Exposition et revue d’histoire sur Les années hippies dans Charlevoix: le grand renouvellement

Par Emelie Bernier 2:01 PM - 05 mai 2022
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Le visuel de l’exposition et de la revue d’histoire sur les années hippies de Charlevoix est une oeuvre de Guy Paquet.

Dans les années 1960, Charlevoix est l’ombre d’elle-même. Tourisme au point mort, foresterie et agriculture en déclin, rangs désertés, exode des jeunes… Rien de moins qu’une «tempête parfaite », selon l’historien Serge Gauthier.  L’arrivée, au début des années 1970, d’une centaine de jeunes allumés associés au courant hippie, oppose une toute nouvelle énergie à la déliquescence ambiante.

 « Ce mouvement a régénéré une grande part de Charlevoix. La plupart des choses qui identifient la région aujourd’hui découlent de ce mouvement-là! » , affirme sans ambages Serge Gauthier. Il emploie même les mots « grand renouvellement » pour parler de cette page de l’histoire qui est dévoilée dans la toute dernière édition de la revue d’histoire de Charlevoix et, concomitamment, dans une exposition au Musée de Charlevoix. Le vernissage a lieu ce jeudi 5 mai au Musée de Charlevoix et toute la population y est conviée.

Collection Société d’histoire de Charlevoix.

« Le mouvement hippie a eu sa période de gloire dans les années 1960, avec Woodstock et tout ça.  C’était un mouvement d’abord américain. Dans Charlevoix, ceux qu’on a appelés les hippies, c’était plutôt des adeptes du retour à la terre, des gens de milieux aisés, urbains, scolarisés, qui sont arrivés dans la région vers 1972, 1973. Ce sont des gens qui s’impliquent alors fortement et qui ouvrent une page nouvelle de l’histoire de Charlevoix », explique l’historien.

Plus de 25 personnes ont témoigné pour nourrir la recherche de M. Gauthier et de son homologue Christian Harvey. «Il faut se rappeler que les années 1960, dans Charlevoix, c’est la catastrophe. Les terres fermes, les jeunes quittent vers la ville, le Manoir Richelieu fait faillite, il n’y a plus d’arbres à couper. Puis ces jeunes arrivent, scolarisés, qui veulent cultiver. Ils s’installent dans les rangs… Ils ont sauvé les rangs! Ils ont pris des maisons anciennes, les ont rebâties », renchérit M. Gauthier.

Charles Roberge. Collection Société d’histoire de Charlevoix

Il cite en exemple l’agriculteur Marc Bérubé, qui a fait de la Ferme des Monts du Ruisseau-des-Frênes un précurseur en agriculture biologique. «Ils bâtissaient leurs maisons en faisant des corvées, cultivaient avec des chevaux… Ils refusaient les méthodes modernes.  L’artisane Anne-Marie Hamel appelle ça « une misère choisie » », ajoute l’historien. « Si on a une agriculture renouvelée, c’est grâce à ces hippies-là.  Quand Charles Roberge a commencé à parler de tourisme écologique, de faire un parc dans les Hautes-Gorges,  le syndicat de la Donohue est venu le menacer dans une réunion… On est parti de quelque chose qui agressait les gens de Charlevoix et aujourd’hui, les Hautes-Gorges sont un fleuron. Ces gens-là ont influencé tous les domaines », illustre l’historien.

Les « B.S. » du Cirque du Soleil

L’ouest de la région n’était pas en reste. Le Mouton Noir et l’Auberge de jeunesse Le Balcon Vert sont toujours associés à la naissance de la fête foraine, devenue quelques années plus tard le Cirque du Soleil. Si un épisode témoigne du choc des idées et de la résistance qu’ont rencontrée les  « hippies » dans leur nouveau milieu, c’est bien celui-là. « C’est le cas extrême, la fête foraine. Ils sont arrivés au conseil de ville de Baie-Saint-Paul pour demander 25 000$. On leur a refusé. « On ne veut pas de BS dans la région », ont-ils dit à Guy Laliberté. On s’est pas mal trompé, là, mais c’était comme ça en général. Quand on portait une barbe… », rappelle celui qui, sans se définir comme hippie, a vécu le même genre d’affront.

Les Échassiers de la Baie. Collection Société d’histoire de Charlevoix

Petit à petit, à force d’apprivoisement,  ceux qu’on identifiait comme hippie sont devenus des gens de la région, relate-t-il.

On estime qu’entre 100 et 125 « hippies » ont convergé vers Charlevoix dans les années 1970. La plupart sont septuagénaires. Si certains ont quitté la région, nombreux sont ceux qui en sont devenus des citoyens à part entière et ont contribué à faire de Charlevoix la région qu’elle est aujourd’hui.  « Ils ont amené plein de transformation et une chance, parce que la région a trouvé de nouvelles pistes de développement grâce à ceux », affirme l’historien.

La réalisation de la revue d’histoire consacrée au mouvement hippie dans Charlevoix aura pris trois ans de travail. Serge Gauthier est d’autant plus heureux d’en faire le lancement officiel au vernissage de l’exposition du Musée de Charlevoix sur le même thème. « C’est un grand jour. Nous avions le projet de revue et nous avons proposé au Musée de faire une exposition. À partir de là, on a travaillé ensemble. Les personnes interrogées ont fourni des pièces, des photographies, c’est très riche! », conclut l’historien.

La revue d’histoire est en vente au Musée de Charlevoix, à la Librairie Baie-Saint-Paul, à Tou et cie à La Malbaie et auprès de la Société d’histoire de Charlevoix. L’exposition Les années hippies jusqu’au 16 juillet.

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