
Dans Charlevoix, les villages ont chacun leur accent, leur paysage, leur mémoire. Certains vivaient de la forêt, d’autres de l’agriculture ou de la villégiature. Mais pour les communautés établies en bordure du fleuve Saint-Laurent, c’est la navigation qui a façonné le quotidien, et forgé les liens avec les grands centres comme Québec pour le transport des vivres, matériaux, et produits forestiers. Le fleuve est l’artère vitale — et pour le naviguer, il fallait des marins. Et avant même les marins, il fallait des bâtisseurs.
Par Hubert Desgagnés, collaboration spéciale
Des noms, des goélettes, une tradition
Petite-Rivière-Saint-François a vu naître ses lignées de navigateurs. On y retrouve les Bouchard, les Lavoie, les Côté — des noms qui flottent encore dans la mémoire collective. Mais au-delà des familles, ce sont surtout les noms de bateaux qui résonnent : Notre-Dame-des-Neiges, Père-Toussaint, Jean-Eudes, Marie-Renée, Sainte-Berthe, E.A.B., Étendard, Alida, L’Étoile de la Mer, Saint-Hilaire, Jean-Yvan… et bien sûr, la majestueuse Conrad-Marie, la plus grande goélette du comté.
Bâtisseurs avant tout

Sous la supervision des charpentiers de marine, les hommes de Petite-Rivière ont appris à scier, raboter, border, courber le bois à la vapeur, assembler chaque pièce avec patience et savoir-faire. Le bois était sélectionné avec soin dans les forêts voisines. Des noms reviennent : Paul (Léon) Lavoie et son fils Philippe, Michel Tremblay, Germain-Louis Boily, François et Lionel Bouchard… Tous ont mis la main à l’ouvrage.


Avant le quai : le défi du rivage
Jusqu’en 1927, Petite-Rivière ne possédait pas de quai. Les capitaines devaient mouiller l’ancre aussi près que possible de la rive, puis attendre la marée basse pour charger ou décharger leur cargaison. Avec le temps, et surtout l’augmentation du nombre de goélettes, un véritable quai fut enfin construit. Il sera même prolongé dans les années 1950, signe de l’intensité des échanges.
Une cale sèche née du besoin

Quand l’hiver se faisait sentir, les goélettes étaient hivernées directement sur la grève. Une solution de fortune, mais risquée : les tempêtes et les marées imprévisibles causaient souvent des dommages importants.
Si un chantier maritime comme celui de Saint-Joseph-de-la-Rive offrait une installation de radoub pratique et sécuritaire, à Petite-Rivière-Saint-François, les capitaines ont jugé qu’une cale sèche pouvait mieux répondre à leurs besoins. Située près du site de Maillard, elle vit le jour au début des années 1940, en lien direct avec la présence d’une scierie locale. C’était une réponse simple, efficace, adaptée à l’esprit indépendant des marins de la paroisse.
Du bois à l’acier : l’audace des capitaines
Certains marins de Petite-Rivière ont osé le virage vers les caboteurs en acier, une transition risquée à l’époque. Le capitaine Euclide Bouchard a baptisé ses navires du nom de ses enfants, chacun se terminant par Marie. D’autres membres des familles Bouchard et Lavoie ont possédé des navires tels que Nelson B, Saint-Laurent, La Marjolaine et le De Lavoye, marquant durablement le paysage maritime québécois.
Une tradition charlevoisienne

Entre 1782 et 1959, pas moins de 577 bateaux de bois ont été construits dans Charlevoix. Parmi eux, 64 ont été mis à l’eau à Petite-Rivière-Saint-François et inscrits au Registre des navires. C’est aussi dans ce village que prirent forme les trois dernières goélettes du comté : Marie-Renée (1957), Jean-Yvan (1958) et Jean-Richard (1959). Cette dernière, ultime goélette classique à fond plat construite sur le Saint-Laurent, incarne à elle seule la fin d’une époque. Son lancement, au printemps 1959, fut capté avec sensibilité par l’œil du cinéaste Pierre Perrault, qui en fit un témoignage précieux de cette époque révolue.
Petite-Rivière-Saint-François n’est pas qu’un village blotti entre montagne et fleuve : c’est un port d’attache pour la mémoire maritime du Québec. Et dans le ressac des vagues, les noms de ses bateaux flottent encore, portés par le vent du large.
Biographie de l’auteur
Fils de marin, Hubert Desgagnés, aujourd’hui retraité de la Garde côtière canadienne, n’a jamais cessé ses activités liées au monde maritime. Il est notamment devenu conseiller scientifique pour le Musée maritime de Charlevoix et administre une page Facebook dédiée aux caboteurs du Saint-Laurent. Son intérêt pour l’histoire maritime du fleuve est indéniable.
Horizon
Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.
Sans oublier pour la garde-côtière, le capitaine Paul-Toussaint Bouchard de Petite-Rivière-Saint-François qui s’est mérité une médaille du gouvernement fédéral pour avoir sauvé 2 vies en mer.
Cet article me rend fière d’être d’être née à Petite-Rivière….Merci. Il serait bon de relever la grandeur et noblesse des marins…Mon oncle le capitaine Simon Bouchard a été le premier francophone à décrocher le titre de capitaine au long cours Il a conduit des convois à Outre mer 1939-1945, …et tous ces marins de la paroisse qui se sont qualifiés pour répondre aux nouveaux défis de la navigation fluviale. Ne perdons pas l’histoire! Agnes Bouchard
Ne pas oublier la goélette le Saint-François
dont le capitaine Stanislas Lavoie
Je cherche un site pour le chantier naval MF ?
Il serait intéressant de savoir si la région veux encore faire de la construction navale ?
Faites moi signe 🤔