Manque de clarté à Saint-Aimé-des-Lacs : « On se sent manipulé »
Des citoyens de Saint-Aimé-des-Lacs accusent la municipalité d’avoir manqué de transparence dans la présentation de son récent budget. Lors de celui-ci, la Ville a voulu comparer le compte de taxes d’une maison évaluée à 250 000 $ en 2026 avec celui d’une autre propriété de même valeur en 2025. Or, selon plusieurs résidents, cette comparaison ne reflète pas le coût réel imposé aux contribuables.
En raison du changement de rôle d’évaluation, la comparaison serait trompeuse puisque la « maison type » n’est pas la même. « C’est comme comparer des pommes et des oranges », résume un citoyen.
Dans son budget, la municipalité affirme que :
« Malgré l’augmentation des services, le compte de taxes total attribuable à un immeuble de 250 000 $ en 2026 enregistre une diminution de celui-ci de 4,8 % comparativement à 2025. »
Une affirmation qui semble factuelle à première vue. Toutefois, l’emploi du pronom démonstratif « celui-ci » renvoie au dernier élément mentionné — soit l’immeuble. Or, cet usage est contesté puisque, avec un nouveau rôle d’évaluation, il ne s’agit pas du même immeuble sur le plan fiscal.
Selon Tommy Gagné-Dubé, professeur adjoint au Département de fiscalité de l’École de gestion et chercheur à la Chaire en fiscalité et finances publiques de l’Université de Sherbrooke, la formulation pourrait gagner en clarté.
« On voit l’effet de la baisse du taux de taxe, mais pas celui de la hausse des valeurs. Si ce que vous voulez voir est l’effet sur le compte de taxes moyen ou médian, ce n’est effectivement pas l’information qui est fournie », explique-t-il, rappelant que d’autres méthodes de présentation existent.
Il n’existe toutefois pas de modèle parfait pour comparer les variations d’un rôle à l’autre.
Notre équipe a également offert à la direction générale l’occasion d’apporter des clarifications au lendemain du dépôt du budget. La direction générale a répondu qu’elle n’avait pas le temps pour notre suivi compte tenu des priorités.
Des cas concrets sur le terrain
Pour certains citoyens, cette incohérence se traduit par des exemples bien réels.
La maison de Lyne Guay, située au 183, rue Principale, valait 215 800 $ au dernier rôle. En 2026, elle est évaluée à 358 800 $. Son compte de taxes ne peut donc pas diminuer de 4,8 %, comme le suggère la municipalité pour la propriété type.
Dans les faits, Mme Guay payait 3 095,56 $ l’an dernier et paiera désormais 4 072,38 $, soit une hausse de plus de 976 $, équivalant à une augmentation réelle d’environ 31,5 %.
| Éléments | 2025 | 2026 | Variation ($) | Variation (%) |
| Valeur au rôle d’évaluation | 215 800 $ | 358 800 $ | +143 000 $ | +66,3 % |
| Compte de taxes annuel | 3 095,56 $ | 4 072,38 $ | +976,82 $ | +31,5 % |
Pour Mme Guay, la municipalité a manqué de transparence :
« J’étais présente lors de la présentation du budget et ça allait très vite. Je pensais qu’on pouvait leur faire confiance, mais là, je me sens trahie. (…) On aurait pu nous prévenir clairement de l’augmentation. Au lieu de ça, on compare des pommes et des oranges. On se sent manipulés. »
Elle décrit aussi sa réaction à la facture :
« C’est comme un coup de marteau sur la tête. J’ai l’impression qu’ils nous prennent à la gorge. Même si on n’est pas mal pris, ça change complètement notre budget personnel », conclut-elle, précisant qu’elle n’a pas l’intention de vendre, mais qu’elle refuse de payer davantage sans comprendre.
Une hausse difficile à absorber pour certains
Pour Magalie Boulet, résidente et mère monoparentale exploitant une entreprise de soins animaliers à domicile, le nouveau rôle et la facture de taxes deviennent également lourds à supporter.
Avant de lancer son activité, elle avait demandé une estimation de l’impact fiscal et affirme qu’on lui avait parlé d’une hausse d’environ 300 $. Elle a finalement vu son compte passer d’environ 2 600 $ à près de 3 800 $, soit une augmentation d’environ 1 200 $ — plus de 40 %.
« Les deux bras me sont tombés à terre », raconte-t-elle.
« En ce moment, je me sens — désolée du mot — cros*** par la municipalité. Je trouve ça inacceptable. (…) Je vais devoir augmenter mes prix, mais si je le fais trop, mes clients ne viendront plus. Où vais-je trouver ce montant de plus par année ? »
Elle s’interroge aussi sur l’utilisation des fonds :
« Mes peurs, c’est de ne pas arriver. J’ai des enfants à nourrir. (…) On paie plus, mais on n’a pas plus de services. »
Le budget municipal augmente de 16 % cette année, tandis que la contribution globale des contribuables grimpe d’environ 20 %. Une hausse que Mme Boulet peine à concilier avec les services perçus.
La réponse de la mairesse
Interrogée sur les critiques, la mairesse Jo-Annie Boulianne affirme qu’il s’agit avant tout d’une question de méthodologie liée au rôle d’évaluation.
Selon elle, la comparaison visait à illustrer l’effet de la baisse du taux de taxation et non celui de la variation des valeurs foncières. « On parle de chiffres et non de propriétés », résume-t-elle, ajoutant que les hausses sont « du cas par cas » et liées à l’augmentation de l’évaluation des immeubles.
Elle souligne également que la municipalité fait face à des enjeux importants : protection du lac, travaux routiers et projets d’aqueduc réalisés en partie grâce à des programmes gouvernementaux. Reporter ces investissements coûterait plus cher à long terme, selon elle.
La mairesse reconnaît toutefois que «les mots choisis portent à confusion ». Elle soutient que la séance budgétaire présentait l’information et encourage les citoyens à contacter la municipalité pour vérifier leur situation particulière ou corriger d’éventuelles erreurs.
Elle rappelle enfin que les élus sont eux-mêmes touchés par la hausse :
« Nous sommes citoyens aussi, nous payons nos taxes. L’objectif n’a jamais été de cacher de l’information, mais de gérer les besoins de la municipalité. »
Entrevue téléphonique intégrale :
Le regard de l’expert
Pour l’expert consulté, la situation s’inscrit dans un phénomène courant lors d’un changement de rôle d’évaluation.
Il explique qu’il existe une grande variabilité dans la manière dont les municipalités présentent les variations du compte de taxes. Comparer une propriété type — moyenne ou médiane — est généralement représentatif en l’absence de changement de rôle.

Toutefois, lors d’une réévaluation, surtout lorsque les variations diffèrent fortement entre propriétés, une communication plus détaillée peut être pertinente, par exemple en indiquant la proportion de contribuables subissant différentes hausses ou baisses.
Tommy Gagné-Dubé rappelle également plusieurs principes :
- La taxe foncière est un impôt sur le patrimoine : elle suit l’évolution de la valeur de la propriété.
- Une hausse peut sembler plus marquée parce qu’elle est très visible, contrairement à d’autres impôts intégrés dans le revenu ou la consommation.
- Les municipalités doivent arrimer taxation et dépenses, ce qui exige d’examiner l’ensemble du budget avant de juger de la pertinence des hausses.
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