Un commandeur qui montre ses galons

Par Michel Paul Côté 7:00 AM - 08 mai 2022
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Photo 1: Doris Martel nous offre ce carouge observé en début avril à Clermont. Photo 2: Un oisillon carouge à épaulettes. Les petits et la femelle sont semblables. La couleur de leur plumage facilite le camouflage au milieu des quenouilles des milieux humides.

L’arrivée du printemps est officielle lorsqu’on observe des oiseaux chanteurs noirs, arborant fièrement à l’épaule des galons oranges, s’activant dans nos champs encore un peu enneigés. Le domaine des carouges à épaulettes est bruyamment revendiqué au sommet d’un piquet de clôture, d’où ils surveillent les alentours et protègent leur nouveau territoire.

Ils n’hésitent pas à montrer leurs épaules orangées lorsqu’ils font entendre leur trille aiguë caractéristique. Cette démonstration de son et de couleur a pour objectif d’attirer une femelle et de montrer leur supériorité aux autres mâles.
Le surnom de commandeur remonte au 18e siècle alors qu’on nommait le carouge à épaulettes le carouge commandeur.

Vers le milieu du siècle dernier, Claude Mélançon l’appelait simplement le commandeur dans populaire son livre «Charmants voisins». Le nom est toutefois tombé dans l’oubli depuis.


Le carouge mâle est noir, incluant le bec et les pattes. Il arrive au Québec avant la femelle. De taille moyenne, les épaulettes orangées sont soulignées d’une bande jaune. Parfois, selon la façon dont il est perché, on ne voit que la bande jaune.


La femelle est beaucoup plus discrète au niveau de son apparence. Brune, striée de couleurs chamois, elle se confond complètement avec son milieu de nidification. On la confond parfois avec un gros bruant.


Elle privilégie les milieux humides, au milieu des quenouilles. Ce type de lieu de nidification lui procure une excellente protection contre les nombreux prédateurs qui menacent les œufs, puis les petits. Couleuvres, ratons laveurs, visons, autres oiseaux, le danger est omniprésent.


C’est toutefois un oiseau bagarreur qui défend vigoureusement son territoire.
Il est fréquent de voir le carouge s’attaquer à la corneille, au corbeau, et même au héron si ce dernier s’approche de trop près du nid.


La même réception est réservée à l’observateur qui s’approche trop du nid.


Le commandeur vous survole avec vigueur, simulant l’attaque de votre casquette par des piqués dignes des grands pilotes de guerre. Mieux vaut s’éloigner.


L’espèce est polygyne. Cela signifie que le mâle pourra s’accoupler avec plusieurs femelles pendant la saison de reproduction. Il est fréquent que 15 femelles établissent leur nid sur le territoire d’un seul mâle. Des prélèvements d’ADN ont toutefois démontré que les petits ne sont pas tous issus du même mâle. À chacun son mode de vie…


La femelle peut élever trois nichées au cours de la même saison. Les petits sont généralement au nombre de quatre. Les petits œufs bleutés sont couvés 12 jours, et les petits demeurent au nid environ 11 jours.


Le carouge est omnivore. Il mange de tout. Grains, insectes grands et petits (libellules, demoiselles, papillons, diptères), fruits, petits mammifères et batraciens, mêmes carcasses d’animaux morts.


Cela explique sa présence un peu partout en Amérique du Nord. Il sait s’adapter, même s’il privilégie les milieux humides.


À l’automne, les grands rassemblements migratoires de carouges se déplacent souvent dans les champs afin de se nourrir des céréales laissées au sol suite aux récoltes.


Le même phénomène se produit au printemps, mais ce sont alors les semences qui sont au menu. Inutile de mentionner que les agriculteurs des prairies n’apprécient pas beaucoup le passage de dizaines de milliers de carouges et d’étourneaux quelques jours après avoir ensemencé leurs champs.


La femelle nous quitte généralement vers le milieu du mois d’août, et le mâle quitte quelques semaines plus tard. Il ne demeure presque jamais au Québec pendant la saison froide, mais on l’aperçoit parfois dans le sud de l’Ontario et de la Colombie-Britannique l’hiver. Le sud des États-Unis et le Mexique accueillent la grande majorité de ces migrateurs.


Très jeune, j’étais déjà fasciné par cet oiseau. Il m’accompagnait lors de mes randonnées quotidiennes dans les champs et pâturages qui entouraient le chalet où nous passions nos vacances d’été. Un compagnon toujours fidèle, coloré, bruyant.
C’est avec un certain plaisir nostalgique que je le retrouve chaque été.


Nouvelles ornithologiques


La SHEC tiendra son assemblée générale annuelle le 15 mai, à 10 heures, au Camp Le Manoir des Éboulements. L’AGA sera suivie d’un brunch et d’une conférence sur les oiseaux de Charlevoix. On peut trouver tous les détails en consultant le site WEB du club au shecharlevoix.com.

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