Le cœur à l’ouvrage

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Par Émélie Bernier
Le cœur à l’ouvrage

Prendre soin. Ces mots décrivent parfaitement le quotidien professionnel d’Anne-Marie Desjardins. Débarquée dans Charlevoix avec l’envie d’un nouveau départ professionnel il y a 15 ans, Anne-Marie a choisi un métier qui rime avec attention, compassion et bienveillance. Elle est préposée d’aide à domicile.

Anne-Marie n’a que trois clients, mais ceux-ci occupent tout son temps de travail sur le terrain. «Comme ça fait assez longtemps que je fais ça, j’ai une clientèle assez lourde. Je consacre donc plus de temps à chaque client. Tous les jours, je visite les trois dont deux que je vois jusqu’à trois fois dans la journée et ce, six jours par semaine, sauf le samedi », résume le « PAD ». Elle n’a qu’une journée de congé, mais c’est un choix personnel. « Gérer son horaire est une option offerte par l’Agence pour vivre chez soi où je travaille et je l’apprécie beaucoup!»

Évidemment, a fil du temps s’est tissée une relation avec ses clients qu’elle voit presque davantage que son « chum ».  « J’accompagne mes clients pendant de longues années. J’ai la même cliente depuis 10 ans! C’est sûr que quand on est chez quelqu’un, dans son quotidien, dans son intimité, tous les jours, qu’on voit à son bien-être, la relation de confiance doit s’établir et ça fait partie de notre travail! Mes clients, je les vois d’abord et avant tout comme des êtres humains qui ont besoin d’un support pour rester en santé dans leur maison, ce qui est à leur avantage, mais aussi à celui de notre société », avance la dame.

En 15 ans, elle a vu son métier évoluer.  « Les formations sont de plus en plus pointues et le cahier de charge beaucoup plus élaboré qu’il y a 15 ans. Notre travail peut impliquer de l’assistance à la prise de médicament jusqu’au contrôle de la glycémie, du support avec les stomies, les appareils d’oxygénation… C’est de plus en complexe, mais l’Agence pour Vivre chez soi a toujours suivi les courants et s’est assurée que les employés soient à jour », résume Anne Marie qui a visiblement un gros coup de cœur pour son employeur.

«C’est probablement un des milieux de travail les plus agréables que je connaisse, à plusieurs égards. Ils prennent en considération le contexte dans lequel les employés vivent : la famille, les contraintes… Ce n’est pas donné à toutes les entreprises d’avoir autant à cœur les intérêts de leurs employés. »

En 15 ans, la relation de confiance entre l’Agence et Anne Marie s’est développée si bien qu’aujourd’hui, cette dernière est devenue formatrice pour ses pairs. « C’est très valorisant qu’on nous ouvre ces portes-là! », glisse-t-elle.

PAD et fière de l’être

« Oui, je suis fière de ce que je fais, je trouve ça tellement important dans un sens! Les gens, tout ce qu’ils veulent, c’est vivre une vie la plus décente possible, humaine! C’est fondamental de leur offrir cette possibilité.  C’est leur droit, ce n’est pas une faveur! J’ai de la difficulté avec le mot « bénéficiaires »,  il me laisse perplexe… », dit-elle.

Elle déplore qu’il ait fallu une certaine pandémie pour que la société s’éveille à l’importance des soins à domicile envers les personnes vulnérables, âgées ou handicapées, malades chroniques, convalescentes…. « Ça me rend malheureuse quand je vois qu’on ne se rende pas compte à quel point ces gens contribuent à leur façon à la société. Ils ont travaillé, payé des impôts. Aujourd’hui,  ils sont littéralement de petites PME en faisant travailler des gens comme moi, en faisant vivre des familles! On les maintient à domicile et c’est un poids de moins sur le système. Ils continuent à payer impôt, loyer, hypothèque! On les traite comme des citoyens de seconde zone qui alourdissent le système alors que c’est tout le contraire! Ils font travailler du monde, bouger l’économie, mais d’une façon différente, à leur façon», lance-t-elle.

Le travail des PAD aussi doit être reconnu, mais ça, c’est un tout autre chapitre…

Atomes crochus et deuils en série

Évidemment, au fil du temps, Anne-Marie a créé des liens plus forts avec certains de ses clients. « Comme dans n’importe quelle relation humaine, on a des plus d’atomes crochues avec certaines personnes qu’avec d’autres.  Là, le professionnalisme et l’expérience doivent rentrer en ligne de compte. Quand des clients viennent nous chercher davantage,  c’est fondamental de faire preuve d’un grand professionnalisme. Oui, on peut démontrer une grande empathie, mais parfois, il faut prendre un pas de recul. Ce n’est pas quelque chose de facile à faire, surtout dans l’aide à domicile…»

Les deuils sont une partie intégrante de la profession.  « Oui, j’ai vécu beaucoup de décès », dit doucement Anne-Marie. « Quand on perd un client qu’on accompagne depuis longtemps, on doit faire un deuil. Avec le temps, on apprend à maintenir là aussi une saine distance affective, parce qu’il ne faut pas oublier qu’on a une famille, des proches. Il faut se protéger un peu dans tout ça, mais si on a choisi ce métier, c’est pour le contact humain et cet aspect-là fait aussi partie de la vie… »

Une vocation, le travail de préposé d’aide à domicile? « J’aime savoir que je fais une différence dans la vie des gens. Parfois, cette différence est toute petite, elle prend la forme d’un petit geste, mais parfois, c’est un peu plus.  Mon travail, c’est être en contact avec les gens,  leur apporter de l’aide, avoir un impact positif dans leur quotidien. »

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