L’ex-PDG de la SAAQ Nathalie Tremblay ignorait les déboires de Malenfant à Hydro
Nathalie Tremblay, ex-PDG de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), a débuté son témoignage devant la commission Gallant chargée d'enquêter sur le fiasco SAAQclic lundi, le 15 septembre 2025, à Québec. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot
Au moment d’embaucher Karl Malenfant en 2013, l’ex-PDG de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) Nathalie Tremblay ne savait pas qu’il avait eu des difficultés à Hydro-Québec.
C’est ce qu’elle a affirmé sous serment lundi matin devant la commission Gallant chargée d’enquêter sur le fiasco SAAQclic. « Aucune allégation (…) n’a été portée à mon attention », a-t-elle déclaré.
Le témoignage de Mme Tremblay revêt une importance capitale pour la commission, puisqu’elle occupait les plus hautes fonctions à la SAAQ de 2010 jusqu’à 2022.
Elle a quitté le navire peu de temps avant le déploiement raté de SAAQclic, qui a provoqué à l’hiver 2023 des files d’attente monstres devant les succursales.
En février 2025, la vérificatrice générale du Québec a affirmé dans un rapport que le virage numérique de la SAAQ devrait coûter au moins 1,1 milliard $ d’ici 2027, soit 500 millions $ de plus que prévu.
Selon plusieurs témoignages, avant de se joindre à la SAAQ comme vice-président aux technologies de l’information, M. Malenfant aurait mal réussi son projet informatique à Hydro-Québec.
Or, Mme Tremblay a déclaré lundi qu’elle n’avait jamais eu vent de ces déboires. Le chasseur de têtes Odgers, qui lui avait soumis le nom de Karl Malenfant, n’en aurait pas non plus fait mention.
Cinq ans plus tard, en 2018, le journaliste Pierre-Paul Biron, du Journal de Québec, rapportait pourtant que le projet informatique de M. Malenfant chez Hydro-Québec était « qualifié à l’époque de “fiasco” ».
« Je ne connaissais pas en 2013 le projet d’Hydro-Québec. Je n’étais pas au courant de ce qui sera, cinq ans plus tard, présenté dans les journaux », s’est défendue Mme Tremblay.
Le 20 mai dernier, à la commission Gallant, l’ex-membre du c.a. de la SAAQ Anne-Marie Croteau déclarait que le parcours difficile de Karl Malenfant à Hydro-Québec avait certainement été vu comme un atout.
Elle disait avoir participé à la dernière entrevue visant à confirmer l’embauche de M. Malenfant à la SAAQ.
« Que ç’a été difficile à Hydro-Québec, on se disait que c’est peut-être une façon d’apprendre des expériences passées. C’était pour nous un peu une garantie qu’il allait faire attention aux anciennes erreurs », a-t-elle déclaré.
Allègement des règles
La SAAQ a décidé en 2013 de confier à M. Malenfant la refonte de ses systèmes informatiques. Sous ses conseils, elle a convaincu le gouvernement d’alléger les règles la régissant.
Ainsi, a résumé le procureur Simon Tremblay, au lieu d’avertir le directeur principal de l’information de délais ou de dépassements de coûts, il fallait désormais avertir M. Malenfant.
« M. Malenfant n’est pas seul dans son univers, a insisté Mme Tremblay. Il a un patron, moi, un comité de direction, (…) un c.a. (…) Il y avait des mécanismes. »
Mme Tremblay a toutefois convenu que de permettre à la firme SAP — un potentiel soumissionnaire — de participer au choix du logiciel pour SAAQclic avait été « risqué ».
« J’ai posé les questions, a-t-elle assuré. La réponse qu’on m’a donnée, c’est : (…) SAP est déjà un fournisseur chez nous. On a le droit de lui parler, parce qu’on est déjà en relation d’affaire avec lui. »
Jamais Karl Malenfant ne lui mentionne qu’il a déjà travaillé avec SAP à Hydro-Québec, selon son témoignage. « Pas du tout. »
La commission Gallant poursuit ses travaux toute la semaine à Québec. Elle entendra deux témoignages clés : celui de Mme Tremblay, suivi de celui, très attendu, de M. Malenfant.
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