Comment observer un nombre élevé d’espèces d’oiseaux ?

Par Michel Paul Côté 6:00 AM - 28 décembre 2025 Chroniqueur | oiseauxcharlevoix@gmail.com
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Le bécasseau violet.

Le terme « Élevé » est évidemment très subjectif et dépend de l’effort et du temps que vous décidez de consacrer à votre loisir.

On a recensé plus de 250 espèces d’oiseaux différents dans Charlevoix, 470 au Québec, 684 au Canada et près de 1200 aux États-Unis (incluant l’Alaska). Ces chiffres varient un peu selon les sources consultées C’est beaucoup. Au niveau mondial, on recense plus de 10,000 espèces.

Il y a évidemment un fort chevauchement dans les espèces communes du Canada et des États-Unis. Par exemple, la corneille, le moineau domestique, le goéland à bec cerclé sont présents partout. Mais plus d’une quinzaine d’espèces de colibris ne sont observables que pendant quelques mois, haut dans les montagnes désertiques d’Arizona, dans un refuge (Beatty’s Guest Ranch) situé moins de 30 kilomètres de la frontière du Mexique. Ce site est accessible seulement via un chemin de terre fort isolé…. Au bout du chemin, un aubergiste y maintien des abreuvoirs à colibris.

Ces chiffres incluent toutefois des centaines de « raretés », qui sont des espèces d’oiseaux qui se retrouvent en Amérique un peu par accident, le plus souvent des égarés qui proviennent d’Asie ou du Mexique, parfois d’Europe. L’aigle Empereur, que je tente de voir depuis 4 ans, sans succès malgré 4 voyages ‘de chasse photographique’, provient de Russie et s’est retrouvé dans les provinces maritimes du Canada en 2021, en pleine pandémie, nul ne sait pourquoi ni comment. Il est présentement dans un secteur assez reculé de l’île de Terre-Neuve, et semble avoir fait ménage avec un pygargue à tête blanche… Un genre de Jack Kerouac…

Les grands passionnés peuvent véritablement espérer observer près de 800 espèces au Canada / États-Unis, en incluant l’Alaska. Ils devront toutefois y consacrer beaucoup de temps, souvent une vie entière, et de grosses sommes d’argent pour couvrir les frais de déplacement et d’hébergement pour arriver à ce nombre d’observations. Un passionné n’hésitera pas à acheter sur le champ un billet d’avion pour le Texas pour avoir la chance d’observer une rareté qui vient juste de se pointer dans un endroit presque inaccessible. Ce serait son 700 oiseau sur sa liste… Souvent, cette chasse pour l’oiseau rare se solde par un échec. Vous arrivez, mais il est parti… Ce sera pour la prochaine fois. C’est la définition une passion…

Pour l’amateur, il est possible d’observer, sans se ruiner, entre 200 et 350 espèces si on se déplace en territoire canadien et occasionnellement dans le Sud des États-Unis. Il suffit d’y consacrer un peu de temps, lors de ses vacances, d’étudier à l’avance quelles espèces seront présentes au moment de notre voyage. Mais au-delà de 350… ça demande du temps et c’est dur pour le couple si les deux ne partagent pas le même intérêt…

Comment s’assurer de voir les oiseaux qui manquent à votre liste ?

Il faut débuter par créer une liste. C’est ici que l’application eBird devient indispensable. Il s’agit d’une application gratuite qui s’installe sur votre téléphone. L’université Cornell a développé cette ‘application grand public’ qui est utilisée par 1,1 million d’observateurs situés dans 200 pays différents. À chaque année, ce sont plus de 100 millions d’observations qui sont rapportées sur l’application. C’est probablement le meilleur exemple de ce que l’on appelle ‘la science citoyenne’. L’université compile le tout en temps réel et met le résultat à votre disposition, sur votre téléphone.

Ainsi, si mon ami Philippe, qui habite l’île aux Coudres, observe un harfang des neiges chassant au-dessus des anciennes tourbières, je le saurai immédiatement en consultant l’application sur mon appareil. Si le harfang figure sur ma liste « cible » des oiseaux à voir dans le territoire de Charlevoix, et l’application le mettra en évidence.

Il y a quelques jours, trois bécasseaux violets furent observés au quai de St-Irénée. L’espèce figure sur mes oiseaux « CIBLE ». L’application eBird m’informe que l’observateur qui a rapporté cet oiseau est André Desrochers. Ce dernier est un observateur reconnu au Québec, spécialiste des oiseaux de Charlevoix. C’est donc une observation très crédible qui m’a fait sortir par -20c, -31c ressenti… Je n’ai pas vu l’oiseau, mais ce n’est que partie remise.

Ceci vous montre comment il est devenu simple pour l’amateur de développer rapidement une ‘liste à vie’ de ses observations d’oiseaux. eBird et ses 1,1 million d’utilisateurs deviennent vos guides personnels qui vous indiqueront, en temps réel, 24 heures sur 24, où se trouvent les oiseaux recherchés, peu importe où vous vous êtes dans le monde.

Il suffit de vous rendre sur votre app store (IOS ou Android), de chercher eBird (le ‘e’ sera vert et le ‘Bird’ sera noir), puis de télécharger. On ouvre un compte (tout est gratuit) en fournissant son adresse courriel. C’est tout. Un cours est offert en anglais par l’université Cornell à l’adresse https://academy.allaboutbirds.org/product/ebird-essentials/ . En français, on trouve un excellent tutoriel à l’adresse https://support.ebird.org/fr/support/solutions/articles/48001158707-d%C3%A9buter-avec-ebird

Voici une série de copies d’écran tirées de l’application eBird installée sur mon téléphone. On y voit les endroits où furent observé des oiseaux autour de mon secteur, les oiseaux « cible » dont mon bécasseau violet, les trois endroits où il fut observé, l’observation des trois individus au quai de Saint-Irénée, puis le nom de l’observateur qui a effectué l’observation. Difficile de demander plus…

C’est un des deux outils indispensables pour tout observateur d’oiseaux. La prochaine chronique portera sur l’application complémentaire à eBird : MERLIN. Alors que eBird vous mène à l’oiseau, MERLIN vous permet de l’identifier, directement, via une photo que vous prenez, ou bien simplement au son.

Bonnes observations.

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