Plusieurs propriétaires ont été abasourdis de constater l’augmentation de leur nouveau rôle d’évaluation. Si une propriété qui prend de la valeur est souvent perçue comme une bonne nouvelle, cela signifie aussi des comptes de taxes plus élevés. Doit-on rester ou vendre ? Ce choix déchirant pourrait-il être évité ?
Dans plusieurs secteurs de la région, la hausse du rôle d’évaluation a été fulgurante. Par exemple, une propriété du secteur Pied-des-Monts, à Saint-Aimé-des-Lacs, était évaluée à 252 400 $ en 2020. À partir de janvier 2026, cette même propriété sera évaluée à 691 600 $, une augmentation de près de 275 % en six ans. La propriétaire juge la situation aberrante. « Certains résidents ont des terrains plus grands et sont évalués presque au même montant. J’aimerais que quelqu’un puisse poser des questions et nous expliquer d’où vient cette décision », affirme Christine Lemire, estimant que sa maison n’est pas plus près des services qu’auparavant.
« Le calcul du rôle d’évaluation implique plusieurs facteurs, mais c’est principalement le marché des maisons vendues dans le même secteur qui dicte la valeur d’une propriété. Les prix obtenus dans les années précédentes servent de base pour établir la valeur au rôle pour les trois années suivantes », explique Carl Provencher, évaluateur signataire des rôles d’évaluation de la Fédération québécoise des municipalités (FQM). « C’est la demande et le marché du secteur qui déterminent la valeur. Dans ce calcul, ce qui compte, c’est le site, le site… et le site », ajoute-t-il.
Une fluctuation de risques et d’opportunités
Le rôle d’évaluation est un outil utilisé par les municipalités pour établir la taxation. Le montant perçu dépend à la fois de la valeur inscrite au rôle et du taux de taxation fixé par la municipalité. « C’est dommage pour les personnes qui vivent depuis longtemps dans un secteur en forte croissance sans avoir l’intention de vendre. Elles subissent les impacts du phénomène, car elles risquent de voir leur compte de taxes augmenter sans obtenir nécessairement plus de services », reconnaît M. Provencher.
À l’inverse, cette hausse représente aussi une occasion à saisir : les propriétés ont pris énormément de valeur dans certains secteurs. Les propriétaires qui vendent en profitent largement. D’autres choisissent d’en tirer des revenus en les convertissant en locations lucratives, notamment des Airbnb à 1 500 $ par semaine.
Éviter le faux dilemme ?
Cette instabilité du marché force parfois certains propriétaires à faire un choix difficile. Les effets peuvent sembler injustes, note Carl Provencher. « Pour éviter cette injustice, il faudrait réformer la fiscalité municipale. Mais je ne suis pas la bonne personne pour demander une chose pareille. Je ne fais que respecter la loi actuelle », tranche-t-il.
Il souligne toutefois que d’autres provinces ont tenté d’apporter des solutions.
En Colombie-Britannique, la principale mesure pour atténuer l’effet d’une hausse rapide des taxes est le Programme de report des taxes. Ce mécanisme provincial permet à certains propriétaires (55 ans et plus, parents d’enfants à charge, personnes handicapées) de repousser le paiement complet de leurs taxes municipales, un peu comme un prêt garanti par la maison, avec un faible taux d’intérêt. Cela empêche une facture trop lourde d’arriver d’un seul coup. Parallèlement, plusieurs municipalités offrent des paiements mensuels étalés, mais la mesure la plus efficace pour neutraliser l’impact d’une forte augmentation demeure le report provincial.
Les municipalités de la région dévoileront bientôt leurs budgets. Elles ont le pouvoir d’ajuster leur taux de taxation, ce qui peut atténuer — ou accentuer — le montant total à payer.
Les autres textes de notre dossier.
Horizon
Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.