La suspension définitive du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) et son remplacement par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) continuent de susciter de vives réactions à travers le Québec. Dans les régions touristiques comme Charlevoix, où l’industrie repose largement sur une main-d’œuvre issue de l’immigration, l’annonce récente du ministre de l’Immigration, de l’Intégration et de la Francisation, Jean-François Roberge, est accueillie avec prudence, voire inquiétude.
Lors d’une conférence de presse, le ministre Roberge a réitéré que le PEQ ne serait pas rétabli. Suspendu en deux temps — le volet diplômé en novembre 2024, puis le volet travailleur en juin 2025 — le programme avait, selon le gouvernement, atteint et même dépassé les plafonds fixés dans la planification pluriannuelle de l’immigration.
« La capacité d’accueil du Québec n’est pas infinie », a rappelé le ministre, évoquant la pression sur les services publics, la crise du logement et le marché de l’emploi, notamment chez les jeunes. Il a soutenu que rouvrir le PEQ aurait entraîné un traitement des dossiers selon le principe du premier arrivé, premier servi, au détriment de travailleurs œuvrant dans des secteurs jugés essentiels comme la santé, l’éducation ou la construction.
Le PSTQ, désormais principale voie d’accès à la sélection permanente pour les travailleurs qualifiés, vise à offrir plus de « prévisibilité » aux candidats et aux employeurs. Pour 2026, le gouvernement prévoit l’admission d’environ 29 000 immigrants économiques, dans le cadre d’un seuil global annuel de 45 000 immigrants, incluant la réunification familiale et l’accueil de réfugiés.
Trois grandes orientations guident le programme :
- La priorisation des diplômés formés au Québec ;
- La sélection de travailleurs œuvrant dans des secteurs stratégiques (santé, éducation, petite enfance, construction, génie) ;
- La valorisation des profils présentant un fort potentiel d’intégration linguistique et économique.
Le ministre a également mis de l’avant la régionalisation comme objectif central. Selon les chiffres dévoilés, lors de la première ronde d’invitations de janvier 2026, 66 % des 2 552 personnes invitées résident à l’extérieur de Montréal et Laval, et 64 % détiennent un diplôme québécois.
L’inquiétude des employeurs touristiques
Sur le terrain, le discours gouvernemental est toutefois loin de rassurer tous les acteurs. Dans Charlevoix, Flore Colmant, directrice de la réception du Petit‑Manoir du Casino de Charlevoix, dit « tomber des nues » devant un programme qu’elle juge aléatoire et mal adapté à la réalité du secteur touristique.
« L’hôtellerie et la restauration ne font pas partie des secteurs prioritaires. Tous mes collaborateurs sont sur le PSTQ, et lors de la ronde d’invitations, aucun n’a été sélectionné », affirme-t-elle.
Pour Mme Colmant, l’enjeu est immédiat et concret : plusieurs permis de travail arrivent à échéance. Sans sélection permanente, ses employés risquent de se retrouver sans statut légal pour continuer à travailler. « On reste dans l’incertitude. Si leurs permis expirent avant une sélection, ils devront quitter leur emploi », explique-t-elle.

Elle souligne également que, sous l’ancien PEQ, les travailleurs déjà établis pouvaient obtenir un Certificat de sélection du Québec (CSQ), facilitant le renouvellement de leur permis de travail en attendant la résidence permanente. « Aujourd’hui, on se retrouve avec des démarches lourdes, comme des permis fermés avec étude d’impact sur le marché du travail, à renouveler tous les six mois », déplore-t-elle.
Selon elle, la réalité régionale est mal reflétée dans les orientations actuelles. « Ici, en Charlevoix, les gens sont logés, intégrés, ils vivent dans la communauté depuis des années. On a de la place. La crise du logement de Montréal n’est pas la nôtre », insiste-t-elle.
Tourisme Charlevoix de son côté, joint sa voix à celle de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec pour demander au gouvernement du Québec de reconnaître l’industrie touristique, fortement touchée par les enjeux de main-d’œuvre, comme un secteur prioritaire du développement économique québécois. Rappelant que près d’un emploi sur trois est généré par le tourisme dans Charlevoix, l’association touristique régionale assure qu’elle demeurera à l’écoute des entreprises du territoire et qu’elle effectuera les représentations nécessaires.
Face à cette situation, des mobilisations sont prévues dans plusieurs villes, notamment le 7 février. Les organisateurs réclament l’instauration d’une « clause grand-père » pour les travailleurs venus au Québec sous le régime du PEQ, qui avaient planifié leur parcours d’immigration en fonction de ce programme.
« On demande simplement qu’il y ait une solution pour ceux qui sont déjà établis et qui ont investi ici, humainement et professionnellement », résume Mme Colmant.
Le patronat sonne l’alarme
Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a lui aussi réagi à l’annonce du gouvernement. S’il reconnaît la valeur de la prévisibilité annoncée, l’organisme estime que les cibles et les critères du PSTQ sont insuffisants pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre qui freine la croissance économique.
« De nombreux travailleurs et diplômés formés au Québec, déjà intégrés et francisés, risquent de devoir quitter le territoire à cause des seuils actuels », a déclaré Daye Diallo, vice‑président – Politiques de main‑d’œuvre et intelligence économique du CPQ.
Le CPQ dénonce également ce qu’il perçoit comme un déséquilibre entre les besoins de l’État et ceux des entreprises. « Le gouvernement se dote de leviers pour combler ses propres besoins, mais maintient d’importantes contraintes pour les employeurs privés », a ajouté la présidente et cheffe de la direction, Michelle LLambías Meunier.
L’organisation appelle notamment à une reconnaissance explicite du secteur manufacturier comme secteur stratégique, soulignant son rôle clé dans l’économie québécoise et les exportations.
De son côté, le ministre Roberge a lancé un appel au gouvernement fédéral pour le renouvellement des permis de travail des personnes déjà présentes sur le territoire, afin de réduire la tension et l’angoisse chez les travailleurs et les employeurs.
Dans Charlevoix, toutefois, les entreprises touristiques restent dans l’attente de mesures concrètes. Entre la volonté gouvernementale de mieux cibler l’immigration économique et la réalité d’un secteur qui dépend fortement de la main-d’œuvre étrangère, le dialogue se poursuit, sur fond de mobilisation et d’incertitude.
Alors que les rondes d’invitations du PSTQ se poursuivront chaque mois en 2026, la région espère voir ses travailleurs enfin reconnus comme des piliers de son développement économique et social.
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Comment un gouvernement et son ministre peuvent-ils etre aussi aveugles et sourds a la dénonciation de politiques unanimement rejetés par la société civile et le monde des affaires? C’est a croire qu’ils ne veulent absolument pas etre réels aux prochaines élections. A quels intérêts ou idéologues adhetent appelons le le Sinistre Roberge, un nom qui lui va bien.