Chronique : En queue de poisson

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Par Brigitte Lavoie
Chronique : En queue de poisson
Le Rodéo de Charlevoix fait partie des événements qui manqueront à notre chroniqueuse cet été. (Photo : Archives)

En quelques semaines, nous avons expérimenté la fin abrupte de tout un tas de choses. Tout, ou
presque, s’est terminé en queue de poisson. Sans compter tout ce qui devait survenir cet été, mais qui n’arrivera pas… Ou encore tout ce qui sera, mais qui risque de ne pas avoir la même allure qu’avant. L’expression « finir en queue de poisson » n’a rien à voir avec la pêche, c’est plutôt de la vie qu’il est question. Et nous ne sommes pas des truites, quoique j’envie presque leur innocence de poisson.

La saison de ski, les Canadiens de Montréal, les emprunts de livres à la bibliothèque municipale, l’année scolaire, les cours de patin, de danse, de karaté? Queue de poisson. Ton cinquième secondaire, ton nouveau projet d’art commencé après la relâche, ton entraînement pour les finales de saison, ta préparation pour le concours de robotique, l’apprentissage des arrondissements et de l’accord des participes passés, ton voyage à Toronto, à New York ? Queue de poisson.

Queue de poisson aussi pour la petite chicane de la cour de récré. C’était pourquoi déjà? Queue de poisson! Le mariage d’un ami, les funérailles d’un parent, le baptême du petit dernier, la confirmation de la plus grande? Queue de poisson.

Le Festif!, la saison touristique, les terrasses pleines des fins de journée chaude, le Festival international du Domaine Forget, le Triathlon de Charlevoix, le Rodéo, le Festival des pompiers, la fête de la Saint-Jean, les jeux gonflables de la fête du Canada, la petite virée au parc pour jouer, la plage de Saint-Irénée bondée, la file d’attente pour une crème glacée… La queue de poisson a vu son ombre et est retournée se cacher…

Mais j’arrête. Énumérer tout ça, c’est comme sentir une trop vieille truite à plein nez, ce n’est pas bon pour la longueur de la mèche.

Car avouez-le, vous avez la mèche courte. Une autre charmante expression permettant cette fois de résumer l’état d’agacement général dans lequel nous nageons tous.

Oui, il paraît que la majorité des Québécois ont la mèche qui flirte avec la crise du bacon d’un enfant de 1 an ¾ se faisant dire « non ». Paraît que beaucoup de monde lutte contre l’envie de péter un câble, ou de mettre le feu (imaginaire) quelque part, comme un ado à la maison qui se cherche quelqu’un à faire fâcher. Même le Dr Arruda y a goûté. Grosse crise du bacon communautaire suite à sa petite démonstration de rap…

Il faut dire que M. Arruda est LE parent parfait devant qui faire une crise de nerfs et se rouler par terre. Tu es certain d’être vu, entendu. Il a cette sensibilité-là, de ne pas pouvoir faire comme si de rien n’était. Touché!  M. Arruda est le parent à qui tu vas dire que tu as faim au fond de la maison alors que ton autre parent, M. Legault, est dans la cuisine à côté du frigo. Il est le parent gentil et nécessairement un peu malhabile avec les enfants… euh, les Québécois adultes exaspérés par le confinement. Le Québécois moyen, tout comme l’enfant amateur de limites parentales, veut savoir si cet homme est capable d’en prendre, s’il va nous aimer malgré tout ou presque, s’il va faire plus que son gros possible même quand tout ressemble à n’importe quoi. Notre relation avec M. Arruda ne devrait pas finir en queue de poisson. C’est une prédiction. Et un souhait.

Je voudrais avoir une petite canne à pêche magique et nous allonger la mèche pour les 24 prochains mois, jusqu’à qu’on ait fini de faire la file pour un vaccin. Il y a mon fils, hier, qui me disait : « on était tellement bien avant les Fêtes. Quand tout était comme avant. » La nostalgie qui se répand chez les adolescents, c’est grave Dr Arruda ?

Et moi qui dois vous annoncer quelque chose… C’est le moment de prendre une pause de cette chronique, comme je le fais chaque printemps même si j’ai cette fois le sentiment que je ne lève pas le pied au bon moment… Queue de poisson_! Mais bon, il y a quand même un été qui se pointe et j’ai besoin de cultiver quelques nouvelles idées, de réfléchir à comment les écrire et oui, je l’avoue, de me rallonger la mèche. Mais je vous promets que je ne suis pas une truite: je devrais revenir à l’automne.

Prenez soin de vous et de votre mèche. Marchez, jardinez, rénovez le cabanon, trouvez-vous un ruisseau où lancez votre ligne à pêche, écoutez parler vos enfants, soyez présents pour vos proches. Pandémie ou pas, la vie se tricote. Il y a des bébés qui s’annoncent, des directions d’école qui travaillent sur la prochaine rentrée scolaire, des Montréalais qui ont besoin de grand air… Prenons ça une maille à la fois, voulez-vous? Et on finira bien par avoir une paire de bas qui a de l’allure pour l’hiver prochain.

Et merci à tous ceux qui m’écrivent de petits mots au fil des semaines. Vous ne le savez peut-être pas, mais c’est vous qui me raccrochez à la plume. À bientôt!

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PauletteJacquesFrancine Thibeault Recent comment authors
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Francine Thibeault
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Francine Thibeault

Belle fin, oui des bas qui auront de l’ allure pour l’ hivers prochain . Chez nous, il faut bien le dire, on est tissé serré… moi je dis qu’ il faut se réinventer et se mettre au métier pour se faire notre propre bande de tissus à notre couleur et avec la fibre choisie. Je suis propriétaire d’ un commerce en soins corporels, il faut revoir comment vendre nos services puisque santé publique nous permettre d’ ouvrir le premier juin. J’ ai constaté que c’ est en lien avec ma vie personnelle que je parviendrai à me renouveller. Pour… Read more »

Jacques
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Jacques

Merci pour votre analyse. Ça fait du bien de voir qu’on n’est pas seul à se sentir un peu ambivalent ; je suis zen, mais ne me provoquez pas…

Paulette
Guest
Paulette

Merci pour votre lumière et pour l’utilisation de vos mots si bien choisis!! Je vous lirai avec plaisir à votre retour!!