Opinion : Témoignage d’une PAB (préposée aux bénéficiaires)

Par Lisianne Tremblay 12:00 PM - 09 juin 2020
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Ginette Tremblay est préposée aux malades depuis 38 ans.

Ce message a été envoyé au premier ministre du Québec, François Legault (le 3 juin 2020)

Tout en saluant sa bonne volonté et ses efforts, je demeure prudente !

Si vous réussissez à ré- HUMANISER le PRENDRE SOIN,  je vous lèverai mon chapeau, mais pas avant !

Je suis PAB depuis 1982 en CHSLD au privé et au public et détentrice de la loi 90 depuis plusieurs années  comme plusieurs autres PAB.

Pour être un ou une « bonne » PAB et durer , cela prend la vocation , une empathie plus grande que soi-même , une humanité hors du commun , prendre soin des gens qui nous sont confiés comme s’ils étaient un de nos parents / membre de la famille ,un grand respect ,  un amour incommensurable de son prochain ,une grande dose de patience ,de la bonne humeur ,de l’écoute , du leadership positif et  la passion de l’humain en vieillissement  qui est rendu à sa dernière demeure et l’accompagner jusqu’à son dernier souffle en toute dignité.

Il est surtout primordial de ne pas faire ce métier pour l’argent. Si tu ne pars pas travailler le matin avec la hâte de retrouver les aînés, alors ce n’est pas ta place. Si tu n’arrives pas chez-toi après ta journée en te disant que tu as fait une différence dans leur vie et que tu n’as pas le sentiment du devoir accompli, désolée, mais ce n’est pas ta place non plus.

Si tu choisis ce métier dans l’espoir d’une reconnaissance, je te dis ceci : après plus de 38 ans dans le métier , cela a pris une pandémie pour que le gouvernement sache et voit enfin qu’on existe et que nous sommes la BASE du prendre soin et que la personne DOIT ÊTRE AU CENTRE de toutes nos actions , et non le nombre de culottes d’incontinence qu’on doit utiliser dans une journée!

J’espère que  votre formation sera centrée sur l’humain,  qu ‘ il y aura en tout début , le cours d’approche relationnelle de soins , car pour donner un soin , tu dois d’abord établir une relation avec la personne soignée.Si tu ne réussis pas à établir une relation privilégiée , tu laves une personne comme tu laves un mur et ce n’est pas ce dont ont besoin les personnes qui te sont confiées.

J’ai été formatrice en ARS et dans le milieu où je travaillais auparavant au privé ;  ça vraiment changé la manière d’être et d’agir avec notre clientèle. La presque totalité du personnel a embarqué dans ce grand projet du MIEUX PRENDRE SOIN. Bien entendu, il faut vraiment y croire, à partir des gestionnaires et des directions.

Je souhaite également que ce ne soit pas qu’un PLASTER sur le BOBO qui est très profondément ancré dans les manières de faire et d’agir.

N’oubliez surtout pas tout le bon personnel  actuel  de PAB, de toutes les institutions qui se bat depuis des années pour que ça change et qui n’a jamais été entendu et encore moins écouté  dans le milieu. Nous sommes  des milliers  à  vouloir que l’humain soit la PRIORITÉ, autour duquel le personnel soignant gravite, et non le contraire , comme présentement , dans beaucoup trop de milieux de travail !!

Heureusement, nous sommes des passionnés de notre profession avec tous les  défis que ça implique, car tout n’est pas rose dans cette profession et ça fait partie de l’enjeu.

Le salaire que vous offrez aux prochaines cohortes de PAB  est très attractif, payés pour la formation et le $26 de l’heure, mais ce n’est pas un gage de réussite personnelle et professionnelle, d’où vient l’expression du PLASTER SUR LE VIEUX BOBO ! Misez plutôt sur le cœur et le bon vouloir des futurs PAB.

Nous travaillons avec des humains à part entière, en perte d’autonomie, mais qui restent humains jusqu’à la fin. Notre but n’est pas de guérir, mais de soulager et de leur offrir une belle fin de vie, autant que faire se peut , dans la plus grande dignité.

Je souhaite que l’expression « Faire plus avec moins » soit bannie du secteur de la santé à tout jamais! Ce slogan a déjà fait assez de dégâts dans le milieu.

Le plus triste, c’est que la tâche a pris le dessus sur l’humain, surtout depuis la réforme Barrette . Ratio trop élevé par PAB, arriver à FAIRE toutes tes tâches dans l’espace-temps qui t’es alloué, sinon, tu retardes l’équipe et te fais regarder de travers.

«Eh la gang ! Je travaille avec des humains et non des blocs de ciment » (ce que j’ai déjà dit à une infirmière il y a quelques années )….Tâches au détriment de la personne ,  j’appelle ça de la maltraitance institutionnelle !

Ma perception personnelle pour revenir à des valeurs plus humaines, passe d’abord et avant tout sur la décentralisation et aussi sur la proximité des directions avec le personnel, pour que la communication commence enfin entre le haut et le bas (PAB) de l’échelle hiérarchique.

En terminant, je vous citerai ce qu’un monsieur âgé m’a répété plusieurs fois : « Ah !  vous êtes là ? je suis sûr que je ne mourrai pas aujourd’hui, parce que vous, vous vous occupez bien de moi!» Cela m’a tiré les larmes bien sûr, mais c’était aussi la plus belle paye que je pouvais recevoir ! Ça vaut tout l’or du monde ! La plus belle récompense et reconnaissance que je puisse avoir! Voilà pourquoi j’adore encore mon métier, après toutes ces années !

Bonne chance dans votre recherche et votre vouloir que ça change dans le milieu…mieux vaut tard que jamais, mais la barre est haute! !

En souhaitant que les 79 000 personnes qui se sont inscrites, l’aient fait pour les bonnes raisons, CELLES DU CŒUR !

Je souhaite que les  10 000 personnes choisies vivent d’aussi belles expériences que j’ai vécues tout au long de ces années passées sur le plancher ….toute proche du cœur des gens dont j’ai pris soin !

 

Ginette Tremblay, Les Éboulements

PAB depuis 1982

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