La GRC a surveillé le groupe de militaires accusés de terrorisme pendant des mois
Des documents judiciaires récemment publiés montrent comment la police a passé des mois à traquer quatre hommes accusés d’un présumé complot antigouvernemental au Québec.
Des demandes de mandat de perquisition de la police datant de janvier 2024 décrivent comment des membres d’un « groupe militant extrémiste pro-armes » auraient acheté des armes à feu et participé à des entraînements de type militaire au Québec et en Ontario.
L’un d’eux a également parlé publiquement de l’importance d’être armé et de ne pas faire confiance au gouvernement, et a mis en garde contre la possibilité d’un siège comme celui qui s’est déroulé à Waco, au Texas, dans les années 1990.
En juillet, la police a arrêté quatre membres du groupe soupçonnés de complot visant à prendre possession de terres par la force dans la région de Québec. Simon Angers-Audet, 24 ans, Raphaël Lagacé, 25 ans, et Marc-Aurèle Chabot, 24 ans, ont été accusés de facilitation d’une activité terroriste.
Ils font également face à des accusations liées aux armes, tout comme le quatrième homme, Matthew Forbes, 33 ans.
Marc-Aurèle Chabot et Matthew Forbes sont membres des Forces armées canadiennes.
L’opération de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a débuté en mars 2023 à la suite d’une information transmise par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), révèlent les documents judiciaires.
Une lettre expurgée de l’agence de renseignement indique que Marc-Aurèle Chabot était le chef d’un regroupement de militaires, actuels et anciens, appelé Hide and Stalk.
L’enquête intitulée Projet Supion visait la surveillance intensive du groupe en effectuant des repérages aériens et en se servant de traceurs GPS, d’informateurs, d’agents d’infiltration et de relevés bancaires.
Les documents allèguent que Marc-Aurèle Chabot gérait un compte Instagram appelé «hide_n_stalk», axé sur l’entraînement militaire, le survivalisme et le tir à longue distance. Le compte publiait des photos de membres du groupe tenant des armes d’épaule, vêtus d’uniformes de camouflage militaire et portant des écussons « HS » sur les bras.
En mai 2023, un groupe de 17 individus, dont des membres de Hide and Stalk, se sont réunis dans une zone de chasse près de Québec appelée la ZEC Batiscan-Neilson.
Pendant trois jours, ils se sont entraînés à des exercices et à des tirs de type militaire. La GRC a surveillé ce camp d’entraînement depuis les airs. La police a ensuite récupéré des douilles sur place.
Une photo de la séance d’entraînement publiée sur Instagram montre un membre du groupe en train de faire avec sa main un geste qui symbolise le « pouvoir blanc », selon les documents.
Nationalisme blanc
Le mois suivant, un membre de Hide and Stalk correspondant à la description de Marc-Aurèle Chabot a donné plus d’informations sur l’idéologie du groupe lors d’une apparition sur le balado Modern Canadian Shooter, selon les documents judiciaires.
Il a parlé de la création d’une communauté pour protéger ses proches des excès du gouvernement et a accusé les dirigeants politiques de mentir et de ne pas être dignes de confiance.
Les documents indiquent que ses opinions s’inscrivent dans l’idéologie d’extrême droite ou accélérationniste, décrite comme « une croyance des nationalistes blancs selon laquelle accélérer l’effondrement de la société par la violence conduirait à un État ethnique blanc ».
« Une population désarmée est facile à contrôler, a-t-il déclaré, selon des extraits des documents judiciaires. J’ai vu comment fonctionne le gouvernement et je ne veux plus en entendre parler. »
Il a ensuite mis en garde contre le risque de «s’en prendre à des individus préparés», car cela pourrait mener à un « autre Waco » – vraisemblablement une référence au siège meurtrier d’une secte religieuse lourdement armée au Texas en 1993.
En août 2023, l’agence de renseignement a alerté la GRC que Hide and Stalk prévoyait une autre fin de semaine d’entraînement près de Rolphton, en Ontario. Les documents allèguent que 17 personnes y ont participé, dont Marc-Aurèle Chabot et Simon Angers-Audet.
Une troisième séance d’entraînement a eu lieu en septembre 2023 dans une carrière près de Québec appartenant à la famille de Rafaël Lagacé. Les quatre accusés y ont assisté, selon les documents.
Les documents indiquent également qu’un informateur a averti la police que Matthew Forbes était en possession d’armes à feu et était impliqué dans le trafic d’armes. Un deuxième informateur a signalé à la police que les membres de Hide and Stalk possédaient des armes automatiques et qu’un seul membre pouvait détenir entre 30 000 $ et 40 000 $ d’armes à feu et d’autres équipements.
En septembre 2023, un agent infiltré a acheté des lunettes de vision nocturne auprès de Matthew Forbes.
Les quatre accusés auraient effectué des transactions financières d’une valeur de plus de 480 000 $ entre janvier 2020 et juin 2023, ce qui, selon les documents, était « disproportionné par rapport à leur situation financière apparente ».
L’enquête était en cours en janvier 2024, lorsque l’ex-conjointe de Rafaël Lagacé a appelé le 911 pour signaler qu’il était en possession d’armes illégales et avait tenu des propos suicidaires. En réponse, la police de Québec a saisi plus de 50 armes à feu et munitions à son domicile.
Peu après, la GRC a déposé des demandes de mandats de perquisition concernant les quatre hommes. Cela a mené à la saisie de 16 engins explosifs, d’environ 11 000 cartouches et d’autres armes.
Aucune des allégations contre les quatre hommes n’a été prouvée devant les tribunaux. Plus tôt ce mois-ci, un juge a refusé la libération sous caution des trois hommes accusés de terrorisme. Matthew Forbes a été libéré sous caution en juillet, sous réserve d’une longue liste de conditions, dont le port d’un bracelet GPS.
Les accusés doivent revenir devant le tribunal le 12 septembre pour la suite de leur affaire.
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