porterons le taux de disponibilité de la flotte maritime à 75 %, celui de la flotte terrestre à 80 % et celui de la flotte aérospatiale à 85 % afin de renforcer la défense canadienne», selon un communiqué de presse du gouvernement fédéral. Ottawa soutient que ces investissements permettront d’augmenter les revenus de l’industrie canadienne de la défense de 240 %.

Dans un  autre document publié au moment de la conférence de presse, le gouvernement canadien écrit que «l’agression injustifiée de la Russie contre l’Ukraine et les répercussions de la COVID-19» ont été une «leçon précieuse pour le monde, révélant les risques liés à la dépendance envers des chaînes d’approvisionnement incertaines pour les besoins essentiels». 

La part du Québec

À Ottawa, le porte-parole du Bloc québécois en matière d’industries, Gabriel Ste-Marie, et le porte-parole du Bloc en matière de défense, Simon-Pierre Savard-Tremblay, ont averti les libéraux que le Québec doit recevoir la part qui lui revient des contrats de cette nouvelle stratégie fédérale longtemps réclamée par le Bloc.

La formation souverainiste affirme qu’en 2024, selon ses données, le Québec n’a obtenu que 18,79 % des contrats militaires depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux, soit une part en deçà du poids du Québec qui, en plus, ne reflète aucunement les capacités du secteur industriel québécois.

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