Le sentiment contre l’immigration connaît un certain essor au pays
Près de 400 nouveaux Canadiens provenant de 65 pays participent à une cérémonie de citoyenneté à Toronto, le 19 juillet 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Chris Young
Le consensus canadien sur les effets positifs de l’immigration s’est effondré au cours des dernières années.
Environ la moitié de la population croit que le pays accueille trop d’immigrants, selon de nombreux sondages réalisés par des firmes privées.
Les propres données du gouvernement fédéral confirment la tendance. En novembre 2024, 54 % des répondants d’un sondage téléphonique réalisé par le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté jugeaient que trop d’immigrants venaient s’installer au Canada.
Dans une entrevue de fin d’année, la ministre fédérale de l’Immigration, Lena Diab, dit avoir constaté un déclin de l’appui à l’immigration depuis la pandémie de COVID-19.
«Je dirais que depuis la COVID, il y a eu un changement dans la façon de penser, et cela est en grande partie dû au fait que le Canada est considéré comme une destination où beaucoup de gens veulent venir étudier, travailler ou vivre, mais aussi comme un refuge», souligne-t-elle.
Le dernier plan fédéral en matière d’immigration prévoit d’accueillir 380 000 nouveaux résidents permanents en 2026, dont environ deux tiers seront des migrants économiques. Le nombre d’admissions de résidents temporaires passera de près de 674 000 en 2025 à 385 000 l’année prochaine.
Il s’agit de la deuxième année consécutive de baisse du nombre d’immigrants accueillis au Canada, après que les objectifs annuels du nombre des admissions de résidents permanents eurent atteint un pic de 485 000 en 2024.
De son côté, Statistique Canada signale une hausse importante du nombre de crimes haineux signalés à la police. Par exemple: 265 crimes haineux visant des personnes d’origine sud-asiatique ont été signalés à la police en 2023, une augmentation de 227% par rapport à 2019.
Rupinder Liddar, candidate au doctorat en sciences politiques à l’Université McGill, estime que l’augmentation des crimes haineux n’est qu’un symptôme statistique d’une vague de haine plus large.
«Ma famille, ma famille élargie, tout le monde a constaté une augmentation du racisme. Encore une fois, qu’il s’agisse de racisme ouvert, de microagressions, en personne ou en ligne, il y a eu un changement radical depuis… avant la pandémie, et maintenant, la situation s’est incroyablement aggravée », déplore Mme Liddar.
Les données gouvernementales indiquent que les nouveaux arrivants en provenance d’Inde représentent la plus grande part des immigrants au Canada. Plus de 127 000 nouveaux résidents permanents en 2024 étaient des ressortissants indiens. Plus de 83 000 Indiens sont devenus résidents permanents au cours des trois premiers trimestres de 2025, comparativement à environ 39 000 en 2015.
Mme Liddar attribue l’augmentation du sentiment xénophobe aux liens que les politiciens établissent entre l’immigration, le coût élevé du logement et un marché du travail difficile pour les jeunes.
«Toutes les personnes de couleur au Canada savent ce que les gens pensent lorsqu’ils les voient, lorsqu’ils voient la couleur de leur peau. C’est généralement une période effrayante en ce moment. Tout le monde est très conscient de ces sentiments racistes», dit Mme Liddar.
Les libéraux et les conservateurs ont lié la forte augmentation des loyers à l’augmentation du nombre d’immigrants au cours des dernières années. Mme Diab mentionne que le gouvernement souhaite un système d’immigration plus viable.
Mme Diab et la porte-parole conservatrice en matière d’immigration, Michelle Rempel Garner, ont toutes deux dénoncé la hausse des crimes haineux. Elles ne rejettent pas la responsabilité du coût élevé de la vie sur les immigrants.
Mme Rempel Garner reproche au gouvernement d’être responsable de la montée des opinions contre les immigrants, affirmant qu’il avait permis à trop de personnes de venir au Canada en trop peu de temps.
Mme Diab juge que la lutte contre la haine exige une approche multidimensionnelle incluant l’éducation, la législation et l’application de la loi.
«La haine n’est pas acceptable sous aucune forme, et ce gouvernement fera ce qu’il doit faire, qu’il s’agisse d’adopter des lois, mais aussi de collaborer avec les forces de l’ordre et le système judiciaire pour s’assurer que nous y parvenons.»
Mme Liddar convient qu’il n’est pas rare de voir se propager des attitudes racistes contre l’immigration lorsque les gens ne se sentent pas en sécurité. Elle rappelle la montée de l’islamophobie après le 11 septembre 2001, les explosions de haine dirigées contre les Canadiens d’origine chinoise pendant la pandémie de COVID-19 et les tensions actuelles liées à la discrimination anti-indienne.
«Ce que nous savons, c’est que […] le sentiment contre les immigrés s’atténuera lorsque l’économie ira mieux, lorsque les gens ressentiront moins de ressentiment envers les autres, parce qu’ils se sentiront plus en sécurité dans leur propre situation. L’environnement en ligne continue de diffuser des messages anti-indiens et anti-immigrants. Ainsi, même si ces attitudes s’atténuent soudainement, nous savons qu’elles ne tarderont pas à resurgir.»
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