Dossier Sécheresse : les années de «vache maigre» s’accumulent

Par Karine Dufour-Cauchon 6:30 AM - 01 septembre 2021
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Dominic Gaudreault, propriétaire de la Ferme Nor-Dik aux Éboulements. Courtoisie

DOSSIER SÉCHERESSE : Le mois d’août 2021 est l’un des plus secs qu’a connu la région depuis que les statistiques sont comptabilisées. Champs bousillés, puits municipaux à des niveaux inquiétants, restrictions sur les plans d’eau: Charlevoix vit un aperçu de ce que l’avenir réserve à la planète. Aucun doute possible: les changements climatiques sont là.

Particulièrement marquée cette année, la sécheresse n’est toutefois pas l’apanage de 2021. Les agriculteurs de Charlevoix la subissent de plein fouet depuis cinq ans. Et il semble qu’il faudra apprendre à vivre avec.

Par Émelie Bernier

Dominic Gaudreault, propriétaire de la Ferme Nor-Dik aux Éboulements, doit louer des terres pour cultiver son foin, car ses propres champs ne suffisent plus comme avant à nourrir son troupeau de vaches de boucherie.

«Parce que les rendements sont moins bons, je loue toutes les terres qui se présentent dans un rayon de 15 kilomètres autour de la ferme, soit environ 50 hectares depuis 2019», explique-t-il. Il est malgré cela dans l’obligation d’acheter du foin depuis 2018 pour combler les besoins de ses animaux. Cet été, sa 2e coupe sera famélique. «J’aurai 50 ballots au lieu de 600 ou 650…»

Le prix du foin varie d’une année à l’autre, mais creuse invariablement un trou dans son budget d’opération.

«Cette année, ça semble moins pire parce que le centre du Québec a été moins touché par la sécheresse, mais quand tu dois sortir, 50000$ ou 60000$ pour le foin, c’est difficile», indique-t-il.

L’année 2018 a été particulièrement pénible. «C’était la première grosse sécheresse et c’était généralisé. Il manquait de foin partout et les prix ont explosé, mais depuis, les gens ont fait moins de grain et plus de foin, le marché du foin a repris de la vigueur.» Mais le coût des grains augmente lui aussi.

La sécheresse a également un impact sur la qualité des pâturages. «Certains sont complètement cuits! Je ne déplacerai pas mes animaux là pour rien. Je vais les laisser proches et les nourrir. On en est déjà à passer 7 à 10 balles par jour, comme en hiver.»

L’approvisionnement en eau n’est pas un problème pour l’instant, mais difficile de mesurer l’impact de la sécheresse sur les puits artésiens à long terme. «Des agriculteurs du secteur doivent charrier de l’eau pour leurs animaux. Ce n’est pas mon cas, mais pour combien de temps?»

Au manque de précipitations estivales s’ajoutent des automnes et des printemps secs. «Il ne pleut pas beaucoup l’automne et on a de plus en plus des printemps secs. Auparavant, on a déjà eu des petites sécheresses, mais la terre était gorgée d’eau! Ce n’est plus le cas.»

Devant cette situation qui perdure, les agriculteurs s’adaptent. «Les animaux, c’est fait fort. Je m’en suis aperçu depuis 4 ans et ça m’a permis de travailler sur la génétique de mon troupeau. On n’a pas le choix de garder les meilleurs spécimens, parce que l’animal de moindre qualité qui vit une sécheresse va coûter plus cher, ne pas donner de veau l’année suivante… Il faut voir venir, travailler différemment pour ne pas être pris de court», conclut-il.

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