La fermeture du Massif de Charlevoix en pleine saison hivernale provoque une onde de choc dans l’économie régionale. Annulations en cascade, pertes de revenus et incertitude pour les semaines à venir marquent le quotidien de nombreuses entreprises touristiques. Face à cette situation, le milieu des affaires reconnaît l’ampleur des impacts, tout en cherchant à recentrer le discours public sur la diversité des attraits toujours disponibles dans la région.
Propriétaire de l’Hôtel Baie-Saint-Paul et actionnaire du Golf de Baie-Saint-Paul, Antoine Neyron qualifie la décision de « profondément incompréhensible ».
« Fermer Le Massif en plein hiver, c’est arrêter le moteur économique de la saison. Les répercussions dépassent largement la montagne et touchent toute l’industrie touristique, ainsi que des milliers d’emplois », affirme-t-il.
Ancien directeur général de la Société de développement du Massif de Saint-François de 1998 à 2002, Antoine Neyron rappelle avoir participé à la construction de la vision initiale du projet. « L’objectif était clair : faire de Baie-Saint-Paul une destination touristique quatre saisons, avec une offre hivernale forte et structurante. La qualité de la montagne et des installations était exceptionnelle. De voir qu’on en arrive là aujourd’hui, c’est frustrant », dit-il.
S’il reconnaît que les relations de travail étaient tendues, il croyait qu’une issue demeurait possible après l’intervention du conciliateur, d’autant plus que Le Massif avait accepté la proposition soumise, incluant des avancées salariales. Il remet en question le rejet de cette proposition lors du vote syndical.
« La question qui tue, c’est : où étaient les 100 employés absents lors du vote ? Comment peut-on prendre une décision aussi déterminante avec une participation aussi faible ? », s’interroge-t-il, tout en soulevant des questions sur la tenue du vote un lundi après-midi.
Et les impacts ?
Sur le plan concret, les effets sont déjà bien visibles. Antoine Neyron indique que toutes ses réservations de groupes ont été annulées en une seule journée. « Je parle de clubs de ski et d’écoles représentant des dizaines de nuitées chacun. Et ça, c’est sans compter la clientèle individuelle, qui se décide souvent à la dernière minute. Pour la rentabilité de l’hiver, c’est catastrophique », résume-t-il.
De son côté, Daniel Guay, d’Hébergement Charlevoix parle d’un impact direct et immédiat.
« Le Massif représente un moteur économique local essentiel. Une grande part de notre clientèle loue un chalet spécifiquement pour l’accès à la montagne. Sa fermeture entraînera une perte majeure de clients », affirme-t-il.
Il évoque une baisse importante du chiffre d’affaires hivernal et la possibilité de mises à pied temporaires, avec des répercussions directes sur les employés et leur capacité à consommer localement. « À moyen terme, on s’interroge aussi sur la confiance des clients pour les prochaines années. Vont-ils encore réserver, sachant que l’accès au Massif peut être compromis ? », questionne-t-il.
Se retrousser les manches
D’autres acteurs du milieu des affaires soulignent toutefois que la dépendance au Massif varie selon les entreprises. Chez Momentum Refuges Nature, on explique que sa clientèle ne repose pas exclusivement sur le ski alpin.
« Nos clients viennent surtout pour se ressourcer, profiter du site, des sentiers de randonnée, du ski de fond et d’activités comme le traîneau à chiens, les excursions à cheval ou les tours d’hélicoptère. Le Massif génère un achalandage important, mais ce sont surtout les commerçants de Baie-Saint-Paul et l’hébergement locatif qui en souffriront davantage », observe Isabelle Godbout.
La copropriétaire estime que la situation actuelle doit aussi servir à mieux faire connaître l’ensemble de l’offre régionale. « Il faut faire comprendre que la fermeture du Massif n’est pas la fin de la région. Il y a beaucoup d’activités à faire et il faut les mettre davantage en valeur en ce moment », plaide-t-elle, appelant Tourisme à accentuer ses efforts promotionnels.
Le directeur général de la Chambre de commerce de Charlevoix, Dave Fillion précise ne pas vouloir prendre position dans le conflit de travail, mais confirme que le climat est préoccupant.
« Je ne peux pas me prononcer sur le conflit, mais après avoir parlé à plusieurs membres depuis le début, ça s’annonce mal. Un petit hôtel me parlait récemment de 300 % de cancellations. Le mois de janvier risque d’être très difficile », rapporte-t-il.
Tout en reconnaissant la déception du milieu, il insiste sur la nécessité de miser sur la résilience.
« Charlevoix demeure une destination quatre saisons et diversifiée. Avant d’annuler un séjour, on invite les visiteurs à regarder les autres offres disponibles. Il faut mettre en valeur cette diversité, par la publicité et l’information », souligne-t-il. La Chambre de commerce indique également rester à l’écoute de ses membres et les encourage à discuter avec leurs bailleurs de fonds afin d’explorer des arrangements temporaires, notant une certaine ouverture de ce côté.

Dans cette optique, plusieurs entreprises de la région ont aussi pris la parole sur les réseaux sociaux dans les heures suivant l’annonce. Sans nier les pertes et l’incertitude, elles ont choisi de mettre de l’avant les attraits toujours accessibles : activités de plein air, sentiers hivernaux, gastronomie, paysages et expériences de ressourcement.
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Des journées de ski à 200$ et des salaires de misère pour les employés, y’a-t-il encore quelqu’un qui pense qu’on peu rentabiliser le Centre de ski ?