100, rue John-Nairne : le tiers des logements toujours disponibles

Par Félix Côté 4:56 AM - 24 janvier 2026
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Victor Carré | Le Charlevoisien

Quatre mois après la publication de notre article sur la coopérative de développement immobilier de Charlevoix, le portrait commence à se préciser sur le terrain. Si le projet est né d’un contexte de pénurie et de forte pression sur le marché locatif, l’expérience des premiers mois révèle une distinction de plus en plus nette entre les types d’unités et les usages qu’en font les travailleurs et les employeurs.

Au moment de l’annonce, en novembre, la coopérative présentait ses studios comme une réponse rapide aux besoins urgents de main-d’œuvre et ses logements plus spacieux comme une solution plus durable pour ceux qui souhaitent s’établir dans la région. Une lecture qui, selon ses responsables, se confirme aujourd’hui. « Les studios, on les voit vraiment comme un premier pied à terre. Ce sont souvent des gens qui arrivent dans la région, qui viennent de terminer leurs études ou qui travaillent ici la semaine pendant que leur famille est ailleurs », explique Isabelle Blanchard, présidente la coopérative, en ajoutant que ces unités servent davantage de tremplin que de point d’ancrage à long terme.

À l’inverse, les trois et demi et les quatre et demi semblent répondre à une logique différente. « Là, on parle souvent de personnes déjà établies dans Charlevoix, qui veulent se relocaliser ou trouver un logement mieux adapté à leurs besoins », souligne-t-on, notant que ces unités attirent autant des travailleurs que des ménages cherchant une amélioration de leur situation résidentielle plutôt qu’un simple hébergement temporaire.

Du côté des employeurs, l’intérêt est bien présent, mais la prudence demeure. Depuis le début de la construction, plusieurs entreprises ont pris contact pour s’informer, notamment sur les modalités financières et les conditions d’engagement. « Au début il y avait beaucoup de questionnement, les entrepreneurs craignaient de ne pas pouvoir se départir du logement au cas où l’employé ne reste pas longtemp, mais le a été pensé en conséquence parce que ça répond mieux à la réalité des entreprises », indique la coopérative, qui dit vouloir s’adapter au rythme parfois imprévisible du marché du travail régional. « On leur explique qu’il y a toujours une façon de retrouver un nouveau membre ou de céder un bail. L’avantage d’une coopérative, c’est justement de ne pas être enfermés dans des pratiques rigides », ajoute la présidente.

Contrairement à certaines attentes exprimées en novembre, aucun organisme régional ne réserve officiellement de blocs de logements pour ses membres ou ses clients. Des discussions ont lieu, notamment avec des acteurs comme la SADC ou des regroupements sectoriels, mais la coopérative privilégie pour l’instant des ententes directes entre employeurs. « On encourage même des associations entre entreprises qui ont des besoins saisonniers différents, par exemple l’une en hiver et l’autre en été, pour que les logements puissent servir à l’année », précise-t-on.

Sur le plan opérationnel, la mise en service se fait de manière graduelle. Les premières unités doivent être disponibles dès le 1er mars, alors que la fin complète des travaux est prévue pour l’été. Une stratégie assumée. « On n’a jamais prévu que l’occupation serait à 100 % dès le départ. On s’attend plutôt à un mouvement plus important autour du 1er juillet, quand la saison touristique et le marché locatif régional s’activent davantage », explique Mme Blanchard.

Si le projet confirme l’existence d’un besoin réel en logement pour les travailleurs, il met aussi en lumière un marché plus mobile que prévu. « On voit des employeurs qui avaient déjà réservé des logements ailleurs et qui cherchent maintenant à les transférer ou à les partager. Le milieu s’adapte, et nous aussi », résume-t-on.

À l’usage, le modèle semble ainsi s’éloigner d’une simple logique de “réservation de logements” pour devenir un outil de transition, à mi-chemin entre l’attraction de main-d’œuvre, la relocalisation régionale et la gestion saisonnière des besoins. Une évolution qui, pour la coopérative, reflète moins une faiblesse du projet qu’une lecture plus fine de la réalité du terrain charlevoisien.

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Anne Jean
Anne Jean
19 jours il y a

Flexibilité exige plus de gestion. Qui en assumera la responsabilité tout en assurant la sécurité sur les lieux? À la vitesse que la transition des occupants se fera, ce va et vient apportera son lot de mouvement avec des occupants qui auront moins à cœur de tenir les lieux adéquatement. Ce modèle sera un accommodement temporaire. Les besoins de Charlevoix-Est sont tout autre.

Michael Wagner
Michael Wagner
19 jours il y a
Répondre à  Anne Jean

Oui, vous avez raison, Charlevoix est un port tournant durant la saison touristique, le montant de va-et-vient exige de la sécurité 24 heures sur les lieux.