Le 25 décembre, à Notre-Dame-des-Monts, la maison de Conrad Lajoie sentait la fondue et les Fêtes. Les ingrédients attendaient dans le réfrigérateur, les enfants s’affairaient, la journée suivait son cours, comme tant d’autres Noëls.
Puis, sans avertissement, tout s’est arrêté.
« Le moteur a arrêté. Les lumières ont fermé. Tout est mort », raconte aujourd’hui Conrad, 56 ans, encore marqué par ce moment qu’il ne se souvient pas d’avoir vécu, mais qu’il porte désormais en lui.
Il était debout dans la cuisine, au bout du comptoir. En une fraction de seconde, il s’est effondré. Sa fille de sept ans a été la première à réagir. « Papa est tombé à terre », a-t-elle crié à son frère.
Le fils de Conrad, en ligne avec un ami, Anthony Girard, étudiant en soins infirmiers, a lancé l’alerte. Anthony a accouru du village. Le voisin, Pierre Bolduc, est arrivé à son tour. Ensemble, ils ont commencé les manœuvres de réanimation.
Pendant près de 40 minutes, ils se sont relayés, sans savoir s’ils faisaient face à la vie ou à la mort.
« Sur la terre, j’étais mort », dit Conrad, sans détour. « Plus aucun signe vital. »
Un village qui se mobilise
Pendant que les manœuvres se poursuivaient, d’autres voisins prenaient en charge les enfants. La famille venait de vivre un drame quelques mois plus tôt : leur mère était décédée six mois avant. Ce 25 décembre, ils craignaient de perdre leur père aussi.
Quand les premiers répondants sont arrivés, c’est une policière de la Sûreté du Québec qui a utilisé le défibrillateur. Un premier choc. Puis un deuxième. Puis un troisième.
Le cœur est reparti.
Les ambulancières ont ensuite pris le relais. Conrad, inconscient, a été transporté vers l’hôpital, puis vers Québec. Deux semaines et demie d’hospitalisation. Un long retour.
Aujourd’hui, les chiffres que lui a donnés son cardiologue le hantent encore :
85 % des personnes victimes d’un arrêt cardiaque décèdent.
13 % vivent avec des séquelles.
2 % s’en sortent indemnes.
« Moi, je fais partie du 2 % », dit-il, la voix à la fois reconnaissante et incrédule.
La lumière au bout du tunnel
Conrad ne se souvient de rien entre le sol de sa cuisine et son réveil à l’hôpital. Mais il garde une image, une seule.
« J’ai vu la lumière. Comme un tunnel. Une lumière d’accueil, comme des bras ouverts. C’était de toute beauté. »
Puis tout s’est refermé.
Ce retour à la réalité ne s’est pas fait sans épreuve. La convalescence est physique — douleurs au thorax, fatigue — mais surtout mentale. Conrad est aussi désormais muni d’un stimulateur cardiaque.
« Il faut que je prenne conscience que j’étais mort. Et que je suis revenu. Ça, il faut vivre avec. »
Ce qui l’a retenu, croit-il, ce sont ses enfants.
« Ils ont perdu leur mère il y a six mois. Ce n’était pas le temps que je parte. J’ai une responsabilité. »
La reconnaissance avant tout
Dans son récit, les noms reviennent comme une litanie de gratitude : Anthony Girard. Pierre Bolduc. La policière qui a utilisé le défibrillateur. Les ambulancières. Le personnel de l’hôpital de La Malbaie et de l’hôpital Mgr. Laval à Québec.
« Je n’aurai jamais assez de mots pour les remercier », répète-t-il. « On critique souvent la police, les services. Mais quand tu en as besoin, ils sont là. Cette policière-là, elle a sauvé une vie. Tous ces gens méritent une médaille. »
Vivre le moment présent
Livreur dans une quincaillerie de matériaux de construction, Conrad se décrivait comme un homme en forme, actif, sans aucun signe avant-coureur. Rien n’annonçait ce Noël suspendu entre deux mondes.
Aujourd’hui, sa vision de la vie a changé.
« Il faut vivre le moment présent. On le dit souvent, mais tant que tu ne l’as pas vécu pour vrai, tu ne comprends pas. Si tu as envie de faire quelque chose, empêche-toi pas. Va le faire. »
À Notre-Dame-des-Monts, le 25 décembre ne sera plus jamais une date comme les autres pour la famille Lajoie. Ce jour-là, au-delà d’un arrêt cardiaque, c’est un village qui a tenu un homme en vie — et un père qui a reçu, une seconde fois, le droit de continuer.
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Quel beau témoignage touchant. Merci d’avoir partagé ça. Bon courage et bon rétablissement.
Bravo bravo et bravo