Dossier dépendances: des organismes sur le terrain pour vous aider

Par Emelie Bernier 3:58 PM - 08 Décembre 2020
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Ressources Génésis

Jean-Paul Huard, coordonnateur de Ressources Genesis, un organisme qui propose divers services dont des interventions individuelles et de la sensibilisation à la consommation, constate une hausse de sa clientèle depuis mars. « Nous avons observé plusieurs rechutes. La pandémie a créé de l’isolement en raison du manque de fréquentation sociale et de l’anxiété. Il y a plusieurs facteurs qui contribuent au découragement. Souvent, les consommateurs et ex-consommateurs sont déjà anxieux. Leur moral est aussi affecté par les effets de la pandémie. »

Il n’a cependant pas l’impression que la pandémie a créé des nouveaux consommateurs. « Il y a moins de partys, les gens passent plus de temps en famille », avance-t-il.

Le temps des Fêtes sera un moment propice pour célébrer et boire de l’alcool, même si seulement deux rassemblements sont permis. « Il ne faut pas diminuer nos services même si certains se feront en télétravail selon la décision du conseil d’administration, poursuit M. Huard. Nous allons appeler tous nos clients qui sont les plus vulnérables. Pour ceux qui sont plus en mesure de se contrôler, nous serons quand même au bout du fil s’ils ressentent le besoin de nous appeler. »

 

Vision d’Espoir de Sobriété, Baie-Saint-Paul

«C’est certain que la pandémie donne plus de prise à la dépendance . L’isolement joue beaucoup. D’être seul va faire en sorte que les personnes vont avoir tendance à consommer. S’il y a déjà eu une problématique, mais que la personne avait arrêté de consommer, la situation peut occasionner une rechute», indique Lucie D’Entremont, directrice de l’organisme de Baie-Saint-Paul.

La première vague a pris l’organisme par surprise. «Nous avons dû fermer car nous n’étions pas considéré comme service essentiel. Malheureusement, on a perdu de vue des personnes avec qui on avait des liens significatifs. On n’avait pas de marche à suivre! Mais la situation est différente maintenant. Notre statut a changé et cette fois, on est resté ouvert et on maintient nos services. On a vu ce que la première vague a fait, on s’est préparé », indique-t-elle.

Le siège social de Vision d’Espoir ne peut accueillir que 4 personnes à la fois, COVID oblige. « On a modifié notre milieu de vie. Les gens doivent réserver, mais on va toujours s’arranger pour voir les gens en crise.»

Trois repas à prix modique sont offerts chaque semaine. Vision organise aussi des activités pour « changer les idées » de sa clientèle. « Même sans problème de consommation, on vit tous avec un fond d’inquiétude. Pour les personnes dépendantes, c’est amplifié!  Souvent, les personnes qui côtoient notre milieu de vie ont aussi des problèmes de santé mentale, comme un trouble anxieux.  Écouter les nouvelles, ça n’aide pas, alors on essaie de parler d’autre chose, on fait des activités, même à 4 personnes.», ajoute Mme D’Entremont.

Une intervenante débutera du travail de milieu dans les prochaines semaines. «On va aller voir ce qui se passe avec notre clientèle dans son milieu. Notre objectif en est d’abord un de réduction des méfaits. On veut s’assurer que les gens ont du matériel sécuritaire. Par là, on entend pas seulement les seringues, mais ça peut être des pipes pour fumer du crack», précise Mme D’Entremont. Car oui, les drogues dures font leurs ravages sur le territoire. « Il y  a de la consommation de drogues dures dans Charlevoix. On ne les voit pas beaucoup parce que c’est sournois, les opiacées. La personne peut être devenue accro après qu’on lui ait prescrit un médicament suite à une opération, par exemple. C’est certain que la pandémie rajoute une couche de difficulté pour les gens aux prises avec des problèmes de consommation, peu importe ce qu’ils consomment», conclut-elle.

Unité Domrémy, Clermont

Depuis 50 ans, l’Unité Domrémy accueille les personnes aux prises avec des problèmes de dépendance. Depuis 8 mois, les portes sont cependant fermées, une situation à laquelle souhaite remédier le coordonnateur Martin Tremblay. «On a arrêté complètement nos activités en milieu de vie au printemps. On accueillait 50 à 60 personnes par semaine! On a fait quelques activités extérieures cet été, mais avec les mesures trop strictes, c’était difficile. En ce qui nous concerne, c’est un peu une zone grise, on n’a pas été identifié comme service essentiel », indique-t-il.

La petite équipe qui ne compte qu’un intervenant à temps plein et un second à temps partiel a cependant maintenu les liens avec sa clientèle. «  On fait de l’intervention individuelle tout le long!»

Un sondage mené auprès de la clientèle a confirmé ce que M. Tremblay redoutait. «Les gens nous ont dit qu’ils ressentait de la solitude, de l’ennui, de la peur et des inquiétudes, de l’anxiété… Plusieurs nous ont dit avoir développé de la méfiance envers les autres, en particulier les visiteurs en période touristique. Certains ont même parlé de dépression, d’idées suicidaires. On peut dire sans se tromper que la pandémie a un effet négatif sur le moral de notre clientèle », déplore M. Tremblay.

L’envers de la légalisation du cannabis

L’organisation en a vu d’autres en 50 ans. Différents types de drogues sont apparues puis disparues. «Là on a des dépendances au cannabis de plus en plus. L’ouverture de la SQDC n’a pas aidé les gens qui ont des dépendances. Le fait que ce soit légalisé crée d’autres problèmes. C’est un accès encore plus facile! », dit M. Tremblay qui voit aussi les ravages de la cocaïne, du crack et du « speed » ou métamphétamine, dans la région.

D’où l’importance d’accueillir de nouveau et le plus rapidement possible la clientèle. «On va réajuster les activités pour respecter les mesures, faire de petits groupes, mais on recommencer dans les prochaines semaines. Il faut reprendre les activités en milieu de vie parce que le monde a besoin de se rencontrer pour leur santé mentale », conclut M. Tremblay.

Besoin d’aide?

Unité Domrémy de Clermont

47 Rue Saint Philippe

(418) 439-2359

 

Vision d’Espoir de Sobriété

63 Rue Leclerc, Baie-Saint-Paul

Téléphone(418) 435-2332

 

Ressources Génésis

332 Rue Saint Étienne bureau 102

(418) 665-3912

 

 

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