Chronique : Le garrot d’Islande, ce survivant qui aime Charlevoix

Par Michel Paul Côté 12:37 PM - 06 novembre 2021
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Charlevoix est choyée, chaque automne, par l’arrivée d’un oiseau spécial, un batailleur, un survivant : le garrot d’Islande. Il demeurera avec nous tout l’hiver, et est facile à observer.

Il s’agit d’une espèce probablement en diminution, sûrement en péril, avec tout juste 6500 individus au Québec. Le reste de la population du garrot se situe en Colombie-Britannique et en Alaska (160 000), et en Islande (2000). Sa survie à l’Est de l’Amérique du Nord est en jeu, car son habitat est sérieusement menacé.


Il est beau, de la taille d’un canard moyen, le mâle ayant un dos noir et un dessous blanc, une tête presque noire avec un front avancé (contrairement à son cousin le garrot à œil d’or qui a un front fuyant), et un croissant blanc bien visible et caractéristique entre l’œil et le bec.


La femelle niche l’été sur les hauts plateaux de la Basse- Côte-Nord, à 500 mètres d’altitude, sur le bord de lacs «morts», c’est-à-dire qui ne comptent pas de poissons dans leurs eaux, ce qui élimine une bonne partie de la compétition pour la nourriture recherchée. Ce territoire se nomme le «muskeg».


On compte probablement quelques couples nicheurs dans l’arrière-pays de Charlevoix, sur nos lacs de tête, au haut des montagnes. Ce sont des oiseaux cavicoles, qui nichent dans les cavités de gros arbres morts. Ils se nourrissent de crustacés et insectes, beaucoup plus abondants lorsque les poissons sont absents des lacs.

Photo Michel Paul Côté


Jadis ils étaient très nombreux, mais certaines pratiques de l’homme ont grandement affecté son habitat.
L’exploitation forestière dans des régions plus reculées a affecté le garrot d’Islande de deux façons. Les arbres qui servent de nichoirs disparaissent et l’ouverture de chemins forestiers permet de rejoindre des lacs jadis non exploités par les pêcheurs. L’ensemencement généralisé de ces lacs modifie leur habitat et rend leur survie plus ardue.


Il y a quelques années, plusieurs associations se sont intéressées à cet oiseau et ont tenté de lui donner un coup de main. L’installation de nichoirs artificiels s’est avérée assez fructueuse. Mais ça prend de la détermination et beaucoup de lotion antimoustique pour aller installer de tels nichoirs dans des secteurs éloignés. Merci aux bénévoles, aux différentes fondations et associations, et aux populations autochtones pour tous les efforts déployés. Il faut également signaler l’immense travail effectué par André et France Dion qui ont travaillé pendant des décennies à faire en sorte que le merlebleu et le garrot d’Islande puissent effectuer un retour en force sur le territoire du Québec.


L’hiver est la saison de la grande séduction pour cet oiseau. Nous sommes les témoins choyés de ces rituels amoureux qui se déroulent souvent à quelques dizaines de mètres de la rive du Saint-Laurent.


Avec le retour du beau temps, les femelles retournent au «muskeg» pour y nicher et élever les petits, seules. Les mâles, la grande séduction terminée, se dirigent, entre gars, vers le Grand Nord, l’arctique, la Baie-James. Il semble que leur travail, somme toute assez limité, soit accompli…


La femelle, aussitôt les œufs éclos, dirige les petits vers le lac et les accompagne jusqu’à ce qu’ils soient autonomes. Elle ira ensuite rejoindre les mâles dans le Grand Nord pour y passer une partie de l’automne.
Assez tard l’automne, ils arrivent tous chez nous, en grand nombre. Pas ailleurs au Québec, mais bien chez nous.
Les jeunes reconnaissent-ils papa? J’en doute…


Ces oiseaux passent l’hiver dans Charlevoix et dans certaines baies de la Côte-Nord qui ne gèlent pas.
Les nombreux espaces sans glace, grâce aux courants et aux mouvements de marées, de Baie-Sainte-Catherine à Cap-aux-Oies, accueillent ces oiseaux en nombre appréciable, quelques fois même jusqu’à Baie Saint-Paul. On peut généralement observer des regroupements importants à Saint-Siméon, Pointe-au-Pic et Saint-Irénée.
La paire de jumelles permet de pénétrer dans leur intimité et d’observer leur vie hivernale au quotidien.
Combien de temps ce survivant parviendra-t-il à demeurer au Québec ?


On l’ignore, on espère que le retour sera durable, on le protège, mais pour l’instant ils arrivent chez nous graduellement et n’attendent que votre visite…

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