Ses iris couleur « fleuve de tempête » ont le don singulier de diffuser toute une palette d’émotions tandis que son minois de fée sied à merveille à des rôles singuliers. Marilyn Castonguay a conquis les cœurs en prêtant ses traits à l’irrésistible Huguette Delisle, mais elle est avant tout une gamine de L’Isle-aux-Coudres qui a grandi en s’abreuvant d’horizon.
Île d’enfance
Simplicité, communauté, amitié. Une enfance en trois mots, comptine des beaux jours à se la couler douce dans les cachettes du Cap-à-la-Branche, à folâtrer sur les battures et à dévaler les crans doux de l’île aux merveilles.
« J’ai eu une enfance très “ami” ! On était un quatuor inséparable… Et on l’est encore ! », résume Marilyn Castonguay. Au bout du fil, la tendresse dans la voix. Lesdites amies se reconnaîtront sans doute…
Avec ses « best », le programme des journées était modulé par les saisons.
« Mes parents travaillaient l’été alors je me faisais garder chez ma mamie. Faire du vélo dans le champ, aller se chercher des bonbons au dépanneur ou un crème soda avec un frite au casse-croûte, se baigner à la piscine à l’Hôtel des voitures d’eau… »
La bise venue (et elle arrache parfois les bardeaux des toits à L’Isle-aux-Coudres), pas question de s’encabaner. « L’hiver, on s’habillait chaudement et on allait dehors, on se glissait (ndlr : une expression toute charlevoisienne !) sur le bord de la côte du Mouillage, on faisait des forts, on allait patiner… J’étais chanceuse, ma grand-mère Castonguay habitait à côté de la patinoire ! »
Salon de quilles, tournoi de balle, carnaval d’hiver, Saint-Jean-Baptiste… Bien des jeunes « de régions » se reconnaîtront dans les souvenirs de Marilyn Castonguay.

La fièvre de la danse
Fille d’un père marin et d’une mère infirmière, Marilyn Castonguay a tôt vu tous ses élans encouragés. « Ma mère nous inscrivait, mon frère et moi, à tous les cours qui se donnaient sur l’île… »
Puis, un jour, Marilyn Castonguay a rencontré… la danse.
« Ma prof Hélène Bergeron, au primaire, était vraiment très culturelle ! Grâce à elle, le folklore était notre activité parascolaire… On avait une troupe de gigue québécoise, les Coudrioles. À partir de 9 ans, j’ai commencé à faire des spectacles de danse folklorique dans les hôtels à l’île ! On était une belle gang, multigénérationnelle. Je dansais avec mon grand-oncle de 65 ans ! », se remémore-t-elle. Flashback-bonheur.

