Semaine des enseignants : enseigner reste une vocation, mais à quel prix?
Monique Brassard est présidente du Syndicat de l’enseignement de Charlevoix depuis sept ans.
À l’occasion de la Semaine des enseignantes et des enseignants, la présidente du syndicat des enseignants de Charlevoix (SEC-CSQ) dresse un portrait préoccupant de la réalité vécue dans les écoles de la région et ailleurs au Québec. Si la dernière convention collective a apporté certains gains, elle n’a pas changé le cœur du problème, estime-t-elle.
« La convention collective a fait des pas, oui, mais ce sont surtout les lois ajoutées récemment qui ont eu un impact majeur sur notre quotidien », explique Monique Brassard.
Les nouveaux codes d’éthique et l’encadrement accru de la profession sont particulièrement difficiles à vivre pour le personnel enseignant.
Selon elle, l’augmentation salariale obtenue ne suffit pas à compenser la détérioration du climat dans les écoles. « La violence prend de plus en plus de place et notre autorité est mise à mal. On a aussi l’impression que notre expertise est moins valorisée qu’avant », souligne-t-elle.
Si la population manifeste généralement son appui aux enseignants, la reconnaissance gouvernementale, elle, ne se fait pas sentir sur le terrain. « Le gouvernement dit valoriser la profession, mais dans les faits, on ne le ressent pas. Il y a eu des investissements, mais aussi des coupures », affirme-t-elle.
Le défi de la rétention et de l’attraction de la relève demeure bien réel. « Cette année, dans Charlevoix, ça n’a pas trop paru, mais l’avenir n’est pas rose. Le milieu est exigeant, et je me demande si on va réussir à garder les jeunes enseignants. »
Après près de 35 ans de carrière, la présidente admet même se poser une question qu’elle n’aurait jamais envisagée auparavant. « Si j’avais commencé dans les conditions actuelles, est-ce que je ferais encore ce choix? C’est triste de se poser la question. »
Codes d’éthique et climat de méfiance
L’application des codes d’éthique et le rôle du protecteur de l’élève sont au cœur des préoccupations. Bien qu’elle reconnaisse l’importance de ces mécanismes, la présidente déplore la multiplication des plaintes et des sanctions qu’elle juge parfois disproportionnées.
« On a l’impression d’une chasse aux sorcières. Les enseignants se sentent surveillés en permanence, analysés, scrutés. L’autorité est presque disparue », indique cette dernière.
Elle observe également une tendance à prendre plus facilement le parti de l’élève que celui de l’enseignant. « Ce n’est pas généralisé, mais c’est souvent l’angle le plus facile. Les directions ont peur des plaintes et des conséquences, alors il est parfois plus simple d’agir contre l’enseignant. »
Quelques situations isolées ont mené à un resserrement excessif des règles. « On impose des lois à tout le monde à cause de cas très rares. Et maintenant, le code d’éthique est invoqué à toutes les sauces. »
Une profession toujours passionnante, malgré tout
Malgré ce contexte difficile, la présidente rappelle que l’enseignement demeure une profession profondément humaine et passionnante. « Quand on parle des jeunes, les enseignants s’illuminent. Ils parlent de leurs projets, de leurs réussites. Enseigner, c’est encore trippant. »
Elle lance toutefois un appel clair. « Les irritants s’accumulent tellement qu’il faut faire attention à nos profs. Ce sont des humains, avec des émotions. On leur demande souvent d’être parfaits en tout temps, ce qui n’est pas réaliste. »
Son message, en cette Semaine des enseignants, est simple : « Il faut plus de reconnaissance, plus de confiance et plus d’humanité envers ceux et celles qui se donnent sans compter pour les enfants, les adolescents et les adultes de notre société. »
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