Une rupture houleuse éclate entre Vincent Marissal et Québec solidaire

Par Audrey Sanikopoulos, La Presse Canadienne 5:00 PM - 22 novembre 2025
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Le député Vincent Marissal interroge le gouvernement lors de la période de questions, à l'Assemblée nationale, le 23 mai 2023. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

Des discussions avec le Parti québécois ont mis le feu aux poudres entre Québec solidaire (QS) et le député de Rosemont, Vincent Marissal. Ce dernier a annoncé samedi qu’il quittait le caucus solidaire, au moment où le parti faisait part de sa suspension.

L’élu désormais indépendant a confirmé sa décision samedi matin, lors d’un point de presse organisé à la dernière minute à son bureau de circonscription.

«J’avais décidé depuis quelques jours fermement de quitter le caucus de QS. Je comptais l’annoncer à mes collègues du caucus le mercredi», a expliqué M. Marissal.

«Je prends juste un chemin différent, je ne vais pas rester assis sur mes mains dans ce caucus-là à souffrir, parce que je souffre depuis quelque temps», a-t-il fait savoir.

La position du caucus solidaire lors des grèves de la Société de transport de Montréal a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Le député a notamment reproché au parti sa position ferme aux côtés des syndicats, au détriment de la population.

«Là, je pense qu’on était du mauvais côté de l’histoire. Le monde souffrait à Montréal. Les gens nous écrivaient ici des courriels enflammés parce qu’ils considéraient qu’on les avait abandonnés. Puis je considère qu’on les a abandonnés», a-t-il raconté.

Un flirt avec le PQ

De son côté, Québec solidaire soutient avoir montré la porte au député de Rosemont.

Une quinzaine de minutes avant l’annonce de M. Marissal, le parti avait publié un communiqué indiquant que le caucus avait voté à l’unanimité sa suspension.

QS lui reprochait d’avoir eu des discussions avec le chef du Parti québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon, afin de quitter le caucus solidaire et de se porter candidat pour le PQ aux élections de 2026.

Un peu plus tard en journée, les co-porte-paroles, Ruba Ghazal et Sol Zanetti, ont précisé qu’ils avaient eu vent de ces pourparlers vendredi.

«Vincent Marissal nous a caché la vérité, on a appris qu’il a entrepris des négociations secrètes avec un autre parti politique pour l’avenir de sa carrière politique et ça, c’est une ligne rouge qui a été franchie», a fait savoir Mme Ghazal lors d’un point de presse au bureau du parti.

La solidaire a indiqué s’être sentie trahie par le député de Rosemont lorsqu’il a décidé d’échanger avec un autre chef de parti avant de lui parler.

«Ma porte a toujours été grande ouverte pour lui et le caucus, a-t-elle soutenu. C’est très très dur, c’est comme se faire tromper par son conjoint, c’est horrible».

M. Marissal n’a pas nié avoir approché le chef péquiste et avoir eu des discussions, mentionnant qu’il avait beaucoup de respect pour lui.

«Oui j’ai parlé à Paul St-Pierre Plamondon, que je connais depuis des années. Il n’y a rien d’attaché, je n’ai pas d’annonce à faire en ce sens pour le moment», a-t-il reconnu.

Il a cependant admis que le Parti québécois serait la seule famille politique dans laquelle il pourrait se retrouver à la suite de son départ de Québec solidaire, jugeant qu’il fallait barrer le passage au Parti libéral du Québec et à la Coalition avenir Québec.

«La seule place, la seule famille où je pourrais me retrouver, c’est au Parti québécois. Mais on n’en est pas là», a-t-il avancé.

Le député n’a d’ailleurs pas caché qu’il était ouvert à contribuer au projet d’indépendance des péquistes.

«Si on était capables pour vrai de préparer l’accession à la souveraineté du Québec, je n’ai pas, dans mon imaginaire, de plus grand projet que ça pour un peuple», a-t-il précisé.

Paul St-Pierre Plamondon a également pris la parole samedi au sujet de cette annonce.

«La question des transferts entre les partis est toujours très délicate et c’est pourquoi je pense qu’il prend la bonne décision en allant comme indépendant», a-t-il écrit sur X.

«Le Parti québécois n’a cependant rien à annoncer à ce sujet, à part que nos discussions venaient de débuter et que dans l’absolu tout le monde conviendra que Vincent Marissal est un député indépendantiste très compétent, à son affaire et efficace à l’Assemblée nationale», a-t-il ajouté.

Un malaise à QS

Le solidaire démissionnaire a eu des mots durs envers son ancien parti, lui reprochant notamment de ne pas être gouvernable.

«C’est un parti qui est paralysé par sa base, c’est un parti qui est complètement embourbé, puis qui n’est pas capable de s’émanciper. Il y a une distance phénoménale entre le caucus et la base militante», a-t-il souligné.

«Le problème, c’est qu’on n’est pas capable de ramener ce parti vers un peu plus de rationalité», a-t-il estimé.

De son côté, Mme Ghazal a souligné qu’elle est ressortie du congrès de son parti, qui s’est tenu au début du mois, «avec des membres plus unis que jamais».

Vincent Marissal avait été élu député lors des élections de 2018. Ironiquement, il avait alors défait le chef du Parti québécois de l’époque, Jean-François Lisée. 

Quatre ans plus tard, il a été réélu, obtenant une majorité de plus de 5000 votes devant la caquiste Sandra O’Connor.

M. Marissal aurait également déjà pensé à rejoindre les libéraux au fédéral, ce qu’il a toutefois réfuté samedi en indiquant qu’il avait simplement pris un café avec un adjoint de l’ancien premier ministre Justin Trudeau.

Il avait aussi été approché pour la mairie de Montréal par la communauté d’affaires avant les dernières élections municipales.

S’il n’a encore aucun plan concret pour 2026, il ne remet toutefois pas en question son avenir dans le monde politique.

«J’ai besoin de retrouver une façon de faire la politique de façon constructive, a confié le député de Rosemont. Le seul regret que j’ai, c’est de ne pas l’avoir dit avant. Mais j’ai voulu y croire.»

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