Une fois la gigue, le cotillon de Baie-Sainte-Catherine, la Plongeuse et autres quadrilles maîtrisés par ses pupilles qui couraient même les compétitions jusque chez nos voisins du sud, Madame Hélène a eu la belle idée d’inviter la danse traditionnelle irlandaise (oui, oui, Riverdance !) sur l’île.
Elle garde de vifs souvenirs de cette époque où la troupe les « Islandaises » se produisait aux quatre coins de Charlevoix.
L’adolescence de la mignonne Marsouine (gentilé populaire des Insulaires!) allait prendre une tangente résolument dansante avec, en plus des répétitions, spectacles et compétitions, des allers-retours hebdomadaires à Québec pour faire des cours de ballet à l’École de danse.
Elle saisit une autre occasion de saluer l’implication sans faille de sa mère. Celle qui a « soufflé dans ses ailes », sans se douter, probablement, qu’elle s’envolerait si haut… Si loin…
« Ma mère m’a montré qu’il n’y a pas de limite, pas de kilomètres qui nous arrêtent quand on a la motivation. Elle me disait : “si tu veux vraiment le faire, go, on va le faire”. Après, ça m’appartenait. Je pense qu’elle tenait pour acquis que si elle se donnait en tant que parent pour que j’aie accès à ce que je souhaitais, j’allais aussi tout donner… Au final, je ne suis pas une danseuse dans la vie, mais la danse m’a forgée, formée. »
De la danse au théâtre, il n’y avait qu’un pas, qu’elle a franchi en un chassé gracieux…
« Daniel Gaudet, aujourd’hui décédé, a marié une fille de l’île… C’était un auteur de théâtre, un metteur en scène vraiment créatif! C’est avec lui que j’ai fait ma première pièce au Théâtre du bout d’en bas. J’ai aussi fait partie des cabarets complètement déjantés au Crapet Soleil, leur bar spectacle, où j’ai vu tous les bands possibles et imaginables ! J’ai fait ma culture musicale underground au Crapet! À La Roche pleureuse, un hôtel où on dansait avec la troupe de folklore, il y avait du théâtre d’été et j’ai embarqué dans la troupe… Franchement, ados, on vivait des étés magiques entre les shows, les feux sur la grève, les tournettes… J’étais une vraie de vraie Marsouine ! Ah! Ah! »
Et comme tous les Marsouins, elle a dû quitter son île pour poursuivre ses études postsecondaires. En danse à Drummondville, d’abord, puis à Montréal, où elle a été acceptée à l’École nationale, ce qui l’a un peu déboussolée. « Je voulais aller faire un stage de danse de six mois à New York, mais j’ai été prise à l’école. »
L’arrivée à Montréal a été ardue, admet-elle.
« J’ai eu de la misère à m’acclimater en ville… le premier été à Montréal, je ne feelais pas pantoute, j’étouffais… C’est comme si on m’avait emprisonnée. Tout était fermé, il n’y avait pas d’horizon… En commençant l’école, je me suis fait un cercle d’amis et ça a commencé à être un peu mieux… »
D’autres murs la guettaient toutefois, ceux qu’elle érigeait en elle-même.
« J’arrivais de la campagne… Je ne pensais pas que mon bagage culturel était valorisé parce que ce n’était pas en vogue, c’était un peu vieillot… Notre maison était ouverte sur la culture fois 1000, mais notre culture à nous, c’était Super Écran, les téléromans, le folklore, la gigue, les films de Pierre Perrault et Michel Brault… C’était pas hot à Montréal ! Je suis rentrée à l’École nationale avec un gros syndrome de l’imposteur… »
Il lui arrive encore de ressentir cette petite morsure pernicieuse.
« Je ne suis pas la plus “up to date” ni la plus cultivée, même si je connais plus de choses… Y’a encore cette petite gêne-là, mais aujourd’hui, je l’assume ! Et quand on me parle de quelque chose que je ne connais pas, ma réaction est de dire “hey, je suis chanceuse ! Je vais pouvoir le découvrir !” »
En attendant ce rôle dansant, les projets palpitants se succèdent pour la comédienne.
Et elle réalise la richesse de son bagage.
Celle qui a longtemps tenté de gommer son accent et d’enfouir ses racines rurales sous le bitume s’est affranchie. « Quand tu arrives en ville, tu veux bien paraître… Tu “perles” bien parce que tu veux être comprise, ne pas trop sortir du lot… Puis, un moment donné, avec la maturité vient une certaine confiance. Tu réalises à quel point ce que tu es, fondamentalement, c’est riche ! Se fondre dans la masse n’est pas intéressant. Ta couleur te différencie, ça devient une force… »
La suite de l’histoire est connue. La belle de l’île a fait son chemin sur les scènes et à l’écran. Sans faux pas.
L’île en soi
Pour Marilyn Castonguay, revenir à l’île comporte des risques… de grandes marées émotionnelles. « Comment je me sens quand je reviens ? Je me pose beaucoup cette question ces temps-ci… Ça me fait vraiment du bien, je me dépose et c’est comme si je n’étais jamais partie, mais, en même temps, je sens l’éloignement… »


