Parc de la Côte-de-Charlevoix: au-delà de l’acceptabilité, instiller la « désirabilité sociale »

Par Emelie Bernier 12:30 PM - 10 juillet 2025 Initiative de journalisme local
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L'équipe derrière la ronde de consultations présentement en cours sur le projet de parc de la Côte-de-Charlevoix.

Jusqu’à vendredi se déroulent des consultations publiques d’un genre nouveau sur le territoire du parc de la Côte-de-Charlevoix projeté par le ministère de l’Environnement. Celles-ci s’inscrivent dans la consultation ethnographique menée par la firme Humain Humain, une première dans le cadre d’un projet de parc québécois.

Il s’en est fallu de peu que cette première soit… une seconde, mais quand le ministère de l’Environnement a contacté l’anthropologue Méralie Murray-Hall pour que sa firme vienne en support aux démarches de création du parc des Dunes de Tadoussac, elle lui a servi un non poli.

« On m’appelle souvent dans des situations de crise, ce qui a été le cas avec le ministère à ce moment-là. Ils ont vécu une situation conflictuelle avec le parc national des dunes de Tadoussac et c’est dans ce cadre-là que, dans le BAPE, des résidents ont nommé le fait qu’ils voulaient un portrait social, une démarche ethnographique… »

Trop peu trop tard. « On a refusé parce qu’on travaille juste avec les projets en amont. Si le dialogue n’est pas ouvert en amont du projet, on ne peut pas créer le socle de confiance. On est plus dans une optique de désirabilité sociale plus qu’acceptabilité sociale parce qu’on cherche à créer de l’enthousiasme et de la prise de pouvoir des communautés autour des projets », résume Méralie Murray-Hall.

Le cas du parc de la Côte-de-Charlevoix

Le ministère n’a pas fait la même erreur deux fois et Humain Humain a été sollicité très tôt dans les démarches entourant la création du parc de la Côte-de-Charlevoix.

« Quand on est arrivé, il n’y avait aucun concept d’aménagement mis en place, on avait les conditions pour travailler sur le terrain pour ce mandat », indique l’anthropologue.

Méralie Murray-Hall.

Depuis février, cette dernière est dans Charlevoix une à deux semaines par mois. Elle a déjà mené entre 50 et 60 longs entretiens avec des résidents et utilisateurs des secteurs visés par le futur parc : citoyens, élus, entrepreneurs, chasseurs… Des adolescents se sont même prêtés au jeu.

« Je rencontre les gens chez eux, dans leur milieu. On a de longues conversations sur leur relation au territoire, sur leur réalité économique, sociale, sur qu’est ce qui fait que ce projet fait peur ou donne de l’espoir… On est sur le terrain pour aller investiguer : c’est quoi les peurs, elles s’enracinent dans quoi ? »

Les origines des appréhensions peuvent être variées. « Est-ce qu’ils ont vécu une mauvaise expérience avec un certain gouvernement ? Est-ce que c’est lié à une mauvaise compréhension du type de projet ? Est-ce que ça vient plutôt d’une dynamique complètement indépendante comme des chicanes de famille, des tensions interparoissiales ? »

Méralie Murray-Hall et Maude Ouellet lors de la consultation à Saint-Siméon le 9 juillet.

Dans le cas de Baie-des-Rochers, les craintes sont principalement liées à une certaine perte d’indépendance et de quiétude, a réalisé l’anthropologue au fil de ses rencontres.

Pour mener à bien son travail, Mme Murray-Hall s’est adjoint les services de la firme Arpent dont l’équipe organise la présente ronde de consultations sur le terrain. Maude Ouellet, d’Arpent, explique brièvement le concept.

«On collabore beaucoup avec Méralie avec toutes sortes de mandat et on trouvait que ce projet-là se prêtait vraiment bien à des consultations dans un cadre un peu plus formel question d’avoir des données quantitatives pour aller avec les données qualitatives recueillies par Méralie», explique Mme Ouellet.

Présentée sous forme de stations, la consultation est conviviale et ouverte à tous. «C’est une formule libre. On a des stations qu’on peut visiter dans n’importe quel ordre. On présente le contexte du parc, les plans du ministère. On renseigne sur comment les étapes, où on en est, les objectifs du parc, les retombées envisagées, ce qu’on peut faire ou pas dans un parc… On a une station «attachement et symbolique», où on explore les toponymes locaux, comment les gens aimeraient qu’on retrouve ces éléments identitaires dans le parc… Le but du parc n’est pas de faire table rase sur le territoire, mais que les gens puissent s’y reconnaître…», énumère Mme Ouellet.

Une station est également dédiée aux réactions aux idées d’aménagement. «Ils ont créé deux secteurs qui entourent le quai et le chemin de la Mer, ce qui permet de conserver la quiétude dans le noyau de Baie-des-Rochers. Les sentiers ne seront pas dans le parc et pour les questions d’entretien, ils ont préféré ne pas prévoir d’aménagement du tout», selon Maude Ouellet. (voir autre texte)

Un même objectif lie les approches d’Arpent et de Humain Humain, soit « aller chercher de la compréhension, de créer un dialogue et de mettre en place les conditions pour que le dialogue se fasse en confiance et que les gens dévoilent leurs besoins fondamentaux », résume Mme Murray-Hall.

Après la consultation de Saint-Siméon qui a eu lieu le mercredi 9 juillet, deux autres rencontres sont prévues de 18 h à 20 h 30 à Baie-Saint-Catherine (10 juillet : devant l’édifice Albert-Boulianne) et à Baie-des-Rochers (11 juillet, quai de Baie-des-Rochers).

En cas de pluie, rendez-vous au centre des loisirs des municipalités respectives

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