Dix éoliennes de trop

Par Un collectif de 17 personnes 11:49 AM - 17 janvier 2026
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Archives | Le Charlevoisien

En tant que Charlevoisiens et Charlevoisiennes, nous sommes profondément préoccupés par l’expansion du projet éolien empiétant sur l’habitat du caribou forestier de Charlevoix. Les derniers survivants de ce cheptel sont aujourd’hui maintenus en enclos, et les évaluations environnementales sont claires : leur remise en liberté est impossible sans la restauration intégrale de leur habitat. Autoriser l’implantation de dix éoliennes supplémentaires dans ce territoire, où on veut réintroduire les caribous, revient à condamner définitivement cette espèce déjà au bord de l’extinction.

Au nom d’un véritable développement durable, nous demandons le retrait des dix éoliennes prévues sur l’habitat du caribou. Le développement durable ne peut se réduire à une simple comptabilité énergétique ou économique ; il implique la protection des écosystèmes et le refus de sacrifier des espèces vulnérables au nom de projets industriels, aussi « verts » soient-ils en apparence.

Les commissaires du BAPE l’ont d’ailleurs rappelé sans ambiguïté : « la préservation de la biodiversité constitue un des principes de développement durable, à savoir la valeur inestimable des services écologiques qu’elle procure et l’impératif de la conserver au bénéfice des générations actuelles et futures ». Instrumentaliser le rapport du BAPE comme un feu vert social, ou comme une invitation à clore le débat citoyen, est une déformation de son rôle. Le BAPE n’autorise pas les projets ; il éclaire les décisions politiques et souligne les risques. Lorsque ces risques concernent la disparition irréversible d’une espèce, ils devraient imposer la prudence, non l’aveuglement.

Dans ce contexte, les décisions de nos élus locaux et nationaux sont préoccupantes. En minimisant les enjeux écologiques et en s’abritant derrière des arguments procéduraux ou économiques, ils se montrent aveugle face aux conséquences à long terme de ce projet sur le territoire et sur le patrimoine naturel de Charlevoix. Gouverner, ce n’est pas seulement faire avancer des projets ; c’est aussi savoir dire non lorsque le coût écologique et social est trop élevé.

La MRC de Charlevoix, qui appuie ce projet, doit prendre ses responsabilités et assumer pleinement sa politique de développement durable. Respecter la réglementation ne suffit pas : cela ne vaut ni consentement social ni acceptabilité collective. Un territoire ne se développe pas contre sa population, ni contre la biodiversité qui en fait la richesse.

Cette inquiétude est d’autant plus vive que le Secteur Ouest du projet des Neiges est actuellement à l’étude et prévoit, à lui seul, l’implantation de 23 éoliennes supplémentaires en plein habitat du caribou forestier. Accepter aujourd’hui dix éoliennes dans ce territoire sensible créerait un précédent lourd de conséquences, ouvrant la porte à une banalisation progressive de l’atteinte à l’habitat d’une espèce menacée. Ce glissement nous inquiète profondément. Ce qui est présenté comme une exception risque fort de devenir la règle, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à protéger.

Retirer ces dix éoliennes, ce n’est pas être contre l’énergie renouvelable. C’est refuser un faux dilemme entre économie et nature, et affirmer que le développement durable commence par la protection du vivant et le respect de la démocratie.

Monica Meyerhans, chargée de projets en environnement, Baie-saint-paul
Karine Locatelli, artiste, Les Éboulements
Alycia Dufour, autrice, L’Isle-aux-Coudres
Jonathan Fouquart, photographe, Saint-Hilarion
Matthieu Pelletier, éducateur en petite enfance, Saint-Urbain-de-Charlevoix
Félix Laliberté, Cuisinier, Les Éboulements
Hélène Chardin, chargée de projets en environnement, Baie-Saint-Paul
Corryne Vincent, ingénieure forestière, Saint-Hilarion
Émile Dontigny, cinéaste, Les Éboulements
Adam Béjaoui, chargé de projet en environnement, Baie-Saint-Paul Chloé Lucie Desnouveaux, travailleuse autonome, St-Urbain
Raphaëlle Charbonneau, étudiante, Baie-Saint-Paul
Éliane Côté, citoyenne de Baie-Saint-Paul
Corinne Dupont-Rachiele, chargée de projets en environnement, Baie-Saint-Paul
Étienne Govare, naturaliste, Saint-Urbain-de-Charlevoix
Yannika Poirier-Martin, professionnelle en environnement, Baie-Saint-Paul
Kévin Vigeant, technicien en environnement, Baie-Saint-Paul
Cassandre Ville, doctorante en anthropologie, Baie-Saint-Paul

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François Lessard
François Lessard
26 jours il y a

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Martin Bouchard
Martin Bouchard
26 jours il y a

J’appuie totalement les propos de ce collectif de personnes et je connais beaucoup de citoyens qui seront d’accord et qui aimeraient être consultés avant d’aller plus loin avec ce mégaprojet industriel qui défigurera à tout jamais notre territoire en plus de mettre à zéro les chances de restauration intégrale de l’habitat du caribou dé Charlevoix. Nos élus.es ont au minimum le devoir de vraiment consulter la population face à cette vaste entreprise industrielle.

Denis Gauthier
Denis Gauthier
26 jours il y a

Oui pour la sauvegarde des caribous

Bobby Cyr
Bobby Cyr
25 jours il y a

Je travaille en entretien ménager aux éoliennes et quand ils coupent ils replantent sauf autour des éoliennes ce qui fait un rond pas si gros mais sinon il n’y a que des chemins et quelques endroits minimes a la fin qui ne seront reboisés… au début cela m’a choqué aussi les endroits coupés a blanc

Karl Lavallée
Karl Lavallée
23 jours il y a
Répondre à  Bobby Cyr

Ben c’est JUSTEMENT CA qui nuit aux caribou. Des chemins et encore des chemins. C’a fait des autoroutes à loups…

Pierre Pouliot
Pierre Pouliot
25 jours il y a

Tout sacrifier au profit de l’économie qui est de plus très mal gérée par Hydro-Québec au niveau de toutes nos énergies présentement produites visant l’exportation vers nos voisins américains. Depuis le temps que l’on en parle, nous avions jusqu’à vendredi 16 Janvier pour canceller les contrats d’exportation vers New-York et Massachussets et ainsi récupérer 20 terrawattheures. Contrat que nous venons à nouveau de renouveller à perte. Dites-moi, mais où cela nous mène-t-on ? Y a-t-il quelqu’un, quelque part, capable de réfléchir ? ”Un territoire ne se développe pas contre sa population, ni contre la biodiversité qui en fait la richesse”.
”Gouverner, ce n’est pas seulement faire avancer des projets ; c’est aussi savoir dire non lorsque le coût écologique et social est trop élevé”
https://www.journaldemontreal.com/2026/01/17/contrat-delectricite-au-massachusetts-hydro-recevra-seulement-515-cents-us-le-kwh
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Dany Janvier
Dany Janvier
25 jours il y a

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Maxime Sullivan
Maxime Sullivan
23 jours il y a

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