Dossier travail et immigration: incertitude chez les travailleurs étrangers
(Dossier) Les travailleurs étrangers sont essentiels au succès d’une multitude d’entreprises charlevoisiennes, québécoises et canadiennes. Pourtant, des règles de plus en plus contraignantes accablent les administrations qui les embauchent. Nombreux sont les travailleurs, souvent accompagnés de leurs familles, dont l’avenir ici est tout sauf certain…
L’espoir d’Espérança
Espérança Morais est originaire de l’Angola. La migration qui l’a menée au Québec n’est pas sa première ! « J’ai migré une première fois en 2009 en France, j’avais 14 ans. J’en ai 31 aujourd’hui », résume-t-elle.
Ce premier pays d’accueil, elle n’a pas cherché à le fuir en venant au Québec. « J’ai fait mes études en cuisine et je voulais vivre autre chose que la France en termes d’expérience culinaire. Pour moi, ce n’était pas forcément le Québec ! J’ai fait plusieurs tentatives. Quand le Québec m’a ouvert la porte, la Corée du Sud aussi m’avait dit oui, mais j’ai choisi le Canada et je n’ai pas regretté mon choix. À part le froid, c’est vraiment une belle expérience », rigole-t-elle.
Entrée au Québec avec un permis fermé la liant à un premier établissement, elle a toutefois changé d’emploi et c’est l’Hôtel Baie-Saint-Paul qui l’a accueillie à bras ouverts.
Marie-Christine Boucher, directrice administrative-ressources humaines à l’Hôtel Baie-Saint-Paul, rappelle à quel point le recrutement est difficile dans l’hôtellerie et la restauration.
« On a dû fermer le restaurant une partie de la semaine et même les fins de semaine pendant plus d’un an ! On fermait le samedi soir parce qu’on affichait des postes et personne ne postulait… Espérança, quand on l’a trouvée, ç’a été une chance incroyable ! »

Une chance qui venait toutefois avec une charge administrative importante.
« Elle était déjà organisée avec son permis fermé chez un autre employeur, mais au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), ils n’ont pas voulu que son permis soit transféré. On a eu que des embûches, mais on s’accroche », lance Mme Boucher.
L’Hôtel Baie-Saint-Paul embauche une seconde cuisinière venue du Cameroun et le travail à abattre pour pouvoir la garder est tout aussi ardu. Marie-Christine Boucher qui ne compte plus les heures investies dans ces deux « dossiers ».
Des informations contradictoires émanant des fonctionnaires du MIFI ont fait perdre beaucoup de temps à la directrice administrative. « On nous a dit qu’on était dispensé de l’EIMT parce qu’on était dans le même secteur, mais c’était une erreur. La lourdeur de tout ça, c’est inimaginable ! »
Pour le moment, Espérança Morais dispose d’un permis temporaire jusqu’au 16 août. Elle souhaite renouveler pour 3 ans minimalement. « Je ne sais pas si ça va fonctionner. Si ça ne fonctionne pas, je dois retourner en France. »
Contrairement à sa collègue Dorette Mahgui Takoumbo, Mme Morais n’a pas d’enfants, mais la situation demeure stressante.
« Au final, il y a toujours cette incertitude qui nous ronge. J’ai un appartement, une coloc, un bail et je ne sais pas si je devrai quitter le Québec en août. J’adore la région de Charlevoix, j’aime l’équipe, j’aime travailler ici… »
Et elle voit tous les efforts qui sont investis pour qu’elle puisse rester. « C’est tellement de paperasses, il manque toujours quelque chose ! Tout le temps mis sur mon dossier, Marie-Christine pourrait le mettre ailleurs ! Ce qu’on souhaiterait, c’est d’être mieux informé, encadré. Je suis consciente qu’il y a beaucoup de demandes, mais pour ceux qui sont déjà ici, sur le territoire, qui travaillent, peut-être que ça pourrait être simplifié ? Ce serait moins lourd pour tout le monde, et surtout pour l’employeur. Ici, clairement, on perd du temps ! »
Mme Boucher a reçu de l’aide de Patrick Reduron, du Carrefour jeunesse emploi, pour l’aider à se dépatouiller dans l’embrouillamini des différents formulaires et procédures.
« Il n’est pas là pour faire le travail à ta place, mais il t’explique comment procéder. C’est beaucoup de ramifications et il faut être prudent. Et en plus, les programmes changent ! Ils en ferment un, en ouvrent un autre… Je joue avec les deux paliers de gouvernement. C’est tout sauf simple ! »
L’étude d’impact sur le marché du travail, par exemple, coûte au bas mot environ 1000 $. « L’EIMT doit servir à prouver que personne ici ne peut faire le travail. Heureusement, il y a certaines professions, notamment en cuisine, qui permettent un traitement simplifié, mais il faut quand même le faire. Et ce sera à recommencer aux 2 ou 3 ans quand viendra le temps de renouveler les permis… »

Au-delà de la lourdeur du volet administratif, c’est le volet humain qui est le plus difficile. « Notre collègue Dorette Mahgui Takoumbo, elle a trois enfants, deux au primaire, une au secondaire. Ils sont super bien intégrés, ils aiment les sports d’hiver, la plus vieille joue au basket… Ne pas savoir où ils seront dans 6 mois, c’est pénible pour eux et pour nos aussi ! », constate Marie-Christine Boucher qui n’a pas l’intention de baisser les bras.
« Elles nous ont sauvés et on a besoin d’elles, il n’est pas question de les laisser partir ! Elles font partie de l’équipe maintenant. On n’est pas juste des employeurs ou des collègues, on devient des proches, des références. Des amis. »
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Impossible de comprendre l’attitude bornée du ministre Roberge. A croire que c’est carrément un suicide politique.