La migration

Par Michel Paul Côté 6:00 AM - 21 septembre 2025 Chroniqueur | oiseauxcharlevoix@gmail.com
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L’automne est à nos portes. C’est la période des grands rassemblements. Les espèces nous quittent, mais elles reviendront.

L’observateur d’oiseaux, même novice, sait que bien des oiseaux arrivent au printemps et repartent à l’automne. On nomme ces mouvements migration « printanière » et migration « automnale ».

On pourrait penser que ces déplacements d’oiseaux sont très similaires. Mais il n’en est rien.

Les deux mouvements migratoires sont totalement différents à de nombreux égards.

Qu’en est-il ?

Lors de la migration printanière, appelée parfois ‘prénuptiale’, les oiseaux reviennent vers le Nord pour se reproduire et profiter de l’abondance de nourriture durant cette période. À l’automne, la migration « postnuptiale » permet aux oiseaux de fuir le froid et de se rendre à des endroits où la nourriture sera suffisante.

On constate que la migration printanière est très concentrée dans le temps. Même si certaines espèces arrivent en mars-avril, la plupart nous envahissent en mai. À l’automne, la migration débute à la fin juillet et peut s’étendre jusqu’aux premières neiges du début décembre. Les différentes espèces nous quittent par vagues successives, débutant avec les oiseaux de rivages, puis les insectivores, les granivores, les canards, les bruants.

Pourquoi la migration printanière est-elle si prisée par les observateurs ? La grande concentration d’oiseaux en si peu de temps permet beaucoup d’observations différentes. Ces observations sont facilitées par le fait que les oiseaux mâles ont revêtu leur plumage nuptial, très coloré, afin de séduire une femelle. Les mâles sont de plus très bruyants. On veut prendre possession d’un territoire, l’annoncer et le défendre haut et fort, et en même temps attirer la douce en vocalisant constamment. Une fois le couple formé, on bâtit un nid, on pond et couve des œufs, puis on nourrit les petits pendant 10 à 15 jours. Deux mois après leur arrivée, la famille a déjà quitté le nid.

Par contre, à ce moment, l’oiseau n’est pas pressé. Il fait encore beau, la nourriture abonde, le devoir familial est derrière soi, les enfants sont assez autonomes, et il n’y a plus de rivalité entre les mâles.

On se rassemble, on explore, on se déplace en bande lentement. Pas nécessairement pour socialiser, mais parce que la bande amène une forme de sécurité contre les prédateurs.

Les études, très nombreuses, ont démontré que plusieurs éléments déclencheurs convergent pour déterminer le moment propice pour débuter la migration printanière. Ainsi, la « photopériode » est un signal important pour plusieurs espèces. L’augmentation de luminosité quotidienne amène des changements hormonaux importants. On stocke l’énergie sous forme de graisses afin de pouvoir parcourir un long trajet pour aller se reproduire. On sait que la nourriture sera abondante au nord pendant quelques mois, permettant de nourrir une nouvelle famille. Les changements météorologiques constituent aussi un élément déclencheur. Des vents favorables, une vague de chaleur sont des signes. Plus près de chez nous, il suffit de penser aux centaines de milliers d’oies blanches du cap Tourmente qui font halte chez nous en mai, avant de poursuivre leur migration vers le grand nord québécois. Il fait beau et chaud ici, mais les oies attendent. Le grand nord est encore trop froid, la nourriture n’est pas encore disponible là-bas. Elles le savent d’instinct, depuis des siècles. On attend, on reprend des forces, on se nourrit. Puis un matin, elles quittent vers le Nord, passant bruyamment au-dessus de Charlevoix. Elles ne se trompent pas.

L’automne compte moins d’éléments déclencheurs. Tant qu’on trouve de la nourriture, on peut retarder le départ. Même la chute de neige surprise de fin octobre ne convainc pas toutes les espèces de fuir vers le Sud.

Et les changements climatiques dans tout ça…

Avec le réchauffement de la planète, les oiseaux doivent s’adapter. Ainsi, la hausse des températures modifie les habitudes de certaines espèces. On arrivera plus tôt si la nourriture est disponible plus tôt. Les oiseaux de mer, comme les fous de bassan, vont graduellement modifier leur destination finale si l’eau trop chaude ne leur procure plus suffisamment de poisson pour se nourrir.

L’oiseau possède un immense pouvoir d’adaptation face à la nature. Son principal défi, c’est la modification importante de son habitat par l’homme. Les pesticides et la monoculture ont réduit la population de certaines espèces de plus de 90%. Les oiseaux continuent, à chaque printemps, de venir nicher chez nous pendant quelques mois, comme ils le font depuis toujours. Il y a autant d’espèces qu’auparavant, même plus. Le problème…. il y a beaucoup moins d’individus….

En guise de conclusion, les deux périodes de migration des oiseaux apportent à l’observateur des satisfactions différentes. Au printemps, tout se déroule dans l’action, les couleurs, les sons, les bagarres, les drames, les naissances, la vie. L’amateur tente d’identifier dans son guide le plus d’espèces possible à leur plumage nuptial flamboyant. Pour certains, c’est passionnant. Pour d’autres, épuisant.

L’automne, au contraire, c’est le calme, les grands rassemblements, presque l’harmonie. Le guide d’observation demeure dans la voiture, car l’automne le plumage des bien des espèces devient terne, anodin. On admire les mouvements d’oiseaux et non les individus.

Profitons-en, on y est.

Bonnes observations.

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