SAAQclic: Québec alerté à propos d’«actions discutables» en 2017
Denis Gallant préside la Commission d'enquête sur la gestion de la modernisation des systèmes informatiques de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) à Québec, le 15 mai 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot
Deux ministres libéraux avaient été alertés en mars 2017 à propos d’«actions discutables» de la part de Karl Malenfant dans le dossier de la modernisation informatique de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).
Une ancienne cadre embauchée sous la vice-présidence de M. Malenfant aux technologies de l’information (VPTI) avait adressé une lettre au président du Conseil du trésor et au ministre des Transports de l’époque, Pierre Moreau et Laurent Lessard.
Elle a écrit vouloir soulever des «enjeux majeurs à la SAAQ», notamment en matière de gestion de contrats et de conflits d’intérêts. Elle avait été engagée comme directrice générale pour superviser entre autres les stratégies, la gestion administrative et la gouvernance du VPTI de la société d’État.
Sa lettre a été présentée lundi matin à la reprise des audiences publiques de la commission Gallant, chargée d’enquêter sur les ratés du virage numérique de la SAAQ, comprenant la plateforme SAAQclic.
Elle indique que M. Malenfant lui a demandé «d’exécuter certaines actions discutables relatives à la gestion contractuelle». La gestionnaire qui a été en poste quelques mois en 2016 énumère différents événements pour appuyer ses dires.
Elle affirme avoir subi de la pression pour faire ouvrir les soumissions du projet de refonte informatique avant l’échéance qui était prévue au processus. M. Malenfant a fini par renoncer à l’ouverture des soumissions, mentionne-t-elle.
La fonctionnaire déclare qu’à compter de cet épisode, le patron de l’informatique «a commencé à réagir de façon vive» contre elle. Elle rapporte avoir été envoyée à la maison «sans la moindre raison» en octobre 2016 et que, depuis, elle était «détachée» de ses fonctions et en recherche active d’emploi.
«Il a simplement invoqué un manque de “fit” avec lui et certains de ses proches», relate la lanceuse d’alerte.
Sa lettre soulève également des éléments de conflits d’intérêts. Elle fait référence à des contrats octroyés pour des «mandats hautement stratégiques» à des consultants ayant travaillé dans le passé avec M. Malenfant chez Hydro-Québec et à la firme R3D.
Ces gens et «quelques autres personnes de la fonction publique forment sa “garde”», décrit la lanceuse d’alerte. Les personnes provenant d’Hydro-Québec ont mis en place le progiciel de la firme SAP ou «sont favorables à ce progiciel», note-t-elle.
En 2017, c’est le progiciel de SAP qui a été retenu par la société d’État pour mettre en oeuvre la plateforme SAAQclic.
La lanceuse d’alerte évoque aussi l’embauche par M. Malenfant d’«une contractuelle provenant de Hydro-Québec sur un poste permanent de directrice générale, mais sans concours».
La gestionnaire conclut que ses points «font état d’une situation générale problématique et déplorable» et que son signalement vise à «protéger le gouvernement contre toute situation préjudiciable ou d’apparence douteuse».
Lundi, M. Lessard, qui a été ministre des Transports d’août 2016 à octobre 2017 sous le gouvernement Couillard, s’est souvenu d’avoir tenu une rencontre avec le Conseil du trésor à la suite de la réception de la lettre.
Il dit avoir saisi la PDG de la SAAQ de l’époque, Nathalie Tremblay, pour qu’elle puisse apporter «les correctifs appropriés». Mme Tremblay a finalement rencontré la fonctionnaire quelques semaines plus tard, selon ce qui a été révélé à la commission.
«Je me suis assuré que (la lanceuse d’alerte) soit entendue et que la présidente (de la SAAQ) ou ses proches puissent donner suite. C’est quand même assez grave. Il y avait des choses qui sont nommées sur les contrats, l’éthique», a-t-il dit au commissaire Denis Gallant.
M. Lessard a rappelé que cette lettre survenait à la suite de la commission Charbonneau sur la collusion dans le milieu de la construction. L’ancien ministre ignore le suivi qui a été fait concernant ces allégations et si elles avaient été portées à l’attention de l’Unité permanente anticorruption (UPAC).
«Du côté du Conseil du trésor, il me semble que c’était de vérifier avec l’UPAC s’il n’y avait pas nature à faire des vérifications, parce que tous les éléments étaient là. Selon moi, il n’y a pas plus commission Charbonneau que ça», a-t-il dit.
Son successeur aux Transports, le député libéral André Fortin, a indiqué lundi à la commission Gallant ne pas avoir eu vent personnellement de la lettre.
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