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Chronique: La vie bien remplie de Francis Higgins, porte-parole de la Semaine de la déficience intellectuelle

Par Emelie Bernier 4:00 PM - 23 mars 2021
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 Plusieurs d’entre vous connaissez sans doute Francis Higgins de vue. Le timide commis d’épicerie chez Maxi qui s’affaire tantôt dans les étals de fruits et légumes, tantôt à la boulangerie en évitant soigneusement de croiser votre regard, c’est lui. Francis Higgins est né autiste, ce qui ne l’empêche pas d’avoir une vie trépidante. Il est le porte-parole de la Semaine de la déficience intellectuelle dans Charlevoix.  

Dans les locaux de l’Association Alti, au Centre communautaire Pro-Santé, Francis est affairé à un jeu de billes colorées. Minutieux, il les place une à une pour reproduire le visage d’un      «Minion », ces sympathiques personnages de dessins animés. « J’aime beaucoup faire ça, c’est amusant », dit-il en levant les yeux de son ouvrage. Francis a 42 ans, un cœur et des yeux d’enfant.

Une « boîte de chocolat »

Francis Higgins est né à Montréal le 14 février 1979. Prématurément. Il était minuscule, raconte sa mère Ginette Higgins Roger. «C’était ma boîte de chocolat de quatre livres», dit-elle en souriant.
Francis n’était pas le premier enfant du couple qu’elle forme encore aujourd’hui avec Norman Higgins, mais c’est à 18 mois qu’ils ont compris que leur fils n’était pas tout à fait comme les autres…
«Quand on m’a dit qu’il était autiste, il avait 18 mois. Ça été difficile. À cette époque-là, ce n’était pas ouvert comme aujourd’hui à cette clientèle. Ils m’ont dit :  « placez-le, vous ne ferez rien de bon avec », se remémore Ginette Higgins.

La scène ne se déroule pas dans quelque hôpital de campagne reculé au tournant du XIXe siècle, mais à Montréal en 1981. «C’est comme ça qu’ils nous accueillaient à Sainte-Justine. Je ne les ai pas écoutés.  J’ai décidé d’arrêter ma carrière pour m’occuper de lui et de ma fille.»
Patricia est née trois ans avant son frère. Quand Francis parle d’elle, son regard s’illumine. « Elle est devenue psychoéducatrice. Je pense que grandir avec Francis l’a préparée à faire ce métier », indique la fière maman. «C’est un peu grâce à moi », glisse Francis, fier.  

Les services sont rares pour les enfants comme Francis à l’époque, mais il peut fréquenter un centre de jour à l’hôpital de Rivière-des-Prairies. « C’était géré par des religieuses et une d’elles, sœur Lise Pleau, s’est prise d’affection pour lui.  Elle lui a donné beaucoup. Francis a fait des pas de géant avec elle », reconnaît Ginette Higgins.

Ginette et Norman n’ont jamais laissé tomber leur garçon. Quand ils ont déménagé dans Charlevoix il y a 12 ans, Francis a bien entendu suivi. C’est notamment pour lui offrir un cadre de vie plus paisible qu’ils ont déménagé. « Ça devenait violent à Saint-Léonard pour lui. Il s’est fait souvent taxer. Ici, c’est plus tranquille. Francis est connu comme Barrabas! Les gens me disent : « Ah! Vous êtes la mère de Francis »! Tout le monde est gentil avec lui! »
«J’aime la région », glisse le principal intéressé.

Avant d’atterrir dans l’équipe du Maxi, il a occupé des emplois chez IGA et à La Laiterie Charlevoix « avec les Labbé », ajoute Francis. Tous ces employeurs ont pu compter sur son engagement sans faille.

Les voyages forment Francis

Passionné de géographie, Francis peut nommer les capitales d’une multitude de pays par cœur. C’est aussi un compagnon de voyage hors pair, souligne Ginette Higgins. Avant la pandémie, Francis voyageait deux fois par année, des séjours de deux mois en Floride, au Mexique, en République dominicaine… « J’aime les Caraïbes! Ce que je préfère, c’est les spectacles, les buffets, jouer à la pétanque sur la plage… », raconte Francis. « Il est excellent à la pétanque! Tout le monde court après lui pour jouer! Il prend ça très au sérieux. Il mesure les distances avec son gallon à mesurer », rigole Ginette. Les voyages sont un lien sacré entre eux.

« On a voyagé beaucoup tous les deux ensembles, Francis et moi. C’est le compagnon idéal! Tout est beau, tout le monde est fin! Francis est toujours content », raconte sa mère avec un regard taquin vers son grand garçon.
Il s’intéresse beaucoup à la politique américaine et a suivi les dernières élections de près. « Il était vraiment content que « Joe » l’emporte! Il est très intime avec lui!», lance Ginette en riant. « Trump, je l’aimais pas», confirme Francis.

Une vie bien remplie

En Floride comme à Baie-Saint-Paul, Francis et son père Norman marchent tous les jours. Avec sa mère, Francis aime aller au Dollarama et dîner au Subway. Avec son père, il aime regarder les sports à la télé et jouer au billard. « Et je mets le bois dans le foyer. C’est ma tâche », confie-t-il.

