Dossier travail et immigration: un système «élitiste» qui cause beaucoup de stress
Pour Patrick Reduron, qui travaille dans le domaine de l’immigration depuis 2007, la situation qui prévaut depuis l’abandon du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) du jour au lendemain en juin dernier est du jamais vu.
«Depuis quelques mois, et ça n’était jamais arrivé, je dois dire aux clients, «mais qu’est-ce que tu vas faire? Envisages-tu un retour au pays? Sinon, comment tu vas faire pour vivre? Tu ne peux pas rester de façon illégale, sans pouvoir gagner de revenus légalement, sans protection sociale, sans RAMQ!» Ça crée un stress immense!», indique Patrick Reduron.
Ce dernier est agent de liaison interculturelle, pour le Service d’accueil des nouveaux arrivants, une division des Service de main d’œuvre l’Appui.
L’abandon du PEQ, remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), n’est pas la seule décision politique à avoir semé la déroute chez les travailleurs immigrants… et chez leurs employeurs.
«Jusqu’en novembre 2024, le gouvernement fédéral permettait aux employeurs de certains secteurs d’activités d’engager jusqu’à 30% de leur main d’œuvre avec un permis de travail fermé obtenu suite à une demande d’étude d’impact sur le marché du travail (EIMT). À partir de novembre 2024, en raison de notre faible capacité d’accueil partout au Canada, on a décidé que dans la plupart des secteurs les quotas allaient être réduits à 10%, et ce malgré la rareté de main-d’oeuvre qui persiste partout», explique Patrick Reduron.
Quelques secteurs ont vu leur quota diminuer à 20%, soit la construction de logement, la santé et la transformation alimentaire, ce qui exclut la restauration.
«Étant donné qu’il n’y pas de clause grand-père (NDLR : une clause de droits acquis pour les personnes déjà établies au Québec et détentrices d’un permis d’immigration temporaire au moment de l’abolition du PEQ) à date, pour tous les autres secteurs, si le quota dépasse le 10%, les employeurs ne peuvent pas renouveler les permis de travail, même s’ils ont toujours besoin de ces travailleurs. Tu es au-dessus du quota, tu n’as pas de Certificat de sélection du Québec (CSQ), bye bye!», indique Patrick Reduron.
Le gouvernement provincial et de nombreux groupes, dont des associations de gens d’affaires, souhaiteraient que le fédéral applique une clause grand-père car plusieurs employeurs pâtissent de cette situation.
« C’est absolument scandaleux parce qu’on est en rareté de main d’œuvre. Les entreprises comme Simard Suspension, Industries Océan, dans le secteur de la fabrication et bien d’autres comme en tourisme restauration voudraient embaucher plus mais ne peuvent pas parce qu’elles sont liées par le quota. Tu dépasses 10%? C’est refusé, n’envoie même pas ta demande!»
S.O.S.
Des travailleurs décontenancés cognent quotidiennement à la porte de Patrick Reduron et des Services de main d’œuvre L’Appui.
«Les gens me disent « mon permis achève en avril, en juin, en novembre, mon employeur m’a avisé que je ne peux pas renouveler, mais qu’est-ce que je fais?» Un des problèmes, c’est que ces gens-là ont été recrutés directement à l’étranger et ils ne savent pas comment faire une recherche d’emploi», explique M. Reduron. L’aide qu’il peut leur accorder est limitée.
«Je ne peux pas soutenir une recherche d’emploi en dehors du territoire Charlevoix-Côte de Beaupré. Je les envoie sur le guichet d’Emplois Canada où ils peuvent voir qui a fait une demande d’EIMT. Mais ce n’est pas gagné…»
La détresse gagne du terrain, tandis que plusieurs voient les portes se refermer devant eux.
«Je vois beaucoup d’anxiété, des symptômes dépressifs. Là où le bât blesse, c’est que beaucoup de gens ont mis tous leurs œufs dans le même panier, ils ont tout vendu au pays dans l’espoir d’obtenir le CSQ qui est la première étape vers la résidence permanente et là, ils restent tributaires de la décision du gouvernement d’être invités ou pas à déposer le CSQ via le PTSQ… Rien n’est moins sûr.»
Le PSTQ est «très élitiste», selon M. Reduron.
«On veut privilégier les secteurs de l’économie les plus prioritaires. Les travailleurs qui se qualifient selon certains critères pourront avoir des « invitations » de la part du MIFI… Comme le PSTQ permet au gouvernement de choisir parmi les candidats qui ont le meilleur profil et de privilégier certains domaines d’emploi, de nombreux travailleurs étrangers temporaires pourraient être écartés de la perspective d’obtenir la résidence permanente. Tout cela, avec en trame de fond, notre faible capacité d’accueil liée à la pénurie de logements», conclut Patrick Reduron.
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