Ses trois meilleures amies de toujours ont des liens étroits avec l’île. Elles sont, avec sa famille, un autre de ses ancrages insulaires.
« Quand je vais à l’île, je vois ma gang encore tissée serrée, ça fait du bien, c’est le fun, mais une partie de moi se dit “je suis out” ! On m’inclut, oui, mais je réalise que toute une partie de ma vie continue sans moi. »
Devenir mère sur une autre île, à 1000 lieux de celle de sa propre enfance, a ravivé ces réflexions.
« Penser que j’allais élever mon fils en ville, que ce serait ça sa vie, ça me faisait capoter… Jusqu’à ce que je le vois heureux avec ses copains dans la ruelle. J’ai fait la paix avec ça, je sais qu’il a l’île en lui. J’aimerais qu’il la vive plus qu’une semaine par année, que ma famille le connaisse, que ce ne soit pas que des gens lointains dans sa tête… »
Comme sa mère avant elle, elle veut ouvrir toutes les portes à son enfant, perpétuer ce cycle de l’amour filial qui fait fi des kilomètres.
« S’il joue au tennis, il faut que ce soit à la meilleure place ! Je trouve ça drôle quand mes amis disent “pourquoi tu l’inscris là, c’est loin, c’est à une demi-heure de chez vous !” Une demi-heure ? C’est rien ! Pour aller à mes cours de ballet l’hiver, il fallait qu’on découche à Québec ! Mes amis urbains et moi, on n’a vraiment pas la même perception de la distance! », s’esclaffe-t-elle.
Choisir et renoncer
Après tant d’aller-retour et de sacrifices, la décision d’accrocher ses chaussons n’a pas été prise à la légère.
« À un moment donné, j’ai dû choisir. L’école de théâtre me demandait énormément, je ne pouvais pas faire les deux parce que la danse, pour moi, c’était 100 % ou zéro. C’est mon petit côté perfectionniste… On a juste une vie ! Pour performer, il faut se donner entièrement ! Ç’a été un deuil de laisser la danse. »
Mais la discipline physique à laquelle elle s’est astreinte toutes ses années demeure un formidable outil pour la comédienne qu’elle est devenue.
« Quand on joue, on est un corps sur une scène. La posture, la rigueur de l’entraînement physique, comment habiter l’espace, la danse m’a apporté tous ces côtés-là et je pense que je devrais encore faire des cours de danse… Tous les acteurs devraient danser, en fait ! C’est primordial ! »
À ce jour, aucun rôle n’a mis ses années d’apprentissage en valeur, mais qui sait ? Ce jour viendra sans doute…
On peut la voir dans le dernier Conte pour tous, Ma belle-mère est une sorcière, « un cadeau », et son deuxième Conte pour tous en deux ans, après Mademoiselle Bottine. « J’ai beaucoup joué dans des séries pour enfants, j’adore ça! Et les Contes pour tous, c’est vraiment cool ! Je suis bénie des dieux d’avoir pu en faire deux. On a grandi avec les films de cette boîte-là… La Guerre des Tuques, on était tellement fier que ce soit tourné chez nous, à Baie-Saint-Paul ! »
À 40 ans, elle sait que les rôles de jeune première sont derrière elle « et c’est tant mieux ! »
« Je ne joue pas tant les belles filles non plus, mais ce n’est pas négatif ! On pense souvent à moi pour des personnages ambigus, complexes, et ce sont de beaux défis d’actrice ! Chaque fois, je me considère privilégiée qu’on me fasse confiance avec de si beaux rôles ! »
Non le moindre, sa délicieuse Huguette Delisle (C’est comme ça que je t’aime) l’aura fait entrer par la grande porte, un « gun » entre ses mains engoncées dans des gants de vaisselle, dans le cœur de bien des Québécois.
Et au panthéon des personnages cultes de notre imaginaire collectif, quelque part entre Rose-Anna, Moman et Monica la mitraille…

Malgré ce succès qui lui a valu le prix Gémeaux du Meilleur premier rôle féminin : série dramatique en 2024, elle ne tient rien pour acquis. « J’ai encore la chienne avant les auditions. Je dois toujours faire mes preuves, ça me maintient dans un état d’alerte ! »
Le public, les réalisateurs et les metteurs en scène n’y voient que du feu. Son feu. Depuis sa sortie de l’école, elle a enchaîné une cinquantaine de rôles sans se brûler.
Celle qui a étudié à l’École nationale de théâtre concède un faible pour les planches…
« Je reviens au théâtre, à La Licorne, en janvier dans la pièce Changer de vie ! C’est un texte de Catherine Léger, une comédie où on va rire jaune sur nos liens avec les médias sociaux, comment on se sert de ça et comment ils ont un effet de loupe déformante sur certaines situations… Franchement, ça me stresse parce que ça fait quatre ans que je n’ai pas fait de théâtre, c’est interminable… »
Sa dernière présence sur scène, le dense solo Les filles et les garçons présenté à La Licorne, lui a valu le Prix d’interprétation féminine de l’Association québécoise des critiques de théâtre. Elle y interprétait avec aplomb une mère brisée par la mort de ses enfants, victimes d’un infanticide. Une heure quarante-cinq sans entracte, 63 pages de textes à mémoriser, un petit être surprise au creux du ventre… Pour la légèreté, on repassera.
Une autre pièce dont elle ne peut rien révéler est à son agenda en 2027.
La singularité insulaire
Si, l’été, les touristes et villégiateurs viennent bousculer l’écosystème franchement résilient de l’île où elle a grandi (le tourisme en est le principal moteur économique), les Insulaires vivent en vase relativement clos une partie de l’année.