Francis Higgins est un fieffé joueur de quilles, mais il a mis sa passion en veilleuse, pandémie oblige. « J’ai hâte de rejouer», dit-il. Il a aussi très hâte de pouvoir retourner au camp de vacances Cité-Joie. « C’est plaisant! J’aime les jeux d’eau, le basketball, les moniteurs… J’ai plein d’amis! Et la nourriture est bonne!»
On devine entre les lignes que Francis est un gourmand! Ses préférences vont au pâté chinois et au pouding de sa mère.
Sa spécialité à lui? Le Jell-O

Au fil de la conversation, on apprend que Francis est un collègue du Charlevoisien! «Je passe le journal au Genévrier l’été », glisse-t-il, complice. Il adore cette activité et a très hâte à l’été pour reprendre du collier.
« Au Camping, tout le monde le reconnaît et l’apprécie », racontent ses éducatrices Marie-Michèle Labbé et Lyson Fillion de l’Association Alti. Elles  l’accueillent au centre de jour de l’organisme tout comme à la roulotte de l’association sur le site du Genévrier.

Francis et ses «dames», les intervenantes Lyson Fillion (Alti), Françoise Lavoie (CIUSSS-CN) et Marie-Michèle Labbé (Alti) ainsi que sa mère Ginette Higgins Roger. 


En attendant la belle saison, le retour des quilles et de nouveaux départs vers des contrées exotiques (ses parents souhaitent l’emmener en Thaïlande quand les voyages seront de nouveau permis), Francis travaille chez Maxi cinq jours par semaine et fréquente l’Association Alti les mercredis après-midis. Il y côtoie des amis et développe ses compétences auprès des éducatrices.
Le travail le valorise, souligne Ginette Higgins qui défend les intérêts de son fils au quotidien. « Si je ne le défends pas, qui le fera? »

24 heures à la fois

Ginette Higgins aurait eu maintes fois l’occasion de se décourager, mais elle a adopté très tôt le slogan des AA. C’est le conseil qu’elle donne aux parents d’enfants « différents ».
« 24 heures à la fois, c’est la meilleure façon d’avancer. Au début, l’acceptation est difficile, mais on prend ça 24 heures à la fois et la vie passe, puis on est rendu à notre âge. Il ne faut pas paniquer. J’ai toujours résisté à la tentation de me projeter dans le futur », résume la sage Ginette.
Les parents de Francis ne rajeunissent pas et ils ont déjà prévu la suite des choses pour leur fils.
« Ma fille est là, ça me rassure. Elle est psychoéducatrice, elle le connaît bien, je suis vraiment rassurée de pouvoir compter sur elle et Francis aussi. »

42 ans de bonheur

Francis et Ginette sont visiblement complices. L’amour qu’il porte à « Zinette » brille dans son regard. Et elle le lui rend bien.
«On a une très très grande complicité. Je peux dire qu’on a vécu 42 ans de bonheur! », résume la maman.
Et les derniers mots reviennent bien sûr au héros du jour, Francis Higgins,  porte-parole de la semaine de la déficience intellectuelle dans Charlevoix :
« J’aime ma vie.»  

L’employé du mois, toute l’année

Chez Maxi, le directeur Jean Denis Ruel ne tarit pas d’éloges envers Francis Higgins. « Si tous les employés avaient aussi hâte de travailler que Francis, je n’aurais pas de misère », rigole-t-il. Ses propos sont corroborés par Jean-François Bouchard, de qui relève au quotidien Francis, même si l’assignation n’est pas officielle. Jean-François Bouchard a vu l’évolution de son collègue depuis quatre ans. «C’est plaisant de travailler avec lui. Il apprend vite. Il a commencé au début dans les cartons et au fil du temps, il a appris plein de choses. Il fait un peu de tout maintenant », explique M. Bouchard.

Chez Maxi Baie-Saint-Paul, Jean-François Bouchard travaille régulièrement avec Francis Higgins depuis quatre ans. Comme le reste de l’équipe, il apprécie ce coéquipier dévoué dont l’humeur est toujours au beau fixe!

Ponctuel, toujours motivé, Francis aime tellement travailler qu’il écourte souvent son heure de lunch!  « S’il en train de dîner et que la cloche qui indique que les poulets rôtis entiers sont prêts, il va partir comme une flèche pour aller mettre les cloches sur les boîtes », rigole Jean-François Bouchard.
Timide, Francis doit travailler un peu sur sa gêne quand des clients l’abordent dans le magasin. Alors si vous le saluez et qu’il semble se défiler, ne vous en faites pas trop! Vos bons mots, sachez-le, lui font toujours plaisir.

Chez Maxi Baie-Saint-Paul, Jean-François Bouchard travaille régulièrement avec Francis Higgins depuis quatre ans. Comme le reste de l’équipe, il apprécie ce coéquipier dévoué dont l’humeur est toujours au beau fixe! 

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