Des tortues luths dans les eaux de la Côte-Nord : pas si surprenant

Par Emelie Bernier 6:00 AM - 18 septembre 2022
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Photo Istock

La tortue luth peut peser plusieurs centaines de kilogrammes. Le poids de celle aperçue au large de Sept-Iles par Larry Mercier est estimé à 450 kg.

Des chercheurs et des plaisanciers ont observé des tortues luths et des poissons-lunes cet été dans les eaux de la Côte-Nord, dans les secteurs de Sept-Iles et des Iles Mingan. La présence de ces animaux peut sembler étonnante, mais n’est pourtant pas inusitée selon les spécialistes.

« On en a déjà observés, mais pas depuis quelques années. Pour notre part, ça fait trois tortues luths que nous voyons cet été, en plus de quelques mola mola (poissons-lunes) », indique Richard Sears, directeur fondateur de la Station de Recherche des Iles Mingan (MICS). Les méduses, davantage présentes « en surface » pourraient être en cause, puisque les deux espèces, tant les poissons-lunes que les tortues luths, en sont friandes, précise M. Sears.

Le poisson-lune ou mola mola peut mesurer jusqu’à deux mètres et peser près de 1000 kilogrammes.

Les baleines ont été pour leur part moins présentes dans les eaux du golfe, du fleuve et de l’estuaire en 2022, tout comme en 2021, après quelques années fastes. «Il n’y a  presque pas d’animaux, pour le moment. Normalement, d’août à novembre, on dénombre de 20 à 60 rorquals communs dans le coin de Puyjalon, devant les Îles Mingan jusqu’à la pointe ouest.  L’an dernier, on en a vu 10 ou moins sauf une journée où on en a observé une vingtaine. Cette année, on en a observé 5 et moins», résume le chercheur. Les « bleues » se sont aussi faites discrètes.  

L’automne pourrait cependant ramener les mammifères marins dans le secteur, mais le chercheur confie n’avoir jamais observé si peu d’animaux en 44 ans sur les eaux du fleuve et du golfe. «Peut-être qu’il y aura plein d’animaux en octobre, mais depuis deux ans,  on en observe moins et leurs comportements changent. Ils bougent très vite, ne font que passer et n’ont pas l’air de trouver ce qu’ils cherchent, que ce soit les rorquals communs, les rorquals à bosse ou les bleus. C’est comme quelqu’un qui cherche un restaurant et qui ne trouve pas… C’est un peu préoccupant, mais un échantillon sur plusieurs années pourra confirmer la tendance et permettre de faire un constat», dit-il.

Des perturbations de la chaîne alimentaire pourraient être en cause, mais l’expert n’exclut pas non plus des effets liés aux changements climatiques. « Par contre, ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas qu’elles ne sont pas ailleurs et bien portantes. Les années à venir vont nous le dire», ajoute M. Sears.

Les requins de plus en plus présents

Une autre espèce semble se plaire dans les eaux du golfe et pourrait y prendre ses aises de plus en plus. «Par exemple, un requin blanc se balade enter la Gaspésie et les îles (de la Madeleine). Depuis longtemps, on voit des espèces de requins dans le golfe qu’on n’observait pas autant avant, en surface,  mais avec l’augmentation de la population de phoques gris, ça ne va pas m’étonner de voir cette espèce remonter vers la Côte-Nord», conclut M. Sears.

Au moins un phoque gris présentant des traces de morsures de requin a pu être observé cet été.

Pour voir la vidéo de tortue luth prise le 10 septembre par Larry Mercier au large de l’Ile du Corossol à Sept-Iles, c’est ici et pour visionner celle de l’impressionnant « mola mola » ou poisson-lune, c’est ici.

Les vidéos sont une courtoisie de Larry Mercier.

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