Romain Feuvrier devra attendre jusqu’à la fin juin pour savoir si Ottawa reconnaît officiellement qu’il est bel et bien francophone. Le travailleur français, recruté par le Petit Manoir du Casino, se retrouve sans revenu depuis trois mois, en attente d’une réponse du ministère fédéral de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) concernant son permis de travail.
Neuf mois se seront écoulés entre le dépôt de son dossier et la date estimée de traitement, soit le 24 juin, une situation que dénoncent à la fois le principal intéressé et son employeuse, qui parle d’un système « à bout de souffle ».
« J’ai littéralement l’impression de vivre l’épisode de La maison qui rend fou dans Astérix », lance Romain Feuvrier, visiblement exaspéré.
Dans un article publié en octobre dernier, Le Charlevoisien rapportait que le Français s’était vu refuser son permis de travail parce qu’il n’avait pas fourni un formulaire attestant sa maîtrise du français. À l’époque, le député fédéral de Montmorency–Charlevoix, Gabriel Hardy, avait pris le dossier en charge.
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Depuis, tous les documents ont été transmis, incluant un test de français — un examen qui lui a coûté 420 $. Malgré cela, le dossier demeure en traitement.
« Ça fait trois mois que je ne peux pas travailler, que je n’ai aucun revenu. Et là, on m’annonce que ça pourrait prendre encore six mois. Tout ça pour confirmer que je parle français », déplore-t-il.
Romain rappelle qu’il a étudié en français à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) et qu’il a obtenu son diplôme au Québec après avoir complété ses études secondaires dans un lycée français aux Pays-Bas.
« Ils ont déjà toutes les preuves. Mais à chaque nouvelle demande, c’est comme si mes anciens dossiers n’existaient pas. On ne relie rien. Je ne comprends pas à quoi ça sert d’avoir un profil à l’immigration si chaque demande repart à zéro », affirme-t-il.
Une entreprise en sous-effectif
Du côté du Petit Manoir du Casino, la situation devient critique, alors que la saison touristique approche à grands pas.
« Romain ne peut pas travailler, et moi, je suis en sous-effectif. Une de mes superviseures a eu un accident récemment et j’ai déjà perdu deux employées, Éloïse et Vanessa, qui ont dû retourner dans leur pays après l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), alors que leurs dossiers étaient en attente », explique la directrice, Flore Colman.
Elle précise que l’entreprise recrute principalement à l’étranger pour combler ses besoins en main-d’œuvre.
« On fait la promotion à l’international pour attirer des travailleurs, mais ceux qui sont déjà ici, dans le système, on n’en prend pas soin. Je ne peux plus planifier ma main-d’œuvre et eux ne peuvent plus planifier leur vie », dit-elle, visiblement émue.
Fédéral et provincial : deux blocages, même détresse
Dans ce dossier, le blocage est du côté fédéral, contrairement à d’autres employés touchés par l’abolition du PEQ, qui relève du gouvernement du Québec.
« On est pris en étau entre le provincial et le fédéral. Peu importe le niveau, le résultat est le même : des gens qui ne peuvent plus travailler, qui n’ont plus de revenu et qui finissent par partir », résume Mme Colman.
Romain se demande comment il pourra tenir jusqu’à juin sans salaire. Hébergé par son employeur, il admet que, sans ce soutien, il aurait probablement déjà dû quitter le pays.
« J’ai immigré en Australie, en Belgique, aux Pays-Bas. Partout ailleurs, c’était plus simple qu’ici. C’est paradoxal : ça a été plus facile d’entrer au Canada que d’y rester », confie-t-il.
Un message qui ne concorde pas avec la réalité
Le jeune travailleur affirme que son expérience contraste fortement avec l’image d’ouverture que projette le Canada à l’étranger.
« On entend que le Canada est un pays accueillant, ouvert à l’immigration. Mais quand on arrive, on se rend compte qu’il y a un gros décalage avec la réalité du système et les délais », dit-il.
Un constat que partage son employeuse.
« On augmente le nombre de fonctionnaires, la bureaucratie, mais sur le terrain, on ne voit pas d’amélioration. On voit surtout de la détresse, du désespoir », affirme-t-elle.
À l’aube du coup d’envoi de la saison touristique dans Charlevoix, le Petit Manoir du Casino ignore toujours s’il pourra compter sur Romain Feuvrier pour l’été 2026.
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Romain est mon collègue c’est un jeune homme que n’importe quel pays aimerait avoir comme citoyens il est superviseur a 21 ans, donc mon patron, c’est exceptionnel il est même là figure emblématique de la publicité de l’ITHQ. Je prie et meme je supplie notre député Gabriel Hardy qui semble déterminé de tout faire pour régler ce dossier. Il faut sauver Romain, pour notre bien
Merci tellement Claude pour tes messages de soutien … on espère et désespère …
Il m’a fallu plus de 7 ans pour obtenir ma résidence permanente, puis 2 années de plus pour devenir citoyen canadien !
Le pauvre Romain, lui, n’est qu’au début du combat…
Moi aussi, j’ai dû payer et passer un test de français, alors que je suis français depuis toujours !
Oui oui… les paradoxes totalement incompréhensibles du Québec.
Remarquez, avec des fonctionnaires qui travaillent deux jours au bureau, faut pas trop s’attendre à des miracles, non plus ? 😄
Bienvenue au Québec, jeune Romain !