Voyage au coeur des « années hippies » au Musée de Charlevoix

Par Emelie Bernier 9:43 AM - 06 mai 2022
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La commissaire Lucie Couillard dans le petit salon qui rappelle l’influence de l’Inde sur la culture hippie.

Plusieurs auront l’impression de faire un voyage dans le temps en visitant l’exposition Les années hippies au Musée de Charlevoix. Entre les photos noir et blanc, les impressions musicales, les pièces d’art directement pigées dans le bain de la contreculture et les pièces d’artisanat, le visiteur est plongé au coeur des années 1970.

Des oeuvres de l’artiste André Dufour. Ce dernier créait tantôt des oeuvres paysagistes « alimentaires » et tantôt ces dessins ancrés dans la contre culture de l’époque, explique l’historien Serge Gauthier.

L’exposition  a été divisée en quelques sections et fait une place au multimédia à l’aide de quelques procédés technologiques novateurs. On y explore divers aspects des années dites hippies. « On est parti d’une recherche rigoureuse pour essayer de comprendre en quoi le mouvement hippie en général se distinguait du mouvement hippie dans Charlevoix. Quelle est la personnalité de cette région-là, comment ça s’est exprimé à travers des valeurs qui sont restées? », explique Lucie Couillard, commissaire. La revue de la Société d’histoire sur Les années hippies explorent en profondeur ces mêmes thématiques et a servi de matière première pour l’élaboration de l’exposition.

Le vernissage de l’exposition Les années hippies s’est conclu par un récital de sitar par Guy Bernier accompagné aux tablas par Simon Beauséjour.
Lucie Couillard, « l’expert hippie » Charles Roberge, Serge Gauthier et Christian Harvey de la Société d’histoire de Charlevoix, Sylvain Gendreau, directeur du musée, et Marie-Christine Dufour, présidente du c.a. du musée.

L’héritage de cette époque à la fois faste et frugale est mis en évidence. «On voulait voir le legs, comment 50 ans plus tard, ce qui a été semé dans la région est resté. Il y avait des évidences, des éléments qui semblaient récurrents. Pour Charlevoix, c’est tellement lié au retour à la terre que c’était incontournable d’en parler. Il y a des gens qui étaient de passage, qui venaient sur le pouce avec des amis, à Baie-Saint-Paul, au Balcon vert, où passer l’été dans l’arrière-pays en camping…Ça, c’est un mouvement, mais une centaine d’individus sont venus s’installer dans la région pour réinventer la façon de vivre, pour être indépendant, c’était des entrepreneurs, des gens débrouillards qui ne voulaient pas dépendre d’un employeur, du gouvernement. Dans cette centaine de personne, il y en a qui sont devenus des leaders, des entrepreneurs qui se démarquent sur la planète et qu’on n’a même pas besoin de nommer », poursuit Mme Couillard. La référence à Guy Laliberté,  cofondateur du Cirque du Soleil, va de soi.  

Charles Roberge a rappelé quelques souvenirs d’une époque qui a profondément changé le visage de Charlevoix notamment la construction de sa maison ronde dans le « rang des Colons » à Saint-Aimé-des-Lacs.

« Oui, il y avait les précurseurs du Cirque du Soleil avec la Fête foraine, par exemple, mais en parallèle, des familles. Les communes étaient très marginales. Il y a eu quelques tentatives, mais le polyamour n’a pas vraiment marché quand la jalousie s’est installée », rigole Lucie Couillard. La sphère d’influence du mouvement hippie est plus vaste qu’on le pense. La culture québécoise en porte encore les traces.

«La Fanfare fuckée des Éboulements, en 1972, 1973, était un groupe de théâtre qui a fait de l’impro, du théâtre sous influence, ils ont marqué de façon déterminante l’avenir de la scène au Québec… », affirme la commissaire. Le Festif! a d’ailleurs droit de cité dans cette exposition où il est présenté comme un des héritiers de cette vague contreculturelle.

Le lien avec la vocation du Musée est facile à faire, estime-t-elle. « Il y avait tout un côté nationaliste à ça et un côté pionnier avec le fait main, l’artisanat. Ça nous intéressait car c’est la vocation de notre musée. Les familles fabriquaient leurs objets, leurs maisons à partir de matériaux et de bâtiments récupérés. C’était très significatif, un retour à la base. On disait d’eux qu’ils avaient choisi la misère, mais c’était une misère assumée!  Ils s’entraidaient, allaient couper leur bois, faisaient pousser leurs légumes, faisaient leurs conserves… et ce mouvement revient en force aujourd’hui. »

L’exposition est présentée jusqu’au 18 juillet.

Une petit salon « psychédélique » permet de se plonger dans l’ambiance musicale de l’époque.
Des clins d’oeil ludiques au cannabis, qui était d’usage courant chez les hippies, ponctuent l’exposition.
Le vernissage a fait courir les foules.
Serge Gauthier devant une oeuvre rarement exposée de l’artiste Jean Gauguet-Larouche.

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