VOX POP|Nomination à l’UNESCO : qu’en disent les Anticostiens ?
L'Ile d'Anticosti est désormais citée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Photo Emelie Bernier
Sur Anticosti habite une communauté résiliente et tissée serrée, caractéristiques souvent associées aux collectivités éloignées. La nomination de l’île à titre de patrimoine mondial de l’UNESCO est une réalité encore un peu intangible pour de nombreux résidents. Qu’attendent-ils de cette nomination ? Quels en sont les impacts concrets jusqu’ici ? Voici les réponses de quelques Anticostiens.

Sonia Michaud, guide senior au Centre d’interprétation du patrimoine d’Anticosti
« Je suis très emballée, c’est à la fois un renouveau et une continuité. Ça fait 37 ans que je suis ici, on a connu toutes sortes d’époques, d’événements. On a vécu des choses difficiles, qui ont divisé la communauté. On s’est senti envahi pas mal à l’époque où la pétrolière est passée… L’UNESCO, c’est un projet qui est durable, éthique ! C’est pas juste une industrie qui s’installe et qui prend ce qu’il y a à prendre avant de repartir. Là, on construit l’avenir ! »
Danièle Morin, technicienne de la faune (à la retraite), naturaliste et guide d’aventure personnalisée
” Pour l’instant, ça instaure un souffle nouveau, un vent de fraîcheur. Je souhaite que cela contribue à enrichir notre population diminuée en nombre tout en nous apportant davantage de touristes de niche : des gens désirant vivre une expérience humaine, de découvertes et de pleine nature. Des gens laissant une moindre empreinte carbone, nous offrant l’opportunité de développer des infrastructures, de nouvelles activités et des services durables profitant à tous.»

Gaëtan Laprise, technicien de la faune (à la retraite) et photographe
« Ça fait 35 ans minimum qu’on n’a pas été capable de développer un tourisme d’été. Dans les villes qui vivent d’une monoindustrie, tu ne te casses pas la fiole pour développer autre chose. Ici, c’est la chasse, mais c’est difficile de faire son année en trois mois. Et mettre ses œufs dans le même panier, c’est être vulnérable. La chasse va rester, c’est sûr, parce que c’est la meilleure chasse en Amérique, pour ne pas dire au monde. Avec l’UNESCO, j’espère qu’on va voir le développement d’un tourisme scientifique. Et pas juste autour de la géologie, mais de l’archéologie, de la botanique, de l’ornithologie… C’est sûr qu’ici, on ne peut pas développer un tourisme de masse, on n’a pas les infrastructures pour ça, mais on peut offrir un tourisme de nature sauvage avec un potentiel hallucinant. Je pense que la création de la Société du patrimoine mondial Anticosti va donner un coup de pouce pour ça. C’est une chance superbe, une belle occasion d’ajouter une corde à l’arc d’Anticosti, le plus beau des laboratoires naturels. »

Nick Malouin, propriétaire d’Accommodation Malouin, quincaillerie et magasin général
« Pour l’instant, je ne vois pas vraiment d’augmentation significative de l’achalandage, mais on loue des bureaux à la Société du patrimoine mondial Anticosti, c’est déjà une retombée pour nous. Je vois surtout la nomination comme un levier pour aller chercher des subventions pour développer des logements sociaux, pour améliorer les transports, les services aux citoyens. Ce qu’on aimerait, c’est des familles qui viendraient s’installer. Ici, j’opère 4 à 5 mois à perte, de janvier à avril. On est quand même ouvert 7 jours à l’année parce que les besoins sont là pareil ! Ce que j’espère, c’est que ça amène du monde à l’année dans notre communauté.»

Éric Bresse, directeur des opérations Coopérative de consommation de l’île d’Anticosti
« Honnêtement, je pense que c’est surtout au niveau communautaire, relationnel, que ça a changé quelque chose. On fait la rencontre de gens extraordinaires. Pour la coop, c’est plus de monde, des partenariats. Ça permet de consolider des services comme notre service de traiteur par exemple. C’est certainement très positif pour l’avenir de l’île. »

John Pineault, ex-maire et ostréiculteur
« Ça commence à peine, mais je pense que la nomination situe Anticosti là où elle devrait être. L’avenir d’Anticosti, c’est la villégiature, la chasse, la pêche et ce sera toujours ça, mais on vient renforcer cette vocation. Être reconnu comme patrimoine mondial, c’est un peu comme si on te donnait un coffre d’outils. C’est aux gens qui sont là de bien s’en servir. Si les gens jouent bien leurs cartes, ça va permettre de faire de la place pour de nouveaux entrepreneurs en écotourisme, par exemple, pour attirer une clientèle touristique respectueuse de l’environnement. Ça va prendre du temps parce que le développement ne se fait pas en criant “ciseau”. Mais tu vois, j’ai commencé il y a 3 ans à faire des interprétations de l’ostréiculture et j’avais une sortie par semaine. Maintenant, j’en ai 3… Pour l’instant, le plus grand impact, c’est la zone tampon autour de l’île. On la protège contre du développement sauvage. À mon avis, il manque une unification entre la Société du patrimoine mondial Anticosti, la Sépaq, la pourvoirie du Lac Geneviève, la municipalité, et on espère que ça va venir. Il faut se donner les moyens d’être la hauteur de la nomination. »

Julianna Lapierre, 88 ans, résidente de l’île
« Pour l’instant, l’UNESCO, je te dirais que bien franchement ça ne change pas grand-chose. Mais ça commence ! Aujourd’hui, ce n’est pas le même Port-Menier qu’avant… Il y avait plus de monde, on allait aux danses, mais depuis 10 ans, ça a changé beaucoup. Tant mieux si l’UNESCO nous amène du monde, mais on a jamais 1 000 personnes par jour ! On n’aura jamais le monde qui va aux Îles de la Madeleine ! Et faut pas oublier qu’une personne qui vient se bâtir ici, ça coûte une fortune. »

Caroline Laflamme, employée chez Accommodation Malouin
« Je suis ici depuis 2009. Quand j’ai commencé ici, du tourisme, il n’y en avait pas beaucoup. Et il y a eu le phénomène du pétrole et on s’est battu comme on a pu. Il y a la chasse, mais ici, les clients de la Sépaq, on les voit vite fait quand ils rentrent et qu’ils sortent, s’ils ont le temps. Là, avec l’UNESCO, on sent que ça commence à bouger. L’UNESCO, ça a augmenté notre visibilité. Je ne suis pas dans les livres comptable, mais je pense qu’il y a peut-être un peu plus de monde au magasin… C’est intéressant que ça bouge. Je suis contente parce qu’il va y avoir une certaine protection des fossiles. Il y a tellement de belles choses qu’on peut voir ici. La nomination UNESCO, c’est une bonne chose, ça permet de développer autre chose que la chasse sur l’île. »
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