La Maison Desbiens pourrait être démolie

Par Félix Côté 2:05 PM - 19 janvier 2026
Temps de lecture :
Victor Carré | Le Charlevoisien

La possible démolition de la Maison Desbiens, située sur le chemin des Falaises à Pointe-au-Pic, ravive le débat sur la protection du patrimoine bâti à La Malbaie. Connue pour son histoire liée à la grande période de villégiature du début du 20e siècle, la résidence est aujourd’hui au centre d’un appel à l’action lancé par la Société d’histoire de Charlevoix, qui réclame un moratoire et une volonté politique plus affirmée afin de préserver ce qu’elle considère comme l’un des témoins architecturaux les plus significatifs de la région.

Construite au début du 20e siècle, la Maison Desbiens s’inscrit dans une époque où Pointe-au-Pic attirait politiciens, hommes d’affaires et vacanciers fortunés. Selon la Société d’histoire de Charlevoix, la propriété est vendue en 1911 à l’honorable Adélard Turgeon, avocat, député et ministre sous le gouvernement du premier ministre Lomer Gouin. C’est à cette période qu’aurait été érigée la villa au toit mansardé, remplaçant un bâtiment plus modeste alors présent sur le terrain.

La maison change de propriétaires à plusieurs reprises au fil des décennies, avant d’être acquise en 1951 par Edgar Desbiens, dont le nom sera plus tard donné à la rue où se trouve la résidence. En 1979, l’édifice est intégré à l’Auberge Le Petit Berger, où il sert longtemps de salle à manger et de lieu d’accueil pour les visiteurs. Longtemps associée à l’essor touristique de la région, la maison est aujourd’hui laissée à l’abandon et fait face à un avenir incertain.

« On a les outils, mais pas la volonté »

Président de la Société d’histoire de Charlevoix, Serge Gauthier déplore ce qu’il perçoit comme une absence de vision à long terme en matière de protection du patrimoine.

« Le secteur du chemin des Falaises est identifié dans le schéma d’aménagement comme un secteur à préserver. Ce sont parmi les exemples les plus importants du patrimoine de Charlevoix. Quand on en perd une, c’est irréparable », affirme-t-il.

Serge Gauthier, président de la Société d’histoire de Charlevoic

Selon lui, les mécanismes administratifs existent déjà pour intervenir, mais ils sont rarement appliqués avec rigueur. Il dénonce ce qu’il appelle une stratégie du « laisser dépérir », où des bâtiments sont laissés sans entretien pendant plusieurs années avant d’être jugés trop détériorés pour être sauvés.

« Une démolition, ça peut coûter entre 40 000 et 100 000 dollars. On pourrait investir cet argent-là pour stabiliser la maison et trouver un projet de reconversion », soutient-il.

Une perte identitaire plus large ?

Pour M. Gauthier, l’enjeu dépasse largement le sort d’une seule résidence. Il y voit un symbole d’une érosion plus profonde de l’identité régionale.

« Chaque fois qu’on efface des traces comme celles-là, on efface une partie de ce qui fait qu’on est une région distincte. Le boulevard des Falaises et les maisons de villégiature, c’est unique à Charlevoix. Si on les perd, on perd une partie de notre histoire », explique-t-il.

Il souligne également l’attachement émotif de nombreux citoyens et visiteurs à ces bâtiments. Depuis la publication d’une lettre ouverte par la Société d’histoire sur les réseaux sociaux, les réactions se sont multipliées, tant de résidents que de personnes de l’extérieur de la région, qui disent ne plus reconnaître le visage de La Malbaie tel qu’ils l’ont connu.

Face à ce qu’il considère comme une urgence patrimoniale, Serge Gauthier réclame un moratoire sur la démolition de la Maison Desbiens afin de permettre l’analyse de solutions alternatives, qu’il s’agisse d’une restauration, d’une vente ou d’une reconversion du bâtiment.

« On ne peut pas simplement démolir sans se demander ce qu’il y aura après. Un terrain vacant? Un stationnement? Ce sont des choix qui ont un impact durable sur le paysage et sur la mémoire collective », insiste-t-il.

Une procédure encadrée par règlement

Contactée par Le Charlevoisien, la Ville de La Malbaie indique ne pas être en mesure de commenter le dossier tant que le comité de démolition ne s’est pas réuni pour en évaluer la demande. La municipalité rappelle que toute démolition d’un immeuble patrimonial ou d’un bâtiment construit avant 1940 est encadrée par le Règlement no 1365-23.

Une demande officielle doit d’abord être déposée par le propriétaire et transmise au comité de démolition, composé de trois élus municipaux, qui siège en séance publique. Le comité évalue notamment la valeur patrimoniale du bâtiment, son état, le coût de sa restauration, l’impact de sa disparition sur l’environnement et l’utilisation projetée du terrain après la démolition.

Une fois la demande jugée complète, un avis public doit être affiché sur l’immeuble et publié, permettant à toute personne de formuler une opposition écrite dans un délai de dix jours. La décision du comité peut ensuite faire l’objet d’une révision par le conseil municipal dans les 30 jours. La procédure en est actuellement à cette étape, et la rencontre du Comité prévue initialement jeudi a été reportée mardi le 3 février à 13h.

L’avis de démolition est affiché.

À noter que dans le cas d’un immeuble patrimonial, la Municipalité régionale de comté (MRC) de Charlevoix-Est dispose également d’un pouvoir de désaveu pouvant s’étendre jusqu’à 90 jours avant l’émission d’un certificat d’autorisation final.

Alors que la procédure municipale suit son cours, la Maison Desbiens continue de susciter un débat plus large sur l’équilibre entre développement, coûts d’entretien et préservation du patrimoine à La Malbaie. Pour la Société d’histoire de Charlevoix, chaque décision prise aujourd’hui façonnera le visage de la région pour les générations à venir.

Notre équipe a également tenté de contacter les propriétaires de la Maison Desbiens sans succès.

Avec la collaboration de Jérôme Gagnon.

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires