Le traitement des eaux usées pourrait noyer St-Irénée sous les coûts

Par Félix Côté 9:31 AM - 4 février 2026
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La Municipalité de Saint-Irénée se trouve à un tournant décisif dans le dossier du traitement de ses eaux usées. Confrontée à des normes environnementales de plus en plus exigeantes et à une explosion des coûts d’infrastructures, l’administration municipale a décidé de solliciter une deuxième expertise technique afin d’évaluer des solutions alternatives, moins coûteuses à long terme pour ses citoyens.

Récemment, une firme d’ingénierie indépendante mandatée par la Ville a recommandé la construction d’un réacteur biologique avec garniture en suspension, une technologie reconnue pour son efficacité à traiter les eaux usées avant leur rejet dans le fleuve Saint-Laurent. Le projet, évalué entre 11 et 14 millions de dollars, serait financé en grande partie par des programmes gouvernementaux, à hauteur de 95 %, mais laisse tout de même une part significative à la charge des contribuables.

Pour le maire de Saint-Irénée, Michel Gauthier, la question ne se limite pas au coût de construction. « Ce qui nous inquiète encore plus, ce sont les coûts d’opération et d’entretien annuels. Une usine d’épuration comme celle qui nous est proposée pourrait coûter environ 250 000 $ par année à faire fonctionner. Pour une municipalité qui compte à peine 240 portes sur le réseau, c’est énorme », explique-t-il.

Une pression financière difficile à absorber

Selon les estimations évoquées lors de l’entrevue, une telle facture représenterait près de 10 % du budget municipal annuel. Rapporté au nombre de résidences desservies, cela pourrait se traduire par une charge de plusieurs milliers de dollars par foyer.

« On ne parle pas de grandes villes avec 1 500 ou 2 000 portes. Ici, chaque dollar se ressent directement dans le compte de taxes des citoyens. Présentement, les gens paient environ 500 $ par année pour les services d’égout. Si on montait à 1 500 ou 2 000 $, ce serait déjà difficile à absorber. Mais à 10 000 $ par porte, c’est tout simplement inacceptable », affirme le maire.

À cette pression s’ajoutent d’autres projets d’envergure qui pointent à l’horizon, notamment la traversée de l’agglomération et la mise à niveau des infrastructures d’égout sur la route 362. « Quand plusieurs grands projets arrivent en même temps, ça met une pression énorme sur la capacité de payer des citoyens », souligne M. Gauthier.

Pour tenter de trouver une alternative, la municipalité a décidé de faire appel au programme de soutien technique de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), qui offre désormais des services-conseils aux petites localités en quête de solutions plus adaptées à leur réalité.

Contrairement à la première étude, réalisée par une firme privée indépendante, cette nouvelle démarche vise à comparer différentes technologies, en mettant l’accent non seulement sur la conformité aux normes environnementales, mais aussi sur la durabilité financière du projet.

« On veut savoir s’il existe une technologie qui respecte les normes, mais qui coûte moins cher à opérer. Les technologies évoluent vite. Peut-être qu’il y a aujourd’hui des solutions auxquelles on n’avait pas accès il y a quelques années », explique le maire.

Des normes qui évoluent, des délais qui coûtent cher

Le dossier du traitement des eaux à Saint-Irénée ne date pas d’hier. Selon l’administration municipale, les changements successifs dans les normes fédérales et provinciales ont fait en sorte que des installations autrefois conformes ne le sont plus aujourd’hui. M. Gauthier, souligne que la municipalité demeure tributaire des délais liés aux programmes gouvernementaux et aux processus d’approbation.

Michel Gauthier

Malgré l’ampleur du dossier, le maire se veut rassurant. « On est proactifs. On ne lâche pas. Notre objectif est clair : trouver la meilleure solution possible, au moindre coût pour la population, tout en respectant les normes environnementales. Quand on aura les résultats de la nouvelle expertise, on informera les citoyens et on avancera de façon transparente. »

La firme mandatée par la FQM doit déposer son rapport au cours des prochains mois. Ce document permettra au conseil municipal de comparer les scénarios et de déterminer la voie à suivre pour assurer un traitement des eaux conforme, durable et financièrement viable pour la communauté.

Entrevue intégrale 1 Michel Gauthier
Entrevue intégrale 2 Michel Gauthier

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