Hydro veut des hausses de 3 % pour le résidentiel et de 4,8 % pour les entreprises

Par Frédéric Lacroix-Couture, La Presse Canadienne 3:30 PM - 31 juillet 2025
Temps de lecture :

Une station d'Hydro-Québec à Montréal, photographiée le vendredi 20 juin 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov

Hydro-Québec propose des hausses tarifaires annuelles de 3 % pour les consommateurs résidentiels et de 4,8 % pour les clients commerciaux et industriels au cours des trois prochaines années. Ces éventuels ajustements suscitent la grogne dans le milieu des affaires, qui y voit « un manque d’équité ». 

La société d’État a présenté jeudi ses demandes tarifaires pour 2026, 2027 et 2028, qui doivent obtenir l’aval de la Régie de l’énergie. 

Pour le secteur résidentiel, la hausse proposée ferait bondir en moyenne la facture d’électricité d’environ 2,40 $ par mois pour un logement et de 6,70 $ pour une maison de taille moyenne. 

« C’est environ 80 $ par année de plus pour une maison moyenne au Québec, que les gens soient propriétaires ou locataires. C’est l’ampleur de la hausse avant de considérer les mesures que les clients peuvent faire pour voir une réduction de leur facture », a affirmé le vice-président exécutif aux activités commerciales et chef des relations clientèle, Dave Rhéaume, en conférence de presse. 

La demande d’Hydro-Québec s’inscrit dans le cadre de la réforme sur l’énergie du gouvernement Legault, adoptée sous bâillon en juin dernier. La nouvelle loi vise notamment à répondre à une promesse du gouvernement de limiter la hausse des tarifs résidentiels d’électricité à un maximum de 3 %.

Par ailleurs, la société d’État a annoncé une augmentation de 70 % de son budget pour des mesures aidant les consommateurs à réduire leur facture, qui comprend notamment le programme des thermostats intelligents. 

L’enveloppe dédiée à l’efficacité énergétique grimpe à 2,5 milliards $ pour les trois prochaines années. L’argent peut servir, entre autres, à soutenir l’achat d’équipements et à appliquer des crédits sur les factures. 

« Déconnectée des réalités économiques »

La hausse de 4,8 % pour les industries à peine dévoilée, le milieu des affaires a déjà fait part de son mécontentement. Le gouvernement caquiste est accusé de refiler « la facture de sa promesse électorale aux PME ». 

Hydro-Québec se défend d’affaiblir les entreprises dans un contexte d’incertitude économique occasionnée par des relations difficiles avec Washington.  

« Les tarifs au Québec demeurent significativement plus bas que dans les autres juridictions », a soutenu M. Rhéaume. 

Il a indiqué que la hausse des tarifs reflète les investissements importants que la société d’État doit mener selon son plan d’action 2035, en plus de prendre en compte l’inflation. 

« C’est des coûts qui sont essentiels. (…) C’est certain que, pour une entreprise, de voir une augmentation de ses coûts, ce n’est jamais ce qui est souhaité. Néanmoins, c’est un investissement qui, selon nous, est absolument essentiel pour atteindre le plein potentiel du Québec, tout en protégeant la compétitivité des entreprises », a-t-il dit.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) parle d’« une décision déconnectée des réalités économiques ». Elle demande l’intervention du gouvernement afin de mieux répartir les hausses prévues entre la clientèle résidentielle et les entreprises.

« Le gouvernement choisit une fois de plus de faire porter le fardeau financier de la hausse des tarifs d’électricité sur les épaules des entreprises. Ce manque d’équité tarifaire compromet de plus en plus leur capacité à investir et à créer de la richesse ici, au Québec », déplore la présidente-directrice générale de la FCCQ, Véronique Proulx, dans un communiqué.

« D’autant plus qu’en période de crise tarifaire, jumelée au One Big Beautiful Act américain, le gouvernement a la responsabilité de créer un environnement d’affaires favorable à l’investissement », poursuit-elle. 

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) dénonce aussi que la hausse de 4,8 % soit utilisée pour geler à 3 % la facture de la clientèle résidentielle.

« Nous avons calculé l’impact des hausses à venir et remis plus de 10 000 pétitions signées par des entrepreneurs demandant de ne pas politiser la question des tarifs d’électricité et de régler l’interfinancement. Le gouvernement du Québec a décidé de fermer les yeux, de se boucher les oreilles et de faire avaler la hausse par les PME », a déclaré le vice-président pour le Québec à la FCEI, François Vincent, dans un communiqué. 

Selon les calculs de la FCEI, de 2023 à 2028, les tarifs des PME auront grimpé de 29,6 % si les nouvelles augmentations d’Hydro sont acceptées par la Régie de l’énergie. 

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) estime que l’avantage des bas coûts d’électricité s’amenuise pour les entreprises québécoises, notamment celles qui exportent. 

« Ultimement, des entreprises de secteurs clés, comme l’agroalimentaire, l’aluminium, les pâtes et papiers ou la chimie, dont les coûts énergétiques constituent la plus grande dépense, seront les plus touchées », mentionne l’économiste en chef et vice-présidente à la recherche du CPQ, Norma Kozhaya. 

Le CPQ avance que le tarif résidentiel « ne permet pas une consommation responsable de l’électricité par la population générale ». 

La Régie de l’énergie doit rendre une décision aux alentours du mois de mars 2026. Les nouveaux tarifs doivent ensuite entrer en vigueur au 1er avril de la même année.  

En mars dernier, la Régie avait refusé de plafonner la hausse à 3 % au 1er avril 2025 pour les clients résidentiels, comme le demandait Hydro-Québec. Elle proposait plutôt une augmentation de 3,6 %, soit au même niveau que les clients commerciaux et institutionnels. 

Elle estimait que les demandes tarifaires ne reflétaient pas la croissance des revenus requis d’Hydro-Québec. Elles étaient, selon la Régie, « arbitraires » et ne lui permettaient pas de fixer « des tarifs justes et raisonnables ». 

Le gouvernement a toutefois fait fi de la décision de la Régie et a limité la hausse à 3 % pour les ménages en adoptant un décret au printemps dernier.

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires