Dans De la neige rouge, son nouveau recueil de récits, l’écrivaine charlevoisienne Nadia Murray s’amuse à détourner les codes du conte pour offrir un portrait inattendu, ludique et parfois caustique de sa région.
L’œuvre, portée par une narratrice unique, oscille entre fantaisie, satire douce-amère et poésie du territoire. « Le but, c’est que ce soit léger. Je pense que ça fait sourire », lance l’auteure.
À travers son personnage central, Isa — prof de cégep, randonneuse et esprit instinctif — Nadia Murray revisite même des figures connues de l’imaginaire québécois. Elle raconte notamment avoir déjanté le personnage de Menaud, tiré de Félix-Antoine Savard, qu’elle transforme en « espèce de petit dieu qui dérive l’astre solaire et qui va causer une éclipse lunaire ». Ce jeu littéraire mène à la création fictive d’un cratère dans Charlevoix, clin d’œil assumé à l’histoire géologique de la région.
Si le ton demeure léger, Isa se permet néanmoins quelques piqûres bien senties. « Il y a un petit ton critique à certains moments », admet Murray. La narratrice critique tour à tour son syndicat, « l’attitude peut-être de certains étudiants », et même quelques travers typiquement charlevoisiens. « Ça reste léger. Ce n’est pas une lecture intellectuelle », souligne-t-elle, rappelant qu’elle se situe loin de son essai précédent consacré à Jean Leloup.

L’origine du recueil tient presque du hasard. Murray raconte s’être retrouvée seule chez elle, après une séparation, ce qui l’a amenée à revisiter de vieux textes écrits pendant ses études en littérature. « Je me suis mise à saponner dans mes vieux trucs qui dormaient dans mon ordinateur », dit-elle. L’un des récits provient aussi d’une collaboration avec son collègue Jean-Michel Gastonguay, professeur de physique, dans le cadre d’activités de vulgarisation scientifique liées au géoparc. Peu à peu, tous ces fragments ont convergé autour du personnage d’Isa, devenu la voix qui porte l’ensemble.
Lorsqu’elle a envoyé le manuscrit à son éditrice, la réponse a été immédiate. « Elle a accroché sur l’écriture et sur la manière de rendre la région de Charlevoix. Elle a dit que ça donnait vraiment envie d’aller se promener dans son coin », raconte Murray.
Si Isa partage des traits avec elle, Nadia insiste sur le fait que le recueil n’a rien d’autobiographique. « C’est moitié-moitié. Quelqu’un qui me connaît pourrait faire quelques parallèles… Elle est émotive, instinctive. C’est pas mal moi », reconnaît-elle. Mais elle précise aussitôt : « Il n’y a absolument rien de moral. Ce n’est pas Nadia qui sert des grands moments de sa vie. Pas du tout. »
L’écriture prend parfois une couleur musicale. Étudiante en chanson, l’écrivaine a réalisé que des paroles de chansons québécoises s’invitaient naturellement dans ses textes. « Je me suis rendue compte que des paroles se superposaient à ma manière d’écrire. À un moment donné, je l’ai assumé et j’ai mis à la fin une liste de 30 chansons que je cite pratiquement directement. »
Aujourd’hui, elle se dit « super fière » de voir l’ouvrage paraître, même si elle n’aime pas particulièrement être sous les projecteurs. Sa fierté repose surtout sur le regard différent qu’elle propose sur un territoire souvent figé dans l’image de la carte postale. « Je trouve que ça parle de ma région de manière différente. Les gens qui l’ont lu me disent qu’ils ont l’impression de m’entendre. Ça, je trouve ça le fun. »
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