Défi 28 jours: repenser notre relation à l’alcool
La consommation excessive d'alcool a augmenté chez les jeunes du secondaire depuis la pandémie. Photo Pixabay
Alors que le Défi 28 jours sans alcool revient chaque année en février, deux organismes de Charlevoix proposent une approche différente : moins axée sur l’interdiction, davantage tournée vers la bienveillance, la conscience de soi et les saines habitudes de vie.
Pour plusieurs, février rime avec résolutions, privation et volonté de fer. Pour d’autres, c’est plutôt une occasion de ralentir, de se recentrer et de se traiter avec un peu plus de douceur. À La Malbaie, la Ressource Genesis et Vision d’Espoir s’inscrivent dans cette deuxième voie, en invitant la population à réfléchir autrement à sa relation avec l’alcool et les substances.
À la tête de la Ressource Genesis, Lorie Dumont Fontaine préfère parler de bienveillance plutôt que de privation. « On profite du Défi 28 jours, mais au lieu de dire “enlève un comportement”, on propose d’en ajouter : de petites habitudes saines, simples, accessibles, qui font du bien à la santé mentale », explique-t-elle.
Dès le 1er février, l’organisme publiera quotidiennement sur ses réseaux sociaux de petits défis : sortir quelques minutes à l’extérieur, prendre un moment pour respirer, poser un geste de gentillesse envers soi ou envers les autres.
L’objectif est clair : créer de l’espace dans le quotidien. « Si on prend plus de temps pour soi, pour sa santé mentale, il reste moins de place pour les comportements problématiques. Ce n’est pas miraculeux, mais combiné à un défi de sobriété ou de réduction de consommation, ça augmente vraiment les chances de réussite. »
Pourquoi 28 jours?
Le chiffre revient chaque année. Pourquoi pas 30? Pour Lorie Dumont Fontaine, l’important n’est pas tant la durée que l’effort. « Il n’y a pas de hiérarchie dans l’effort. Que ce soit un jour, deux jours ou 34 jours, tout est bénéfique. Le 28, c’est peut-être plus attrayant, plus réaliste pour certaines personnes. Et parfois, ça se prolonge au-delà du défi. »
Les deux intervenantes soulèvent un enjeu culturel bien ancré : l’omniprésence de l’alcool dans les moments de célébration, de sport et de socialisation. « On associe le hockey, la Saint-Valentin, le Super Bowl à la consommation d’alcool. Pour nous, c’est grave de normaliser à ce point le lien entre plaisir et boisson », affirme la directrice de Genesis.
Sans prôner une interdiction totale, elle distingue la sobriété, qui mise sur la modération et la conscience, de l’abstinence, qui implique l’arrêt complet. « Une bière, pourquoi pas. Mais est-ce qu’elle est nécessaire au plaisir? C’est là la vraie question. »
Les multiples visages de la dépendance
Du côté de Vision d’Espoir, sa directrice, Lucie D’Entremont, insiste sur une idée clé : la dépendance ne se limite pas à l’image du buveur quotidien.
« Ce n’est pas seulement quelqu’un qui boit tous les jours. C’est aussi quelqu’un qui boit pour se calmer, pour dormir, pour avoir du fun. Là, c’est une sonnette d’alarme. »
Elle évoque aussi le binge drinking, ces excès concentrés sur les fins de semaine, parfois banalisés, mais qui peuvent mener à des situations dangereuses.
Pour elle, la vraie question est souvent : pourquoi je bois?
« Souvent, c’est pour anesthésier quelque chose. L’alcool est un dépresseur. Sur le coup, ça peut donner une euphorie, mais le lendemain, c’est l’anxiété et la déprime qui prennent la place. »
Le deuil de la bouteille
Arrêter ou réduire sa consommation, c’est aussi vivre un deuil, observe-t-elle. « Pour certaines personnes, la bouteille devient comme une meilleure amie. La laisser aller, ça veut dire affronter la vie telle qu’elle est, sans anesthésie. »
Chez les jeunes, la pression sociale demeure un facteur important .« Comment aller dans un party sans boire? Qu’est-ce que les autres vont penser? L’alcool enlève les inhibitions, donc plusieurs ont l’impression que ça les aide à être eux-mêmes. »
Les deux organismes constatent une tendance grandissante vers les produits sans alcool et un mode de vie plus sain. Et les bénéfices vont bien au-delà de la santé physique. « On entend souvent : “Si j’avais su à quel point je me sentirais bien, j’aurais arrêté avant” », raconte Lucie D’Entremont.
Sommeil de meilleure qualité, économies d’argent, clarté mentale, capacité accrue à régler ses problèmes : les retombées sont multiples. « On est plus lucide. On se sent fier. Et oui, ça coûte cher de sortir et de boire. Une soirée peut vite devenir une grosse facture. »
Demander de l’aide, sans honte
Les deux directrices s’entendent sur un point : la demande d’aide reste un tabou.
À Genesis, la demande est même en hausse. À Vision d’Espoir, on rappelle que personne n’a à être gêné.
« On respecte les gens là où ils sont rendus. Que ce soit pour diminuer, arrêter ou simplement réfléchir à leur consommation, ils sont les bienvenus. »
Les ressources sont nombreuses : accompagnement individuel, groupes comme les AA, communautés en ligne, applications de suivi, journaux de bord.
Une Saint-Valentin pour soi-même
Cette année, Genesis organise un événement de sociofinancement le 14 février, sous le thème de l’amour de soi : soirée dansante, objets promotionnels fabriqués localement, prix de présence.
« On veut que les gens se donnent de l’amour à eux-mêmes, pas seulement à quelqu’un d’autre », souligne Lorie Dumont Fontaine.
Les fonds recueillis serviront directement aux services offerts à la clientèle.
Au-delà du Défi 28 jours, les deux organismes lancent une invitation simple : prendre un moment pour réfléchir à sa relation avec l’alcool.
Pas dans la culpabilité.
Pas dans la répression.
Mais dans la conscience, la bienveillance et l’honnêteté envers soi-même.
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