« Il y a quelque chose de beau avec l’insularité… Pour moi, ça rime avec autonomie et grande débrouillardise! Autant on est très accueillant, autant on est habitué à s’autosuffire! », analyse Marilyn avec un sourire. L’amour qu’elle porte à cette communauté tissée serrée qui l’a élevée avant de la laisser s’envoler est réciproque… Parlez-en aux Insulaires et vous verrez comme ils sont fiers de leur « Marilyn de L’Isle » !
Quoi qu’il en soit, grandir aux quatre vents sur un joli caillou au milieu du Saint-Laurent l’a façonnée. Et elle ne troquerait son île originelle contre nulle autre.
« L’ île, c’est la maison. C’est drôle, parce que chaque fois, c’est comme si je l’avais un peu oubliée… Il y a une partie qui ne m’appartient plus parce que je ne vis plus là, mais l’île va toujours faire partie de moi. L’île, c’est moi. »
Patria Est, Ubi Cor Est.
En rafale
Lieux incontournables sur l’île
« Chaque fois que j’y vais, je dois faire mon tour de l’île… Avec ma famille ou des amis, il faut le faire ! C’est une tradition avec mon garçon maintenant. Tourner, c’est voir l’état des lieux, ce qui a changé, entendre les dernières histoires…Le bout d’en bas en automne, avec la vue sur Les Éboulements, c’est la plus belle chose au monde. La vue du côté ouest, avec la montagne du Massif au loin… C’est vraiment beau ! Quand je vois tout ça, je respire ! »
Arrêt en famille dans Charlevoix?
Le Mousse Café à Baie-Saint-Paul. C’est un bel espace, familial, avec des jeux de société, du bon café, des trucs à grignoter… J’aime ça !

Resto chouchou ?
Je suis allée il n’y a pas si longtemps à la Buvette gentille à Baie-Saint-Paul. J’ai vraiment aimé l’ambiance, la nourriture, les accords mets-vin !
Mets « signature » ?
Les patés croches ! Chez nous, c’est un plat traditionnel, un petit pâté à la viande en forme de demi-lune que je mange avec du ketchup…

Produit du terroir toujours à disposition ?
Chaque fois que je vais à l’île, je passe à la Boulangerie Bouchard me chercher des affaires : le pain aux oreilles, un pain coupé en rond avec de petits bouts qui dépassent; les brioches aux raisins classiques avec le crémage blanc bien sucré… J’ai toujours un pâté à la truite de L’Épicerie chez Paul au congélateur. Je fais des réserves de miel de M. Le miel. J’aime aussi les cretons, la tête fromagée et les saucisses de Viandes Bio ! de Charlevoix…
L’hiver de force

« L’hiver ? C’est une saison que j’apprivoise. Je pense que tu peux passer au travers seulement si tu fais des sports d’hiver. C’est la seule façon d’aimer l’hiver ! La ville n’est pas faite pour la neige, c’est plus un irritant qu’autre chose… Mais dans le sud-ouest de Montréal où je vis maintenant, il y a plein de parcs ! J’ai renoué avec le ski de fond et j’adore ça, ça se fait partout ! J’amène mes skis de fond dans Charlevoix. Au chalet dans le parc des Grands-Jardins, je pars sur le lac, dans le silence… »
– Marilyn Castonguay
Ce texte a été publié dans le Destination Charlevoix, édition hiver 2025-2026.
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J ai adoré cet article qui m à fait connaître et appre cie ce qu est .Marilyne
Formidable comédienne et actrice que j apprécie et encore plus à l avenr
Bravo aux parents qui ont permis à Marylyne de devenir ce qu elle est aujourd’hui
Bonne continuité, je t aime