Les médecins de Charlevoix prédisent le pire
Avec la loi 2 du gouvernement Legault, préparez-vous à voir les services de santé et l’accès aux soins se démantibuler dans Charlevoix. 35 des 47 médecins, qui pratiquent dans la région ont discuté avec le Charlevoisien pour témoigner des impacts désastreux qui attendent la population si rien ne change. 11 lettres de démission, pas toutes pour des départs, ont été signées par des médecins qui voient un futur catastrophique.
Si le gouvernement du Québec avait voulu détruire ce qui a été bâti dans notre région au cours des dernières années, il n’aurait pas pu trouver une meilleure option que la loi 2. C’est ce que les médecins ont témoigné dans un Teams de plus 70 minutes avec notre média.
« La responsabilité populationnelle on l’assume depuis des années », mentionne Dr Alexandre Charest qui rappelle que la liste des 1500 patients orphelins au GMF de la MRC de Charlevoix devait disparaitre en 2026. « La loi 2 jette nos efforts des 5 dernières années à l’eau parce qu’on ignore si les trois nouveaux médecins qui devaient arriver arriveront », dit-il.
Sa collègue de La Malbaie, Dre Mélissa Deschênes, avance qu’elle et ses collègues « font plus que bien » en traitant 17 700 personnes au GMF alors que la MRC de Charlevoix-Est compte 15 600 habitants. « Les impacts de la loi 2 sur la première ligne seront dramatiques », dit-elle.
Elle avance aussi que la nouvelle clinique, qui sera installée dans l’Immeuble Alto de Medway, pourrait bien ne pas être rentable si moins de 13 médecins y pratiquent.
Les deux médecins ont mentionné que dans l’état actuel des choses, les ruptures de services et même des fermetures s’annoncent inévitables. « Nos inquiétudes sont majeures », ont-ils plaidé, en citant les urgences comme étant à risques si des médecins qui « sont en sérieuses réflexions sur leur avenir » en venaient à quitter la région.
Ce qui a été appelé la « médecine fast food », le fameux patient aux 10 minutes, ne passe pas tout pour les médecins établis dans Charlevoix qui rappellent qu’en région « la pratique est variée ».
La loi 2 a démotivé le corps médical. L’expérimenté et très impliqué Dr Jacques Bouchard admet sans hésiter que «la morosité s’est installée et que ça devient moins intéressant de travailler dans ce contexte. Notre modèle est cité en exemple, mais il risque de tomber ».
Sa jeune collègue Dre Élodie Morin, arrivée il y a un an, est « anxieuse » pour la première fois de sa vie. « Ça me jette à terre ce qui se passe », ajoute-t-elle.
Dre Karina Rollin, chirurgienne, a présenté un bilan plutôt reluisant du bloc opératoire de l’hôpital de La Malbaie. « Nous sommes dans les normes et avions de projets pour l’avenir. La loi 2 va scrapper le système. C’est aussi simple que ça », avoue-t-elle.
Dr Éric Morissette n’en revient tout simplement pas que « des fonctionnaires disent que le système ne marche plus. Cette loi aura des conséquences désastreuses en chirurgie notamment », dit-il. « Les chirurgiens de l’hôpital Saint-François d’Assise qui venaient aider ont déjà signifié qu’ils cessaient de le faire le temps que les choses s’éclaircissent », dit-il.
Il dit aussi avoir demandé à un gestionnaire du CIUSSS des moyens pour augmenter le nombre de rendez-vous et la réponse a été négative. « Les 400 M$ annoncés on n’a aucune idée de qui recevra combien », continue-t-il.
Dre Sara Turcotte voit des impacts poindre en gériatrie. «La loi 2 met l’intégration des soins en péril. Ce sont le plus vulnérables qui vont en faire les frais à ces des découvertures », croit-elle.
« On nous demande de marcher sur l’eau », a lancé Dr François Turgeon. « Comment donner plus de soins alors que les ressources fondent comme neige au soleil », demande-t-il. « Ça fait des années qu’on fait fitter un cercle dans un carré. La motivation manque pour donner un 2e effort dans le contexte. Je ne pensais jamais devenir un médecin Le Choix du Président parce que je dois tout faire. », laisse-t-il tomber.
La députée Kariane Bourassa rencontrée
Ils lui demandent si « elle a vraiment le bien-être de sa population à cœur » de prendre position pour la suspension de la loi 2.
« Elle a dit haut et fort être là pour les citoyens et non pour le gouvernement », mentionne Dr Alexandre Laurin. « On lui a demandé de porter notre voix au gouvernement. « Pour elle, et c’était bien clair, c’est la santé de la population qui était mise de l’avant pas la loi 2. On s’attend à ce que ça monte plus haut et qu’il y ait quelque chose », dit-il.
Les médecins croient qu’une pause est nécessaire pour prendre le temps de refaire un plan de match.
Dr Maxime Blais, qui œuvre à l’urgence, croit que les députés n’ont pas tout eu le temps de bien comprendre la loi adoptée à toute vitesse. « C’est un manque de reconnaissance alors qu’on se rend presque malade à donner le service. Ça ne me tente, mais vraiment pas de passer de 5 à 3 médecins à l’urgence », soutient-il.
Dre Karina Rollin a profité de l’occasion pour mentionner que les retards en équipement ne se passent pas qu’ailleurs. « Il faut encore envoyer des fax qui se perdent au final. Le système accuse des retards en informatique. On perd du matériel. On peut-tu se mettre à jour et gagner en efficacité », plaide la chirurgienne.
Son collègue Tristan Laplante-Paquin estime que les médecins «possèdent les solutions », mais que présentement Québec a plutôt chois de fragiliser le système. « Les démissions annoncées ne sont que la pointe de l’iceberg et ne sont surtout pas des paroles en l’air. On attend tous ce qui va se passer. Mais déjà deux médecins ont quitté. On pourrait bien se retrouver 2 ou 3 à travailler à l’urgence cet été. Je ne sais même pas moi-même si j’y serai », dit-il.
Les scénarios de fermeture des urgences des hôpitaux reviennent donc des possibilités. « C’est catastrophique », ajoute-t-il.
« Si Mme Bourassa a à cœur le bien-être de sa population tel qu’elle le dit, qu’elle soit d’accord avec la théorie de la loi derrière ou qu’elle se fasse convaincre par le ministre que c’est une bonne chose et que nous nous sommes dans les patates, elle n’a pas le choix de reconnaitre la réalité concrète des choses. C’est-à-dire que les démissions nous pendent au bout du nez sont concrètes et réelles et que l’on commence à voir le problème dans son ampleur », soutient le médecin.
Dre Marie-Ève Côté rappelle que la loi 2 « n’amènera rien. Rien, rien , rien dans l’amélioration de l’accès aux services. C’est plutôt une détérioration historique et catastrophique qu’on subira. La population doit le savoir tout comme l’inscription de tout le monde à un GMF ne garantit pas un rendez-vous et encore moins un médecin. Tout ca c’est de la poudre aux yeux. Ce dont on a besoin c’est plus de médecins et plus de bras et plus de personnel », termine-t-elle.
Horizon
Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.