L’innovation dans les PME : le Québec « suit la vague », mais refuse de décrocher
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Pour le ministre délégué à l’Économie, aux PME et à la Jeunesse, Samuel Poulin, le Québec n’accuse pas de retard structurel en matière d’innovation dans les PME régionales. Il parle plutôt d’un rythme d’adaptation soutenu, accéléré depuis 2019 par des investissements majeurs en automatisation, robotisation et transformation numérique.
« Avant, on parlait peu d’automatisation dans les PME. Aujourd’hui, c’est devenu un levier central pour répondre à la rareté de main-d’œuvre et demeurer compétitif », soutient-il. Selon le ministre, plus d’une PME sur deux aurait été accompagnée au cours des cinq dernières années dans des projets d’automatisation ou de robotisation, notamment dans le secteur manufacturier.
Ces investissements ont permis à plusieurs entreprises d’augmenter leur capacité de production, parfois en opérant des quarts de soir, de nuit ou de fin de semaine, rendus possibles par la technologie. « C’est l’une des meilleures façons de rester compétitif face aux États-Unis, au reste du Canada et à l’international », affirme M. Poulin.
Innover sans forcément être en avance
Le ministre reconnaît toutefois une réalité soulevée par plusieurs experts : le Québec innove souvent en adoptant des technologies existantes, plutôt qu’en les créant. « On n’est pas toujours ceux qui inventent la prochaine vague, mais on la suit bien. Et surtout, on ne décroche pas », résume-t-il.
Il nuance néanmoins ce constat en soulignant le rôle des centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT), qui contribuent au développement de solutions propres et de procédés innovants, parfois protégés par des secrets industriels ou des brevets. « Comme ministre, je vois des entreprises qui développent de véritables technologies, mais qu’on ne peut pas toujours montrer publiquement. Et c’est très sain », dit-il.
Le gouvernement prévoit d’ailleurs annoncer prochainement un renforcement du rôle des CCTT, qu’il considère comme des outils stratégiques pour soutenir l’innovation appliquée et l’automatisation des PME en région.
Programmes d’aide : efficacité plutôt que lourdeur
Sur la question souvent soulevée de la bureaucratie et de la complexité des programmes d’aide, Samuel Poulin se veut clair : « Les outils fonctionnent. Les résultats économiques sont là. »
Il cite Investissement Québec, les fonds locaux de développement et divers programmes sectoriels comme des leviers efficaces, notamment pour les entreprises de moins de 200 employés. « Les entrepreneurs nous disent que ça les aide à dormir tranquille, parce qu’on est flexibles, à l’écoute et capables de s’ajuster quand il y a des difficultés temporaires », affirme-t-il.
Là où le ministre reconnaît un défi, c’est du côté de la réglementation. Son gouvernement a déposé le projet de loi 11, qui instaure un principe de « deux règlements retirés pour chaque nouveau règlement ajouté » pour les PME. « L’objectif est clair : inverser la tendance et redonner de l’oxygène aux entrepreneurs », explique-t-il.
Collaboration et maillage : un potentiel à développer
Si le maillage entre entreprises progresse, le ministre admet qu’il demeure inégal. La collaboration entre PME concurrentes reste délicate, notamment en raison des enjeux de main-d’œuvre et de confidentialité. Toutefois, il voit un fort potentiel dans les achats groupés, le partage de services administratifs ou la mutualisation de certains outils technologiques.
« Que ce soit pour la paie, les achats, la facturation ou même certains services en ressources humaines, il y a des gains à faire », observe-t-il, évoquant des exemples concrets de PME qui ont réduit leurs coûts en collaborant.
L’innovation sociale, un levier reconnu
L’innovation ne se limite pas à la technologie, insiste Samuel Poulin. Le gouvernement a soutenu des projets de services de garde en milieu de travail, de flexibilité des horaires, de télétravail et d’amélioration de la qualité de vie au travail.
« Investir en technologie et améliorer la qualité des emplois, ça va ensemble », affirme-t-il. Selon lui, l’automatisation permet aussi de réduire la pénibilité de certaines tâches et d’offrir de meilleures conditions aux employés, un facteur clé de rétention dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre.
Concurrence internationale et nouveaux marchés
Face à la mondialisation et à la concurrence internationale, parfois jugée déloyale, le ministre rappelle que l’État joue un rôle actif. Depuis 2019, plus de 25 000 PME auraient été accompagnées à travers le Québec.
Le gouvernement mise notamment sur le développement de nouveaux marchés, tant au Canada qu’à l’international, grâce à des bureaux du Québec ailleurs au pays et à des programmes comme Panorama, qui facilitent l’accès aux marchés européens.
Relève entrepreneuriale : le prochain grand chantier
En conclusion, Samuel Poulin lance un message clair aux PME qui hésitent encore à investir en innovation par crainte de se tromper : « Il faut se faire confiance et penser à long terme. »
Il identifie la relève entrepreneuriale comme l’un des grands défis à venir. « Il faut démystifier et détabouiser la cession d’entreprises. Préparer la relève, c’est aussi investir plus tôt, structurer l’entreprise et penser à son avenir sur dix ans », affirme-t-il.
Pour le ministre, une chose est certaine : dans un contexte économique incertain, ne pas innover représente un risque plus grand que d’oser investir.
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