Chronique-Ma maison, mon école

Photo de Émélie Bernier
Par Émélie Bernier
Chronique-Ma maison, mon école
Child head profile with mental illness symptoms: depression, anxiety, low energy. Black and white drawing of mental health problems.

Cette année scolaire n’a rien d’ordinaire. Entre la peur d’attraper, et de transmettre le virus, les quatorzaines en série, le va-et-vient du virtuel au présentiel et une ribambelle de mesures sanitaires qui donne à leurs journées une persistante odeur de désinfectant, les élèves tentent de garder le cap.

16 mars 2020
La COVID-19 prend ses aises sur tous les continents. Le Québec n’est pas épargné. Dans un effort pour contenir sa propagation, le gouvernement provincial ferme les écoles. Du jour au lendemain, les élèves de la région sont éjectés abruptement de leur train-train quotidien. Pour certains, la débarque est douloureuse. Pour d’autres, d’interminables et indolentes vacances débutent…
6 mois s’écoulent.

Automne 2020
La COVID-19, que l’été a engourdie, connaît son second souffle. D’une étonnante vigueur. Le nombre de cas explose. Les aînés ne sont plus seuls dans la mire du microscopique ennemi. La contagion communautaire devient monnaie courante. Cette fois, le PM ferme les gyms, les restos, les bars, les cinémas, les théâtres, mais se met martel en tête de garder les écoles ouvertes.

On plaide qu’il s’agit d’une décision favorable aux enfants, à leur santé mentale, à celle de leurs parents aussi sans doute, et les experts secondent. Entre les lignes, on lit aussi que M. Legault souhaite que l’économie, moribonde, ne meure pas tout simplement de sa belle mort.

Quoi qu’il en soit, Charlevoix, cette fois, voit la bestiole surgir un peu partout et s’immiscer jusque dans les classes, se moquant des groupes-bulles, des visages masqués, du Purell à volonté.

Le train-train ne déraille pas tout à fait cette fois, mais ils sont nombreux à interrompre de-ci de-là le voyage pour s’isoler en quatorzaine avant de rembarquer, puis, dans certains cas, de redescendre… Et de rembarquer… L’école fait ce qu’elle peut pour n’oublier personne sur le bord de la voie ferrée. Certains ne vont à l’école qu’un jour sur deux et suivent leur cours virtuellement le reste du temps. Parfois, ils sont bien présents à l’école, tandis que leur prof, en isolement préventif ou carrément contaminé, est… dans l’écran.

Si certains gamins virevoltent avec aisance dans cet étourdissant manège, d’autres ont le cœur sur le bord des lèvres…

Ils n’ont plus envie de sauter à bord chaque matin. La motivation reste à quai. Pendant que la disposition à apprendre s’effrite, l’anxiété s’immisce par toutes les petites craques qu’elle trouve.

Devant cette déroute annoncée, des parents cherchent des alternatives. C’est le cas de Sébastien Rivard.
Plusieurs raisons ont décidé ce travailleur autonome du milieu du spectacle à retirer, en premier lieu, son fils de 13 ans du lieu physique où il étudiait pour entreprendre avec lui l’aventure de l’école à la maison.

« On était tous de plus en plus stressés par la situation. Quand j’allais porter mon fils à la poly, je voyais bien que la moitié des élèves ne portent même pas de masque dehors. Ça jase, ça vapote… Dans l’école, ils mettent tous leurs cellulaires dans la même boîte en entrant dans la classe. Ils portent leur masque jusqu’à ce qu’ils l’enlèvent pour dîner et qu’ils l’oublient… », dit-il, sans pointer du doigt l’école.

« Ils ne peuvent être partout tout le temps, mais mon fils n’est pas dupe! Il voit tout ça, il entend ce qui se dit sur le virus dans les médias. Il a de plus en plus peur de ramener la COVID à la maison, de contaminer sa grand-mère. L’école devient une source de stress intense. Et les apprentissages écopent. Il a l’impression de ne plus rien apprendre», explique le père.

