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Route 389: la Station Uapishka, le paradis du dépassement de soi

Par Sylvain Turcotte 11:54 AM - 04 août 2021
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Ah, cette route des vacances! C’est l’occasion d’explorer, c’est la possibilité d’essayer, de sortir de nos pantoufles habituelles. C’est vraiment le cas de le dire avec l’expédition que je vais vous raconter. 

Sur la Côte-Nord, il y a la 138, mais il y a aussi la 389. C’est la route vers le nord, la plus longue route secondaire au Québec et la seule de la province qui permet de traverser le 51e parallèle. 

Des vues imprenables, tant au long du parcours qu’au sommet où on voit toute l’immensité du secteur des monts Groulx et de ce qui l’entoure.

À partir de Baie-Comeau, vous croiserez plusieurs des barrages hydro-électriques de la Manicouagan, particulièrement le monstre de Manic-5. Vous pouvez aussi passer devant le feu village de Gagnon et ce qu’il en reste. 

L’aboutissement de la 389, c’est Fermont et son mur, mais pour moi, mon arrêt était bien avant, au km 336, à la Station Uapishka, où j’allais sortir totalement de ma zone de confort. 

La Station Uapishka, c’est la réserve mondiale de la biosphère Manicouagan-Uapishka. C’est l’écotourisme, aussi un endroit de villégiature pour les pêcheurs, mais c’est surtout un immense terrain de jeux pour la randonnée. C’est tout récent, quelque deux ans, que ce territoire est prisé pour la traversée des monts Groulx.

Non, je n’ai pas fait cette traversée sur trois à quatre jours, en totale autonomie, pour plus ou moins 44 km. Ce qui était au programme pour moi, le mont Harfang. 

On part de la Station le samedi au matin, 9 h, du 10 juillet. Moi, le gérant de la Station Uapihska et guide pour l’occasion, David Béland, accompagné de sa copine Julie. En route pour le point de départ, David nous montre le sommet du mont Harfang. « OK! On revire de bord », lance Julie.

Sur la 389, direction nord, on arrive de front face à l’impressionnant barrage de Manic 5.

Mais si c’était facile, ce ne serait pas un défi. On m’avait dit que ça prenait de bonnes bottes de randonnée et croyez-moi, c’est vrai. Avoir porté des souliers, je les aurais laissés en souvenir très rapidement dans la boue. 

On monte, on marche, on « escalade », on s’accroche, au gré des roches et des racines. On prend des pauses, on apprécie le paysage et on en apprend sur toute la nature qui nous entoure; la flore, les arbres, la végétation, et ce que l’on doit respecter pour conserver ce joyau. 

Une montée de près de 3,8 km par le secteur sud, sur un dénivelé de quelque 475 m. Au bout de deux heures et demie de randonnée, nous voilà au sommet du mont Harfang et tout son décor, au loin la 389 d’un côté, l’ancienne mine de Gagnon de l’autre bord, et une vue imprenable en tout point, sur le lac Manicouagan, sur l’île René-Levasseur, et j’en passe. On se sent presque seul au monde.       

Tout en haut, c’est venteux, mais il fait moins froid que prévu. Il faisait beau ce 10 juillet. 

Tout ce qui monte redescend. 

On y va par le même secteur ou on emprunte le nord, près d’un kilomètre plus loin, mais moins technique? On joue « safe »! On revient par le nord. En effet, c’est moins ardu et le paysage est tout aussi différent et fort appréciable. On croise des lacs, on traverse des ponts. Au bout de trois heures sur le sentier du retour, revoilà la 389. Mon corps s’en voit bien heureux! 

Toutefois, comme on a pris le secteur nord pour redescendre, le véhicule se trouve à 2,5 km de marche. Mes jambes n’en peuvent plus. Je n’ai plus d’eau et ce n’est pas plat la 389 dans ce coin. Fiou! J’ai été épargné des derniers 500 mètres grâce à un samaritain. 

Bref, je suis totalement sorti de ma zone de confort. Tout ce que j’avais fait comme randonnée se faisait dans des sentiers bien simples. Là, c’était un tout autre monde pour moi. Physique, épuisant, difficile, mais je l’ai fait et ça me donne tout simplement le goût de refaire de la randonnée. Parole de David le guide, « après avoir fait le mont Harfang, tu peux monter n’importe quelle montagne au Québec, il y a juste le dénivelé qui peut être plus grand ». OK!   

Ha oui! Quand je disais « on », c’est surtout moi que je ciblais, car pour David, c’est de la « p’tite bière » le mont Harfang. Une randonnée de 10 km, il y a rien là pour lui. J’ai su par après, lors de l’écoute d’un balado qu’il a fait avec Marc-Antoine Roussel (Laisse-ta Marc), qu’il avait notamment parcouru, entre autre, l’Islande. 

Que de dépassement de soi!

Défi relevé pour l’auteur de ces lignes.

Après  la montagne, l’eau

Au lendemain de cette ascension du mont Harfang, où mon corps a été mis à  rude épreuve, une sortie en kayak m’attendait. 

Une activité, que lorsque qu’on me l’avait proposée, j’avais eu une certaine hésitation à dire oui. 

Je suis une roche dans l’eau et ma dernière aventure en kayak remontait à 2013 alors que je prenais part au Raid Aventure Côte-Nord au lac Walker de la Réserve faunique Port-Cartier/Sept-Îles.   

Pagayer sur les eaux du réservoir Manicouagan fut un véritable moment de bonheur.

Accompagné du guide Dominic, j’allais me sentir en sécurité dans l’embarcation, mais oups!. 

On est quatre pour les deux kayaks doubles. Je me retrouve avec Mélina, car le kayak de David ne convient pas à ma carrure. David pagayera avec Frédéric, le copain de ma partenaire pour cette sortie sur l’eau.

Tout au long des quelque deux heures sur le réservoir Manicouagan et ses racoins, on découvre le paysage. On profite du temps, de la vue. 

L’eau, une huile par certains endroits, à d’autres, quelques vagues à affronter avec les vents qui soufflent à une  quinzaine de kilomètres/heure. Que de plaisir et il n’y a aucune ironie dans ce que je dis. J’en aurais fait encore!

Une visite, une expédition, une aventure à la Station Uapishka que j’ai grandement aimée. Ça aura valu les quelque 

700 kilomètres au total de l’aller-retour sur la 389.

Vous voulez en savoir plus sur la Station Uapishka avant de vous y aventurer, son histoire, son territoire, sa raison d’être, les monts possibles, les activités à faire, son lieu d’hébergement, une  visite s’impose sur Internet au www.stationuapishka.com. Et dire que ce lieu chapeauté par le Conseil des Innus de Pessamit et la Réserve mondiale de la biosphère Manicouagan-Uapishka (RMBMU) n’a pas fini d’être développé.   Vive le tourisme sur la Côte-Nord.

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