Les parents choisissent au final de retirer leurs deux enfants durant une dizaine de jours. A posteriori, Sébastien considère que les écoles ont bien collaboré. «Un papa de La Malbaie a gardé son enfant trois jours et la direction de l’école l’a menacé de le dénoncer à la DPJ. On a eu un meilleur accueil, disons », dit-il.

Durant ces 10 jours, la famille a pu avoir un avant-goût de l’école à la maison. «On a travaillé sur le programme pédagogique et réalisé que les enfants sont super disciplinés et motivés!», explique M. Rivard qui a alors décidé d’entreprendre les démarches pour poursuivre officiellement leur scolarisation à domicile.

« À partir de ce moment-là, je me suis mis à lire compulsivement sur le sujet. J’ai trouvé beaucoup de ressources dont le site Family on the go qui simplifie énormément la colonne géante qui apparaît devant les parents qui souhaitent se lancer », indique Sébastien Rivard. Des forums Facebook et l’Association québécoise de l’éducation à domicile lui ont aussi permis de dénicher une foule d’informations.
Le papa, déterminé, a contacté la direction de l’école secondaire que fréquente son fils pour faire part de ses intentions. Il a reçu un accueil franchement ouvert.

«La directrice à qui j’ai parlé est fantastique et ouverte d’esprit. Elle comprend nos préoccupations. C’est toute l’angoisse que ça génère qui m’incite à opter pour une l’école à la maison. Et la sécurité de toute la famille», indique-t-il.

La démarche est en cours avec l’école primaire que fréquente sa fille. Dans son cas, la situation est un peu différente. « Elle n’est pas angoissée du tout, elle adore être avec ses amis », explique-t-il. Mais la logique l’incite à la ramener elle aussi dans le giron familial pour la poursuite de ses apprentissages, du moins cette année. «Si on choisit cette voie, comme famille, il faut qu’on soit conséquent », indique le père.

Sébastien Rivard ne veut pas faire de son témoignage un plaidoyer pour l’enseignement à domicile. «Je n’encourage pas les gens à le faire, mais il faut être conscient qu’il y a des alternatives. Dans le contexte exceptionnel qu’on vit, est-ce qu’on peut nous obliger, comme parent, à endurer une situation qu’on ne juge pas saine pour nos enfants, pour nous et nos proches? », questionne-t-il.

Petit bonus non négligeable, l’école à la maison allège l’horaire de toute la famille. «On n’a plus besoin de préparer les lunchs, de courir le matin, de laver les masques, les uniformes… Oui, c’est une discipline et il faut avoir la disponibilité pour le faire, mais nous sommes prêts à tenter cette expérience, du moins jusqu’à ce que le virus nous fiche la paix! », conclut M. Rivard.

 

Une option qui fait de plus en plus d’adeptes
Vingt-trois élèves sur le territoire du Centre de services scolaire de Charlevoix poursuivent leur cheminement académique en mode « école à la maison » pour l’année 2020-2021, comparativement à huit l’an dernier.
À l’échelle québécoise, l’option semble séduire de plus en plus, ce nombre est passé de 5900 l’an dernier à près de 12 000. «C’est vraiment une tendance. On a plus que doublé notre membership», indique Marine Dumond, présidente de l’Association québécoise de l’enseignement à domicile.

Selon elle, plusieurs raisons poussent les parents à faire ce choix. «Plusieurs pensent que les conditions sanitaires ne sont pas suffisantes à l’école, notamment quand les enfants ou des membres de la famille sont à risque. Pour d’autres, les mêmes conditions sont trop strictes et vont perturber l’expérience éducative de l’enfant. Des familles ont aussi essayé l’école à la maison au printemps et ont réalisé qu’elles aimaient ça, que ça fonctionnait pour eux », ajoute Mme Dumond.

L’option est tout à fait légale. «Faire l’école à la maison n’est pas une suspicion de négligence. Quand on est en règle avec le ministère de l’Éducation, il n’y a pas lieu d’impliquer la DPJ. Je ne blâme pas les écoles. Il y a beaucoup de désinformation parce que la loi a changé plusieurs fois dans les dernières années», conclut Marine Dumond.

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Michèle Corriveau
Michèle Corriveau
19 jours

Bravo à un papa compétent et très à l’écoute!